Course au PQ: Tout le monde peut gagner

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La boîte de Pandore





Quand j’ai lu le règlement d’élection à la direction du PQ, j’ai pogné de quoi, comme on dit par chez nous.


Le sondage Léger Marketing paru le 6 mai dernier laissait déjà croire que l’on se trouvait devant la course la plus ouverte de l’histoire du Parti. En optant pour le vote alternatif comme mode de scrutin, on vient d’en faire une véritable boîte à surprise.


Le principe est le suivant: si quatre candidats se qualifient pour la course en déposant les 1500 signatures et les 20 000 $ requis, les membres du PQ pourront choisir trois personnes, en ordre de préférence. Une fois un premier décompte effectué, on retire les candidats ayant obtenu moins de 10 % ou celui ayant eu le moins de voix. Le deuxième choix de leurs électeurs est alors décompté et porté aux candidats restants. Si aucun n’obtient encore 50 % des voix, on recommence. Le dernier est encore une fois retiré. Au bout d’un troisième décompte, le PQ aura une ou un chef.


Ça pourrait donner des résultats surprenants.


Boîte à surprise


Ça devient difficile de prévoir l’issue de la campagne, parce qu’il y a trop de scénarios envisageables. Qui terminera quatrième, puis troisième et comment se reporteront leurs voix ensuite?


Ce qui crée l’incertitude, c’est que contrairement aux deux dernières courses tenues au PQ, aucun candidat ne domine outrageusement, comme c’était le cas d’André Boisclair en 2005 ou de Pierre Karl Péladeau en 2015. Ils avaient respectivement obtenu 53,68 % et 57,6 % des votes au premier tour.


Cette fois-ci, Alexandre Cloutier est clairement le meneur identifié par les sondages, par les appuis de députés et par la force de son organisation. Mais ce n’est manifestement pas assez pour passer dès le premier tour.


Tout est possible


À ce moment, tout devient possible. Si c’est Martine Ouellet qui finit quatrième, comme laissent croire les sondages, est-ce que son vote très volontaire sur l’enjeu référendaire se reportera majoritairement vers un des candidats réputés plus flous? On peut en douter. Plusieurs s’abstiendront, comme ils le peuvent, mais on remarque que certains sympathisants de Mme Ouellet aiment beaucoup Véronique Hivon.


L’autre question est à savoir si Jean-François Lisée va réussir à se qualifier et, le cas échéant, jusqu’où il peut se rendre. On le considérait comme mort il y a quelques semaines, mais il recueille jusqu’ici un fort succès d’estime en multipliant les propositions de contenu. Pourrait-il bien performer dans les deuxièmes choix et être le Stéphane Dion improbable de cette course? À quelqu’un qui me posait la question, il y a quelques jours, je répondais non. Maintenant que je connais le mode de scrutin, je dis oui.


L’enjeu pour tout le monde est de ne pas finir quatrième. Une fois passé au deuxième décompte, tout devient possible.


L’organisation


Une dynamique à deux tours, comme en 2015, aurait favorisé M. Cloutier. Il a déjà montré qu’il jouait mieux dans la quête des alliances et des appuis, ce qui aurait aidé dans l’entre-scrutin. L’importance de son organisation l’aurait également servi, si le vote avait eu lieu deux fois.


Le vote alternatif vient amoindrir cet avantage, en ce sens que, désormais, toutes les organisations contribuent à faire sortir des votes pouvant se reporter sur n’importe qui.


Ce mode de scrutin défavorise les candidats qui traînent des opinions négatives, car ils reviendront moins dans les deuxièmes choix. La polarisation survient au premier décompte et est amoindrie par la suite. Ainsi, une Véronique Hivon relativement neuve pourrait profiter davantage d’un deuxième décompte qu’un candidat meneur qui aura été sous les projecteurs pendant toute la campagne.


Y aura-t-il des consignes de deuxième choix, sur le modèle de l’entente de ralliement passée entre Gerard Kennedy et Stéphane Dion avant le 3e tour, lors du congrès libéral de 2006? Dur à dire, car c’est Véronique Hivon et Alexandre Cloutier qu’on perçoit comme les candidats les plus proches. Or, ce sont les deux qu’on attend au dernier décompte. Pour l’instant...


Les sondages


Un dernier mot sur les sondages: pris dans l’ensemble de la population, sont-ils vraiment fiables quand vient le temps de prédire l’issue d’un vote se déroulant chez les membres?


L’expérience démontre que oui. Les sympathisants d’un parti identifié dans un sondage sont généralement représentatifs de son membership (c’est à souhaiter, également!). Le seul bémol, c’est la taille de l’échantillon. C’est moins fiable scientifiquement quand le parti est à 25 % dans les sondages que lorsqu’il est à 40 %.


L’un dans l’autre, dans les courses au leadership de partis choisissant leur chef aux suffrages universels des membres, les résultats sont habituellement assez proches des sondages auprès des sympathisants.


La course promet donc d’être excitante jusqu’à la fin, car rien n’est joué.



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Claude Villeneuve137 articles

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L’auteur est blogueur au Journal de Montréal et au Journal de Québec. Il a été président du Comité national des jeunes du Parti Québécois de 2005 à 2006 et rédacteur des discours de la première ministre Pauline Marois de 2008 à 2014.





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