Coupe à blanc

Industrie forestière en crise

Perspectives - Il ne se passe désormais plus une semaine sans que le couperet tombe sur l'industrie forestière québécoise. Les fermetures à répétition témoignent d'un état de crise systémique, qui va bien au-delà de préoccupations purement conjoncturelles. Elles sont les conséquences d'une «tempête» que l'on disait «parfaite» et qui, dès le début de 2005, signalait l'urgence de s'engager dans une vaste consolidation. Les dirigeants exhortaient alors le gouvernement à ne pas intervenir, à ne pas entraver le processus. Aujourd'hui, quelque 10 000 emplois perdus plus tard et avec autant de pertes à venir, on crie à l'aide. Pour la forme.




Certes, l'industrie est cyclique, mais il reste que l'actuelle crise est la plus sévère à frapper le secteur forestier. Les pertes d'emplois se compteraient déjà en dizaine de milliers depuis le début de cette récession sectorielle, dont près de 4000 au cours des 18 derniers mois et autant mis en disponibilité. Et ce n'est pas terminé. À Québec, on estime que la tempête va continuer de faire rage pendant 18 à 24 mois, alors que chez les syndicats du secteur on craint des pertes supplémentaires de 10 000 emplois directs. Une aide gouvernementale devra forcément être orchestrée. Une aide de toute évidence basée sur l'atténuation de l'impact social de la consolidation, tellement le plan de match des grandes papetières semble être ficelé. Une aide qui saurait oublier que l'ampleur de cette crise est une conséquence directe de plusieurs décennies de surexploitation de la forêt québécoise.
Si ces projections se vérifient, les compressions auront eu pour résultats de retrancher entre 20 et 25 % des 80 000 emplois que compte l'industrie québécoise. Et cela réduit d'autant la capacité de production. Sans compter les arrêts de production temporaires ou pour un temps indéfini, on en est à 36 usines fermées définitivement dans un Québec abritant 300 scieries, une soixantaine d'usines de pâtes et papiers et une dizaine d'usines de panneaux.
L'impact est réel, et douloureux en région. C'est le cas pour nombre de villages à industrie unique, qui auront de la difficulté à survivre aux fermetures. Le président de Tembec, Frank Dottori, a déjà rappelé qu'il fut un temps où «chaque petit village qui voulait créer des emplois faisait une demande pour créer une scierie et les politiciens ont dit oui, oui. On vient de réaliser qu'il y a trop de scieries pour le bois, pour la forêt».

Nous en sommes là. Certes, les effets néfastes du conflit sur le bois d'oeuvre ont eu un impact bien ressenti. On ne peut également minimiser la difficile adaptation à un dollar canadien prenant rapidement 40 % face à sa contrepartie américaine. Et que dire de la flambée des coûts énergétiques, d'une brusque hausse des coûts d'approvisionnement et de production de la fibre, combinée à une réduction de 20 % des droits de coupe ? Ou encore d'une pression à la baisse sur les prix de vente associée à une demande décroissante, notamment pour le papier journal et, récemment, pour le bois d'oeuvre, sous le poids d'une réduction de la cadence dans la construction en Amérique du Nord ?
La tempête était parfaite, disait-on dans l'industrie pour commenter la synchronicité des événements. Une tempête amplifiée par la concurrence internationale venant de la Chine et de l'Amérique latine, qui abrite la populaire fibre d'eucalyptus. Une tempête exacerbée ici par le fait que le coût d'approvisionnement figure désormais parmi les plus élevés au monde en raison d'une surexploitation de la forêt québécoise pendant des décennies. «Il manque de bois et les réserves sont de plus en plus distantes des usines, alors ça coûte cher de transport», a résumé Frank Dottori.
Pas étonnant, donc, qu'en février 2005, au terme de leur congrès annuel, les dirigeants de l'industrie des pâtes et papiers parlaient de l'urgence de s'engager sur la voie de la consolidation et exhortaient le gouvernement à ne pas intervenir, à ne pas entraver un tel processus. Pour eux, la suite des choses est claire. Pour faire face à la concurrence internationale, il faut fusionner ou se vendre. Il faut devenir plus gros et se rendre attrayants, en coupant. Les banques créancières sont de plus en plus nerveuses et les capitaux étrangers attendent que le ménage soit fait.
Leur plan de match est précis. La rationalisation de l'industrie doit procéder et le gouvernement provincial doit se contenter de venir en aide aux employés et aux milieux sociaux touchés. Du fédéral il était attendu qu'il adopte une politique nationale en soutien à la consolidation, qui aiderait au développement d'une expertise de pointe ayant pour focalisation la deuxième, voire la troisième transformation.
Tout est décidé. À preuve, l'année suivante, les mêmes grandes papetières concluaient leur congrès en s'inquiétant de la relève dans l'industrie, sous le coup du départ à la retraite des baby-boomers. On soulevait que, dans six ans, le quart des employés allaient prendre leur retraite. On s'étonnait alors de la difficulté à attirer les jeunes, de recruter dans les milieux ruraux des employés de haute compétence technique.


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