CHUM: suivre le modèle des grandes facultés américaines

Par François Lalonde

CHUM


mardi 28 décembre 2004
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J'ai lu avec consternation l'éditorial de M. Sansfaçon paru le 20 décembre sur le choix de l'emplacement du futur CHUM. Il semble que Le Devoir soutienne maintenant le site du 6000 Saint-Denis, plutôt que le site d'Outremont défendu par l'Université de Montréal.
Une fois mises de côté les références aux opinions de l'«autre journal» et les considérations secondaires de cet éditorial, son argumentation repose entièrement sur le fait que le 6000 Saint-Denis serait plus près de ce que l'on considère comme le centre de la population francophone de la grande région de Montréal. Or, les deux sites se trouvent à peine à 750 mètres de distance ! C'est une distance négligeable dans la grande région du Montréal francophone, qui fait en gros 300 kilomètres carrés, surtout si l'on tient compte des mouvements de population qui tendent à mixer les communautés linguistiques de l'île. Mais si la différence entre les deux sites est négligeable du point de vue de la distance, il en va tout autrement de la valeur intrinsèque de ces emplacements.
Projet nettement supérieur
Revenons un instant sur la question de fond : tant qu'il s'agissait de construire un super-hôpital en suivant le modèle de McGill, j'étais personnellement opposé à cette dépense, aussi bien pour McGill que pour l'Université de Montréal, parce qu'elle correspond à une ancienne conception des hôpitaux du XXe siècle et ne représente pas suffisamment de valeur ajoutée par rapport à ce que n'importe lequel de nos hôpitaux, une fois rénové, pourrait offrir.
Or le nouveau projet de l'Université de Montréal est nettement supérieur : alors que le projet de McGill conserve les lieux de recherches du Montreal Neurological Institute et du Royal Victoria sur place (sans chercher à les intégrer au site Glen), l'Université de Montréal propose un projet, intelligent et harmonieux, qui atteint deux objectifs cruciaux à la fois.
D'une part, l'Université de Montréal propose un hôpital arrimé enfin aux facultés de médecine, de pharmacie et de tout ce que compte l'université en matière de santé -- un modèle qui est celui des sept plus grandes facultés de médecine américaines.
La recherche biomédicale avance rapidement -- les trois quarts des grands prix cette année au Gala de l'Association pour le développement et la recherche en innovation du Québec ont été décernés aux entreprises biomédicales du Québec -- et il est à mon avis acquis que l'hôpital de demain n'est ni Saint-Luc, ni le 6000 Saint-Denis, ni même le Glen; ce sera plutôt un hôpital qui offrira des greffes sur mesure, des tissus ou des organes développés par les biotechnologies, des chirurgies mini-invasives sur place ou à distance grâce aux nouveaux moyens de l'imagerie médicale développée par des équipes de physiciens et de mathématiciens, des soins psychiatriques de grande qualité, bref ce sera un véritable hôpital universitaire, qui doit se trouver au sein même de l'Université.
Manque d'espace
D'autre part, l'Université de Montréal, qui est en manque d'espace, déménagera la moitié de son pavillon principal sur le site de la cour de triage d'Outremont. Comment ne pas comprendre l'importance de cette relocalisation ?
Déployons une carte du Grand Montréal et cherchons à choisir cet emplacement au mieux. La cour de triage s'impose pour mille raisons : elle est située à la station de métro Outremont, la station suivant celle d'Édouard-Montpetit où se trouve le campus actuel; la ligne bleue sortira complètement de son caractère secondaire; le nouveau site se trouve à Outremont dans la continuité du site actuel, et il pourra compter sur le tissu urbain situé entre les rues Ducharme et Van Horne pour accueillir ses étudiants, ses stagiaires et ses professeurs.
Le Devoir conteste les chiffres de l'Université de Montréal sur ses besoins futurs en espace. Mais dans la divergence d'opinion entre le ministère de l'Éducation du Québec (MEQ) et l'université, il faut peut-être faire preuve de sagesse et voir que, alors que tous les indicateurs du MEQ prévoyaient une baisse d'affluence étudiante à l'Université de Montréal au cours des dernières années, c'est le contraire qui s'est produit. [...] De toute façon, une fois que l'on s'entend sur le bon endroit, on peut y aménager progressivement les facultés, selon un échéancier qui respecte le budget du MEQ.
François Lalonde
Directeur, Centre de recherches mathématiques, Université de Montréal


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