Charte de la laïcité : une erreur de stratégie et de fond

Laïcité - Débat québécois



Chaque fois que le Parti Québécois monte dans les sondages, un débat acrimonieux sur les accommodements raisonnables et surtout la place de l’Islam s’amène. Parfois ce sont des apprentis sorciers des médias en mal de copie ou de cotes d’écoute qui en sont la source, parfois c’est le Parti Québécois lui-même qui, tête baissée, le soulève. Mais chaque fois, c’est tout le Québec qui en sort meurtri, tantôt en raison des dérapages verbaux au Québec que les amalgames et dérapages verbaux des adversaires du Québec.
N’est-ce pas avec une facilité remarquable que les faiseurs d’opinion du Canada anglais ont assimilé la défense et la promotion du français, par le biais d’une amélioration de la Charte de la langue française (Loi 101), au projet de charte de la laïcité? Or il n’y a aucune commune mesure entre les deux. L’une est une mesure d’inclusion, l’autre, le contraire.
La Loi 101 est la plus importante mesure d’inclusion dans l’histoire politique du Québec. Avant son adoption il y 35 ans, le français était à toutes fins utiles réservé aux seuls Canadiens français, l’anglais étant la langue de tous les autres. Très rares étaient, par exemple, les asiatiques ou les noirs qui parlaient le français. Tout ça a changé grâce notamment à la vision d’un certain Camille Laurin. Trente-cinq ans plus tard, l’heure est venue de renforcer cette loi, ce que le Parti Québécois propose avec raison.
Les leçons à tirer de l’expérience de la Charte de la langue française sont nombreuses. Premièrement, cette charte a été portée par le projet de faire du Québec un pays indépendant, ce qui donnerait au français le statut qui lui manquait, celui de la langue nationale. Le Québec étant encore dans le Canada, dont la politique est celle du bilinguisme, le français demeure, et demeurera, la langue d’une minorité, avec tout ce que cela signifie. Or tant que le projet indépendantiste était en bonne santé, le français n’a cessé de prendre de l’importance dans les esprits et les cœurs de tous les Québécois. La dégringolade a commencé d’abord avec la défaite référendaire de 1980, mais surtout avec celle de 1995.
Deuxième leçon que Camille Laurin et d’autres ont bien compris : le Québec et le Canada se livrent un combat de tous instants pour gagner les cœurs et les esprits des immigrants. La langue française, « pour tous, pour tout et partout », est la clé de voûte de la réalisation d’un Québec souverain et sans doute l’une des principales raisons pour le faire. Contrairement à 1976 et malgré les reculs récents, le français a fait de tels progrès qu’une très vaste majorité de la population de toutes origines peuvent se parler et se comprendre en français.
Mais alors, pourquoi faisons-nous tout pour pousser dans les bras des adversaires du Québec souverain des communautés entières dont plusieurs, de par leur origine, leur histoire et leurs connaissances linguistiques, n’hésiteraient pas à embrasser cette cause? Voilà un impact indiscutable et inéluctable du projet de charte de la laïcité. Donc, il s’agit d’une erreur de stratégie magistrale! Une arme puissante que nous mettons dans les mains d’adversaires coriaces du Québec, qu’ils soient à Ottawa, Toronto, Montréal, New York ou Washington.
Mais il s’agit d’une erreur de fond, tout aussi grave.
On la présente comme une mesure de défense de l’égalité des femmes. Or, au nom de l’égalité des femmes, l’État et ses fonctionnaires auront le pouvoir de dicter à des femmes, des individus, ce qu’elles peuvent et ne peuvent pas porter au travail et à l’école. Le cafouillage est garanti, surtout avec la privatisation de services. Par exemple, on ne permettra pas à une musulmane médecin qui porte le foulard de travailler dans un hôpital public, mais dans la conciergerie, une femme travaillant pour un service de nettoyage contractuel privé en aura le droit.
On la présente comme une mesure républicaine dans l’esprit de la république française. Or on oublie que l’un des premiers gestes de la révolution française a été d’accorder aux Juifs, en 1791, tous les mêmes droits et privilèges accordés aux autres citoyens. Le droit d’être différent, d’avoir des rites et coutumes différentes, a été au cœur de cette mouvance républicaine. C’était aussi une valeur chère aux Patriotes grâce à qui les Juifs ont accédé à l’égalité pour la première fois dans l’empire britannique, avec la Loi de l’émancipation des Juifs de 1832. Mais, me dira-t-on, la France a adopté sa loi Stasi qui va dans le même sens. Loin d’être inspirée par un quelconque esprit républicain, cette interdiction en France relève de la petite politique qui a davantage à voir avec sa longue histoire coloniale, notamment en Afrique du Nord, où l’interdiction de la prière et des signes religieux musulmans a souvent été la norme.
Le Québec n’est pas la France. Notre histoire est bien différente. Aussi, il était à prévoir que la seule mention d’une charte de la laïcité soulèverait des tas de contradictions à mesure qu’on réfléchissait à son application. Comment justifier le crucifix de Duplessis à l’Assemblée nationale, lieu suprême de l’État, mais en même temps, chasser de son emploi une enseignante qui choisit de porter le foulard islamique et qui enseigne à une école portant le nom Cœur-Immaculé-de-Marie ou encore Marie-de-l’Incarnation. C’est comme soulever une grosse roche sur la plage : qui peut prévoir ce qui en sortira?
La séparation de l’État et de l’Église est chose faite depuis les années 1960. Certains éléments ont pris un peu de retard, comme les commissions scolaires, mais surtout pour des raisons constitutionnelles. Une charte de laïcité serait une mesure régressive et les efforts déployés pour l’adopter et l’appliquer retarderont la réalisation des aspirations de plusieurs générations de Québécois.


Laissez un commentaire



7 commentaires

  • Wahid Mokhtar Répondre

    22 août 2012

    2nd envoi.
    Seuls les islamistes crient à l'islamophobie

    La menace islamiste existe bel et bien dans les faits et les actes de ses porteurs d'eau même s'ils portent le nom aussi Québécois que l'est Tremblay. Il importe de distinguer la bonne graine de l'ivraie et comprendre que tous les musulmans ne sont pas intégristes/islamistes mais tous les intégristes/islamistes sont musulmans. Alors se pose la seule et vraie question à savoir : comment faire pour les distinguer ?

    Parlons statistiques : Il existe au Canada pas moins de 650.000 musulmans ou personnes venant des pays musulmans. Au Québec ils sont environs 150.000 (femmes et enfants compris). Parmi ces 650.000 individus, il existe quelques 4.500 islamistes y compris les militants purs et durs et au Québec ils sont environs 2.000.

    Sachant que les musulmans - la masse critique - est non intégriste mais dont un grand nombre est pratiquant. Ils sont totalement et bien intégrés et ne demandent aucun accommodement puisque l'Islam qu'il pratique est le plus accommodant. La crainte ne vient pas d'eux mais de ceux qui crient à l'islamophobie. Les chantres de la victimisation n'hésitent pas à marquer leur territoire en exigeant que leur religion - entendez par là leur idéologie - soit respectée chaque fois que leurs demandes déraisonnables, contraire aux principes de l'Islam du ''Juste Milieu'' sont rejetées parce qu'ils mettent à mal le bon vivre avec les Québécois en particulier et un nombre de plus en plus croissant de Canadiens.

    Alors, oui une charte de la laïcité - sans qualificatif - devient une nécessité pour éviter les dérapages et surtout marginaliser ces idéologues qui parlent de l'Islam et au nom de tous les musulmans sans que personne parmi les musulman ne les aient délégués. Leurs appels, chaque fois qu'ils sont entendus ou mis de l'avant par les médias en recherche de sensationnalisme, finissent par pousser les autres canadiens et québécois à cibler tous les musulmans et l'islam et les invitent à qualifier cette religion comment étant violente, agressive, provocatrice et j'en passe.

    Le reste se passe de commentaires.

    Wahid Mokhtar.
    Ancien journaliste algérien.

  • Wahid Mokhtar Répondre

    21 août 2012

    Seuls les islamistes crient à l'islamophobie
    Non une charte de la laicité n'est ni une erreur de stratégie ni de fond parce que la menace islamiste existe bel et bien dans les faits et les actes de ses porteurs d'eau même s'ils portent le nom aussi Québécois que l'est Tremblay.
    Il importe de distinguer la bonne graine de l'ivraie et comprendre que tous les musulmans ne sont intégristes/islamistes mais tous les intégristes/islamistes sont musulmans. Alors se pose la seule et vraie question à savoir : comment faire pour les distinguer ?
    Parlons statistiques : Il existe au Canada pas moins de 650.000 musulmans ou personnes venant des pays musulmans. Au Québec ils sont environs 150.000 (femmes et enfants compris). Parmi ces 650.000 individus, il existe quelques 4.500 islamistes y compris les militants purs et durs et au Québec ils sont environs 2.000.
    Sachant que les musulmans - la masse critique - est non intégriste mais dont un grand nombre est pratiquant. Ils sont totalement et bien intégrés et ne demandent aucun accommodement puisque l'Islam qu'il pratique est le plus accommodant. La crainte ne vient pas d'eux mais de ceux qui crient à l'islamophobie. Les chantres de la victimisation n'hésitent pas à marquer leur territoire en exigeant que leur religion - entendez par là leur idéologie - soit respectée chaque fois que leurs demandes déraisonnables, contraire aux principes de l'Islam du ''Juste Milieu'' sont rejetées parce qu'ils mettent à mal le bon vivre avec les Québécois en particulier et un nombre de plus en plus croissant de Canadiens.
    Alors, oui une charte de la laïcité - sans qualificatif - devient une nécessité pour éviter les dérapages et surtout marginaliser ces idéologues qui parlent de l'Islam et au nom de tous les musulmans sans que personne parmi les musulman ne les aient délégués. Leurs appels, chaque fois qu'ils sont entendus ou mis de l'avant par les médias en recherche de sensationnalisme, finissent par pousser les autres canadiens et québécois à cibler tous les musulmans et l'islam et les invitent à qualifier cette religion comment étant violente, agressive, provocatrice et j'en passe.
    Le reste se passe de commentaires.
    Wahid Mokhtar.
    Ancien journaliste algérien.

  • Archives de Vigile Répondre

    20 août 2012

    Il a maintes fois été suggéré ici de ne pas qualifier (à tort) de "raisonnables" ces accommodements qui n'ont rien de raisonnable, mais qui sont plutôt attardés, déraisonnables, misogynes, moyenâgeux, sexistes, etc.
    Quelques suggestions ici:
    DÉrangements DÉraisonnables
    http://derangementsderaisonnables.blog4ever.com/blog/index-513548.html
    Accommodements religieux
    http://accommodementsreligieux.centerblog.net/

  • Archives de Vigile Répondre

    20 août 2012

    "Contrairement à 1976 et malgré les reculs récents, le français a fait de tels progrès qu’une très vaste majorité de la population de toutes origines peuvent se parler et se comprendre en français."
    Vrai. Pourtant, non seulement le OUI n'a pas avancé dans ces communautés, mais il a au contraire reculé.
    Mme Houda-Pépin était souverainiste à son arrivée au Québec au premier référendum. Elle est députée libérale depuis 1994!

  • Francis Déry Répondre

    20 août 2012

    Mais en quoi la règle du foulard islamique peut déranger.
    Il s'agit de se couvrir les cheveux avec un châle.
    On voit la règle traditionnelle du châle chez les Européennes des Balkans, de l'Ukraïne et du sud de la Russie.
    Les religieuses d'ici le faisaient jadis.
    Allez voir les femmes juives enturbannées dans Outremont.
    J'ai connu des chargées de cours portant leur châle islamique.
    Par contre, c'est à la burqa qu'il faut s'opposer. D'ailleurs, le règlement municipal de Montréal l'interdit implicitement.
    Une gêne que j'ai connue fut devant une Syrienne différente des autres Musulmanes de l'Université de Montréal. Elle protégeait maladivement ses cheveux du regard des autres.
    Et elle portait des lunettes avec verres foncés pour qu'on ne puisse voir ses yeux. En la côtoyant j'ai été surpris de voir une Européenne blonde aux yeux bleus. Je l'ignorais à l'époque, mais ses origines étaient circassiennes. À l'instar des Acadiens, les Circassiens étaient des habitants du Caucase déportés hors de l'empire Russe au XIXe siècle parce que convertis à l'Islam. Ces membres de la race blanche furent accepté par l'Empire Ottoman et ils ont repeuplé des districts du Levant.
    On leur doit la renaissance d'Amman, capitale de la Jordanie.
    Souvenez-vous d'eux lors des Jeux de Sotchi en 2014.
    Je comprend pourquoi elle protégeait son image du regards des autres maintenant. C'est au-delà de la règle islamique.
    Elle ne voulait sans doute pas répondre à des questions du genre : "T'es pas Arabe. Pourquoi es-tu Musulmane ?" ou "Pourquoi te dis-tu Syrienne ?".
    Les Circassiens suivent le code "Khabze" qui est leur coutume, et donc différent de la coutume dans la Sharia.

    Enfants circassiennes à Rihania en Galilée.

  • Archives de Vigile Répondre

    20 août 2012

    Le propos de M. Gagnon est inacceptable. La menace islamiste n'existe pas puisque le seul islamisme qui existe est l'instrumentalisation de USraël au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Asie. L'immigration qui arrive ici est musulmane et il est inutile de chercher à le trancher avec un islamisme imaginaire (artificiellement créé par les mass-médias) puisque lorsque qu'USraël voudra utiliser ses Al-Qaïda contre les Québécois, cela se fera avec la complicité d'Harper le sioniste messianique.
    Deuxième point : L'Islam ne mène pas à l'islamisme. Pour en arriver à l'islamisme, il faut avoir été conditionné, manipulé "en éprouvette" par ces techniques socio-psychologiques de fabrication de sectes que connaît de mieux en mieux la CIA depuis les années 50. Ou encore, il faut être connecté avec les autorités qataro-saoudiennes ultra-corrompus et profiter de leurs fortunes. Et ça, c'est quand ce n'est pas seulement des drogués en manque qu'on a ramassé dans des prisons turques ou jordaniennes, qu'on armé de matériel occidental dernier cri et qu'on leur a demandé de "ruer dans le tas" en Syrie en hurlant "Allah Akbar" pour les mass-médias occidentaux.
    Pour le reste, sachez que les Musulmans les plus rigoureux au Québec approuvent Jean Tremblay. Ils préfèrent infiniment davantage échanger avec le Québécois catholique qui se reconnaît comme tel (même s'il ne pratique pas) que le "laïciste" à tout crin qui veut évacuer Dieu de l'espace publique pour laisser toute la place à l'idolâtrie démocratique du spectacle marchand (le véritable objectif de la laïcité).
    Aux hommes et femmes de bonne volonté, le problème des "accommodements raisonnables" n'existe pas.
    Merci à l'Islam d'exister
    Jérusalem, capitale éternelle de la grande Palestine libre.
    Salaam Aleykum et Kirié Aleyson
    Charles Tremblay

  • Archives de Vigile Répondre

    20 août 2012

    Il ne reste qu'une solution si je comprends bien : interrompre toute immigration musulmane (car comment distinguer les islamistes de ceux qui ne le sont pas, d'autant que les enfants ne non islamistes peuvent le devenir eux-mêmes)!