Ce que Sarkozy a dit à Charest

M. Charest a bien besoin de conseils et d'idées fraîches, autant pour lui, le mal-aimé, que pour son parti fossilisé

De la trahison et des traîtres à la patrie

Jean Charest est à Paris pendant que son parti se prépare à lancer sa propre «saison des idées». Hier midi, il déjeunait avec le président Sarkozy et j'espère pour le premier ministre qu'il n'a pas raté cette occasion de demander conseil à un des plus habiles stratèges politiques en Occident. Car M. Charest a bien besoin de conseils et d'idées fraîches, autant pour lui, le mal-aimé, que pour son parti fossilisé. Il existe beaucoup de similitudes entre le PLQ d'aujourd'hui et l'UMP dont Nicolas Sarkozy a hérité quand il a entamé sa course à la présidence. C'était un parti complaisant, composé de petits barons locaux, qui gardait un silence respectueux et était plus célèbre pour ses cocktails et ses dîners que pour sa réflexion politique. Un parti de courtiers en pouvoir qui avait depuis longtemps oublié ses origines gaullistes, cette manière d'être souverainement près du peuple tout en le guidant magnanimement vers la prospérité. Il y avait du De Gaulle dans Jean Lesage, cet homme profondément conservateur qui possédait toutefois la suprême intelligence d'entendre ses ministres progressistes et de les appuyer dans leurs réformes. Car les deux hommes, tout imbus qu'ils fussent d'eux-mêmes, s'étaient entourés d'hommes forts et visionnaires. Mais revenons aux conseils que M. Sarkozy aurait pu donner à son visiteur québécois. Il lui aurait sûrement expliqué qu'il n'avait pas souhaité un parti revigoré, nourri par des débats aussi fondamentaux que déchirants. Il souhaitait une organisation quasi militaire entièrement dévouée à son leader et à sa pensée. Sa stratégie comme candidat et comme président a toujours été d'occuper tout le terrain, d'être de tous les débats et de connaître tous les dossiers. Pour gagner, il faut démontrer qu'on est un chef. Il lui aurait aussi parlé de l'audace intellectuelle, de la nécessité de demeurer soi-même; il lui aurait aussi expliqué qu'il ne faut pas craindre de choquer et de bousculer. Sur le plan des idées et des hommes, M. Sarkozy aurait fait certainement la démonstration qu'il faut ratisser large, proposer autant à gauche qu'à droite, mêler habilement les cartes et associer dans un même gouvernement des progressistes et des réactionnaires, car, lui aurait-il dit, «l'électorat ne sait plus ce qu'est la gauche et la droite et une majorité d'électeurs est à la fois de droite et de gauche». Mais comme on le sait, le président français maîtrise parfaitement tous ses dossiers, du moins, c'est ce qu'il dit. Il avait étudié soigneusement un volumineux dossier traitant de la situation politique au Québec et de la carrière personnelle de son invité. *** Voilà probablement ce qu'il lui a dit. «Mon cher ami, je vous connais suffisamment pour vous dire en toute humilité que vous n'êtes vraiment pas un Sarkozy et qu'il est impossible pour vous de vous inspirer de mon parcours. Ce sont des sondages qui vous ont donné votre poste de chef, vous n'avez jamais eu à vous battre griffes et ongles pour l'obtenir, ni pour vous imposer. Les Français savent qui je suis, ils m'aiment ou me honnissent pour cela. Les Québécois n'ont aucune idée de ce que vous êtes, de ce que vous pensez, de ce que vous voulez pour le Québec. Par contre, à tort ou à raison, ils sont certains de bien connaître ce petit Dumont. Qu'il soit aussi vide qu'une gourde après une longue marche importe peu. Cet homme me ressemble. Depuis tout petit il veut être calife et, comme Iznogoud et comme moi, il prend tous les moyens pour y arriver. Et cette madame Marois, les Québécois ont aussi l'impression de bien savoir qui elle est. Donc, il est évident qu'on ne peut parier sur votre personnalité, votre sens du leadership et votre audace pour que votre parti remonte la pente. Au fait, cher ami, les membres de votre parti en sont-ils conscients? Non, calmez-vous, il n'y a personne dans votre parti qui soit meilleur que vous. Donc, il ne vous reste que les idées pour relancer votre parti et, dans ce domaine, pardonnez le jeu de mots, votre parti est bien mal parti. Et puis, trois petits groupes de travail sur le développement économique, le développement durable et sur la question identitaire, trois petits groupes présidés par des inconnus, je ne crois pas que ça vous mène bien loin. D'ailleurs, pouvez-vous m'expliquer comment un parti comme le vôtre n'a pas su trouver une idée originale depuis le départ de Robert Bourassa. Il y a bien eu cette idée de réingénierie de l'État lancée par cette dame qui se prend pour Thatcher, mais elle a accouché d'une souris. D'ailleurs, elle vous nuit, je vous le dis. Elle me fait penser à Dominique de Villepin avec ses airs de grande dame. Quelle idée vous avez eue de lui donner les Finances! Pardonnez ma franchise, mais nous sommes entre amis. Un dernier conseil car je vous aime bien, vous êtes sympathique. Je sais que vous êtes tenté d'emprunter le programme de l'ADQ et les accents populistes de Mario Dumont. Attention, c'est un pari dangereux. Rappelez-vous mon parcours. Au début, j'ai pioché dans les idées de Le Pen, je suis allé bousculer les banlieues, j'ai parlé de la "racaille", mais cela risquait de rendre Le Pen crédible et les Français auraient pu tenter de voter pour le "vrai" Le Pen, pas pour l'imitation. Alors, mon cher Jean, j'ai décidé de lui voler ses colères et ses angoisses, je lui ai volé ses mots, mais pas ces idées trop simplistes. Je me suis fait une image de populiste, certes, mais de populiste responsable. Bon, à propos de la reconnaissance réciproque des diplômes, je suis d'accord. Ça va peut-être faire en sorte que vos électeurs vont cesser de se demander pourquoi vous manquez de médecins mais refusez presque tous les médecins étrangers. Bonne chance, mon ami. Vous en avez grandement besoin.»



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