Bonne fête nationale, bonne fête de la Saint Jean, à tout le Québec

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Chronique de Mme Morot-Sir

La Fête nationale du Québec est l’occasion pour tout un peuple de célébrer sa présence de plus de quatre cents ans en Amérique du Nord.


Les origines de ces célébrations, du jour le plus long de l’année, se perdent dans la nuit des temps. Les premiers Français de la Nouvelle France voulurent perpétuer sur les rives du fleuve Saint-Laurent, cette tradition des feux de la Saint-Jean amenée de France avec eux.  




Dès le début du XVIIe siècle, le solstice d’été en Nouvelle-France, était déjà un moment de grandes réjouissances comme le relatent les Relations des jésuites auxquelles nous devons tant de précisions sur cette période héroïque, alors que les pionniers français de la Nouvelle France ont exploré tout un continent.


L’histoire de ce peuple est aussi celle de sa résistance à l’assimilation linguistique et culturelle. Ce combat, il l’a d’abord mené seul, sans aide ni soutiens extérieurs. Pendant des années, les Canadiens français puis les Québécois furent laissés à eux-mêmes, puis vint Charles de Gaulle qui, en 1967, a essayé de compenser par sa visite l’abandon de ce roi de France, qui avait cédé la Nouvelle France et l’avait laissée entre des mains anglaises.


En relisant les textes du passé qui nous reportent quatre siècles en arrière, il est facile d’observer qu'il n'y a pas un pouce de terrain entre Montréal, Toronto, Sarnia et Chicago qui n'ait appartenu à la Nouvelle France par droit de découverte et d'exploration des pionniers français.

Grâce à leur énergie, à leur esprit de découvertes et à leur enthousiasme ces pionniers français ont agrandi la Nouvelle France des Rocheuses à l’Ouest, jusqu’à la baie d’Hudson au Nord et jusqu’au Golfe du Mexique, au Sud.


Les noms de ces héros peupleront à jamais la mémoire des Québécois, le grand Pierre Lemoyne d’Iberville, Cavelier de la Salle, Jean Nicolet, Pierre Boucher, Charles Langlade et ses Amérindiens Outaouais… Mais aussi combien d’Amérindiens valeureux à leurs côtés, Garakontié grand sachem Onontagué, Tsondihwane chef Wendat, Kondiaronk qui a tant œuvré pour cette grande paix de Montréal de 1701… Et tant d’autres qu’il faudrait citer !


Parfois douze, quinze ou dix-huit mois s’écoulaient sans qu’on n’ait aucune nouvelle de ces coureurs des bois ou de ces explorateurs, mais un beau jour ils redescendaient en chantant les rivières ou les lacs, les canots remplis de fourrure. La vie de ces voyageurs se passait dans des contrées lointaines, souvent périlleuses au service des marchands des compagnies de fourrures.

Ils revenaient chaussés de mocassins de peau et de leur ceinture de laine à chevron où ils suspendaient couteaux et poche à tabac, leur langue française enjolivée de mots indiens. Ils avaient hérité de la gaité de leurs ancêtres français, la tête remplie d’histoires de la vieille France, toujours prêts à chanter ou à danser, et tout aussi prompt à s’entraider.


Lorsqu’on voyage aux Etats-Unis d’Amérique on rencontre à chaque pas des traces de leur passage. Des noms français de villes, de villages, de forts, de montagnes, de défilés, de cols, de vallées, de rivières, de torrents rappellent partout la part prépondérante que prirent ces Canadiens français dans la découverte et l'exploration de ces contrées. Pour seul exemple le gouvernement américain, après le traité de 1803, lui cédant la grande Louisiane s’empressa d'envoyer un détachement de troupes, sous les ordres du major Pike, pour prendre possession des territoires que « la France venait de lui vendre pour une chanson. » Et ce fut sous la conduite de deux Canadiens-français, Rainville et Rousseau, que les soldats américains purent traverser les immenses prairies à l'ouest du Mississipi jusqu'au mont Cheyenne. De même pour la grande expédition américaine de Meriwether Lewis et William Clark, celui qui les conduisit jusqu’au Pacifique était un Canadien français Toussaint Charbonneau !


C’est un fait l’Histoire a longtemps mis en avant les conquistadors les grands navigateurs et tous les grands explorateurs pour accomplir des exploits. C’était en effet des plus exceptionnels qu’une femme puisse faire la même chose, cependant là où elles se trouvaient, elles accomplirent elles aussi des prouesses. La grande majorité des femmes ne construisit aucun édifice ne fonda aucun organisme, n’était protégée ni aidée par personne, elles n’accomplirent pas des hauts faits ou des exploits, leurs noms n’ont pas été gravés en bas de statues à leur effigie, ou en haut du Parlement.


Ces Françaises ont œuvré avec le même courage et le même enthousiasme dont ont fait preuve les Français, soldats, Canadiens français, coureurs des bois   ou missionnaires, malgré le froid glacial de ce pays septentrional, malgré le danger de certaines tribus hostiles comme les Odinossonis (iroquoises) malgré les Anglais qui convoitaient la Nouvelle France et faisaient tout pour s’en emparer.


Marie Rollet a été la première d’entre elles.  


Elle n’était pas une héroïne,  dont le nom marqua l’Histoire ou la littérature, mais elle représente  toutes ces femmes méconnues, restées dans l’ombre  qui ont mené de génération en génération, la famille en Nouvelle France,  ont travaillé la terre aussi dur que les hommes, élevé leurs nombreux enfants,  transmis et préservé la langue maternelle française, tout comme leur foi catholique et prié dans les églises de leur petite paroisse des bords du fleuve, elles ont enduré fortes et silencieuses les mille et un aléas de leur vie dans ce nouveau pays, que les Français étaient en train de bâtir à la force de leur courage.


Pendant ces jours de fêtes et de rencontres, les Québécois prennent encore plus conscience qu’ils sont différents au sein de cette fédération de provinces canadiennes, soulignant leur fierté d’être ce qu’ils sont.


Peuple français tout d’abord, installé en Amérique septentrionale, depuis plus de quatre cents ans, il s’est petit à petit constitué au fil des siècles avec un apport de plus en plus important d’autres populations, depuis l’arrivée du régime britannique, faisant de lui une communauté nationale singulière sur le continent.


Toutefois, l’avenir de la langue française sur les bords fleuve Saint-Laurent n’est pas encore assuré, étant dépendant de la tutelle d’Ottawa qui contraint le Québec à un bilinguisme, qui le défavorise sur son propre territoire historique.


Pourtant le destin de cette Nouvelle France, devenue aujourd’hui le Québec, est inégalé dans celui du reste du monde, c’est pourquoi en ce soir de la Saint Jean, lors de ce rendez-vous annuel donné à tous les Québécois, indépendamment de leurs origines, de leurs appartenances culturelles ou politiques, il est merveilleux de partager ce petit miracle de parler le Français en cette terre d’Amérique du Nord, malgré tout ce qui a été mis en travers de sa route, et de constater combien il existe encore de personnes désirant entraîner toutes les autres.


Bonne fête de la Saint Jean, bonne fête nationale à tous les Vigiliens et à tout le Québec.


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Marie-Hélène Morot-Sir127 articles

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Auteur de livres Historiques :

* « 1608-2008 Quatre cents hivers, autant d’étés »

* « Le lys, la rose et la feuille d’érable »

* « Au cœur de la Nouvelle France - tome I De Champlain à la grand paix de Montréal »

* « Au cœur de la Nouvelle France - tome II Des bords du Saint Laurent au golfe du Mexique »

* « Au cœur de la Nouvelle France - tome III Les Amérindiens, ce peuple libre autrefois, qu'est-il devenu? »

* « Le Canada de A à Z au temps de la Nouvelle France »

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* « De lettres en lettres, année 1912 »

* « De lettres en lettres année 1925 »

France (Provence)





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1 commentaire

  • Marc Labelle Répondre

    24 juin 2018

    Merci, Madame Morot-Cyr, pour cette salutation revigorante.  Contre la langueur actuelle, tant d’exploits et de volonté de durer trouveront bien l’issue de la libération.  Bonne Saint-Jean à tous !