Bloc québécois: Martine Ouellet résiste à la fronde

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Le clivage au sein du Bloc ne s'amenuise pas

Le putsch n’aura pas eu lieu. Malgré la fronde qui l’attendait au conseil général du Bloc québécois, Martine Ouellet en est sortie indemne. Son projet de référendum est resté inchangé. Le vote de confiance à son endroit n’a pas été devancé. Mais les bloquistes ne sont pas sortis de ces débats plus unis. Mario Beaulieu a même refusé de prédire son avenir au parti.


La tension était palpable, dimanche matin, à l’ouverture de la rencontre bloquiste qui se déroulait à Drummondville. Rapidement, les délégués ont fermé les portes aux médias pour régler leurs différends à l’abri des caméras. La totalité des débats portant sur la crise qui secoue le parti depuis deux mois s’est déroulée à huis clos. Mais par moments, on entendait néanmoins le ton s’élever derrière les portes closes.


Finalement, cependant, le camp des dissidents qui voulaient faire comprendre à Martine Ouellet qu’elle devrait quitter la chefferie a perdu son pari.


La première question du référendum de la chef sur le mandat du Bloc québécois n’a pas été retirée. Et les membres seront consultés les 1er et 2 juin comme prévu, et non le 15 mai comme le réclamaient les opposants à Mme Ouellet. La chef avait argué, en début de journée, qu’il fallait le temps de rejoindre les membres et d’organiser la consultation populaire. Elle a visiblement réussi à convaincre les délégués, qui se sont toutefois rangés dans son camp avec une très faible majorité. Ce fut le vote le plus serré de la journée : moins d’une poignée de voix ont fait la différence, selon les informations du Devoir.


Les opposants à Martine Ouellet demandaient en outre que le seuil d’appui nécessaire à son vote de confiance soit fixé à plus de 75 % — et non à 50 %, comme le veut la chef. Là encore, ils ont été déboutés. Difficile de convaincre des souverainistes de s’opposer à un vote à 50 % +1, notait une déléguée déçue en coulisses. « Moi, je ne comprends pas que des gens puissent dire qu’on gagne des référendums à 75 %, quand nous-mêmes on souhaite réaliser un pays à 50 % +1 », avait justement plaidé Martine Ouellet en matinée. En six votes de confiance, au fil des ans, Gilles Duceppe n’a jamais obtenu moins de 84 %.


Le sort de la chef sera donc scellé le 3 juin, lorsque les résultats du référendum seront dévoilés. Tous les membres auront le droit de vote. Les membres qui n’ont pas renouvelé leur carte depuis moins d’un an auront jusqu’au 13 mai pour le faire. La permanence du Bloc pourra également injecter des fonds pour encadrer le référendum, ce qui en a fait sourciller certains en coulisses.


Beaulieu n’a plus confiance


La charge contre le leadership de Martine Ouellet était menée par des présidents de circonscriptions. Ils disaient être une quarantaine, à la veille du conseil général. Ils l’étaient, a assuré le meneur du groupe Yves Perron, de Berthier-Maskinongé. Mais peut-être que les appuis étaient « moins solides » et que certains ont cédé aux pressions du camp de la chef à midi, selon lui.


Le Bloc québécois s’en trouve « divisé », à son avis. « Je ne suis pas encore devin, mais avec la décision qu’on a prise aujourd’hui, on n’augmente pas nos chances, mettons. » Madeleine Smith, de Sherbrooke, a prédit que « beaucoup de gens vont lâcher ».


Mario Beaulieu était tout aussi déçu, lui qui avait participé à la campagne des dissidents contre la chef. « C’est sûr que moi je n’ai plus confiance en Mme Ouellet », a-t-il d’ailleurs laissé tomber pour la première fois publiquement. « Je persiste à croire qu’un seuil 50 %, ce n’est pas suffisant pour vraiment sortir de la crise. »


Le député et ancien chef du Bloc n’a pas voulu dire s’il en resterait président ou s’il demeurerait au sein du caucus. « On verra », s’est-il contenté d’affirmer. Martine Ouellet, elle, a dit espérer qu’il se ralliera. « Je lui tends la main, parce que le Bloc québécois a besoin de lui », a-t-elle lancé dans son discours de clôture.


La chef a réfuté que le Bloc soit toujours aussi morcelé. Son bras droit, le député Xavier Barsalou-Duval, estime que le conseil général vient de leur offrir « un mandat clair ». Car le référendum a maintenant l’appui d’une majorité des 200 délégués qui étaient réunis à Drummondville. « Donc, le processus est d’autant plus renforcé et son résultat le sera d’autant plus par la suite », a-t-il argué.


Il reste que le petit caucus du Bloc semblait lui-même divisé dimanche. Le discours d’ouverture de Mario Beaulieu, à titre de président, a été ponctué de tapage. Un délégué l’a traité de « putschiste ». Un autre l’a sommé de démissionner de la présidence. Même la députée Marilène Gill semblait en colère, en prenant le micro après lui. « Je refuse les putschs! Le coulage ! », a-t-elle scandé.


La faute aux démissionnaires


Martine Ouellet a insisté, tout au long de la journée, sur le fait que la crise était l’oeuvre des sept députés qui ont quitté son caucus fin février. Elle s’en est d’ailleurs prise à eux pendant de longues minutes dans son discours en matinée. « Il y a sept personnes en rupture avec la démocratie interne qui ont décidé qu’on se retrouve aujourd’hui à discuter de ce qu’on appelle la “crise” au Bloc québécois. […] Ces sept démissionnaires-là, ils nous ont fait tomber [dans les sondages]. Ils nous ont fait mettre du temps sur de la régie interne plutôt que de mettre du temps à faire avancer et à faire rayonner le Bloc québécois. […] L’objectif qui nous réunit est beaucoup plus important que nos ego personnels », a-t-elle reproché.


Son règlement de comptes avec les démissionnaires ne l’a pas empêchée de leur tendre la main à eux aussi. Mais l’entourage des sept députées a réitéré qu’ils n’avaient pas l’intention de revenir au caucus de Mme Ouellet.


La chef a en outre décoché quelques flèches à Gilles Duceppe, « qui a été reconnu pour contrôler le parti d’une main de fer, pas de gant de velours » a-t-elle accusé.


La salle semblait partagée à parts plus ou moins égales, la moitié des délégués applaudissant chaudement la chef pendant que l’autre moitié restait assis.


« Fake news »


Martine Ouellet avait enfin des reproches à faire aux médias. « Je peux vous dire que ce n’est pas facile à vivre. Ce n’est pas facile à vivre quand on entend dans les médias des histoires inventées, des faussetés qui sont répétées ad nauseam. Des fake news. » La chef n’a pas voulu expliquer ses propos. Une résolution déplorant que les médias fassent une « sélection tendancieuse des faits » et le « colportage de mensonges » a été adoptée en fin de journée.


> La suite sur Le Devoir.



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