STEPHEN HARPER

Abus de bombes

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Voir plus loin que le bout du nez de Stephen Harper

Et maintenant, la Syrie, ce qui n’est pas la moindre des objections que soulève la motion de prolongation et d’élargissement de la mission canadienne au Moyen-Orient. Il est désespérant de voir le gouvernement de Stephen Harper s’en tenir à une approche essentiellement militaire — et faire si peu de cas des responsabilités humanitaires du Canada.
Il n’est pas absolument inconcevable de penser que le Canada ait un rôle militaire à jouer contre le groupe armé État islamique (EI), vu les avancées et l’ampleur des violences dont cette organisation est capable. Encore que… l’EI, regroupement d’islamistes ultrafanatisés et d’ex-officiers baasistes du régime — laïque — de feu Saddam Hussein, est un produit dérivé de l’invasion anglo-américaine de l’Irak de 2003, dans laquelle le gouvernement canadien de l’époque avait refusé d’embarquer. Ce faisant, la guerre contre l’EI est avant tout celle des États-Unis. Il aurait été parfaitement légitime pour Ottawa de refuser de s’y joindre.

Le problème, en l’occurrence, c’est que M. Harper, maître d’oeuvre de l’engagement canadien, est militariste et que l’opacité de son gouvernement fait qu’il n’inspire pas confiance. C’est ensuite que son électorat étant massivement d’accord lui, M. Harper compte que sa campagne de peur l’aidera à remporter les prochaines élections générales. En fait, le premier ministre ne tient probablement pas à regarder plus loin que le bout de son nez. Ce qui est le propre, au demeurant, de beaucoup de politiciens.

Si, dans sa nouvelle mouture annoncée mardi, la contribution d’Ottawa demeure modeste — six avions de combat et quelque 70 officiers des forces spéciales manifestement plus près du front irakien que veulent nous le faire croire les conservateurs —, la prolongation d’un an de la mission et son élargissement à la Syrie présentent des risques évidents d’enlisement et de dérapage. Il ne faut pas être dupe de la décision du Canada de placer sa mission de combat aérienne en Syrie sous l’aile des Américains. Ottawa se trouve objectivement à donner son appui à l’intraitable dictature de Bachar al-Assad et à l’aider à reconsolider son régime. Pourquoi est-il allé mettre le doigt dans cet engrenage ?

C’est à se demander, en fait, si M. Harper mesure bien les implications de ce qu’il fait. L’ex-président George W. Bush a pourtant fait la preuve pendant huit ans, et il la fait encore, que le projet exclusivement militaire avec lequel il a lancé les États-Unis sur l’Irak a semé plus de chaos que de paix et de démocratie. Le Moyen-Orient est un terrain plus miné que jamais, marqué par un effondrement des structures étatiques, un éclatement des sociétés nationales, une polarisation chiite-sunnite sans précédent et, pour reprendre les mots de Peter Harling, de l’International Crisis Group, « par des conflits par groupes interposés inondant la région d’armes contribuant à une militarisation généralisée ».

En quoi donc le gouvernement Harper croit-il faire une contribution utile en allant y faire pleuvoir d’autres bombes ? Tout à sa logique militaire, le gouvernement fait l’impasse sur une assistance plus « constructive », comme l’a poliment fait remarquer le chef libéral Justin Trudeau. Le Moyen-Orient est aujourd’hui plongé dans un état d’instabilité chronique. La moitié des 22 millions de Syriens sont présentement des personnes déplacées par la guerre. Il est criant, dans ce contexte, que l’aide humanitaire et l’assistance aux réfugiés doivent faire l’objet de la part du Canada et de la communauté internationale d’une mobilisation infiniment plus grande qu’à l’heure actuelle.

Autre question clé : ne faudra-t-il pas en arriver, un jour, à donner un pays aux Kurdes ? Le Canada pourrait faire preuve d’imagination diplomatique et en prendre l’initiative. Le fait est qu’il est plus facile de laisser les armes prendre toute la place.


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