LANGUE

2021: l’année du français

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Le désintérêt de la population pour les questions linguistiques est pourtant manifeste


Pour la première fois depuis longtemps, on a beaucoup parlé de l’avenir du français en 2020. La question est revenue au cœur de l’actualité et tous attendent avec espoir et inquiétude la nouvelle loi 101 annoncée par Simon Jolin-Barrette.


Espoir, car le jeune ministre représente la meilleure part du nationalisme caquiste. Espoir aussi car le ministre a envoyé de nombreux signaux pour faire comprendre à la population qu’il était pleinement conscient de la situation dramatique du français. 


Inquiétude, néanmoins, car le ministre est pris dans une coalition dont il ne représente pas l’aile la plus forte. La capitulation du gouvernement devant le lobby de Dawson et son retour insensé aux seuils d’immigration de l’époque libérale n’annonce rien de bon (la CAQ est-elle consciente de servir ainsi exclusivement les intérêts électoraux du Parti libéral?). L’étrange manie prise ces derniers mois de faire les conférences de presse gouvernementales en bilingue plutôt qu’en français participe aussi à ce glissement – lors de la conférence de presse conjointe des quatre chefs, juste avant Noël, seul Paul St-Pierre Plamondon a eu l’excellente idée d’en revenir à la normale et de faire son allocution en français, en respectant ici l’idée fondamentale qu’il s’agit de notre langue nationale, de notre langue officielle. 


Au mieux, on en vient à croire que la nouvelle loi 101 aura pour fonction de limiter d’une main les effets de la dérive que le gouvernement autorise de l’autre. 


Il n’en demeure pas moins qu’il ne faut pas tout voir en noir. 


La réanimation de la question linguistique a la vertu de situer la vie politique québécoise sur le bon registre et de replacer la question de l’existence et de la survie de notre peuple au centre des débats la traversant. Elle nous délivre enfin de la fiction d’un Québec à jamais sauvé par la loi 101, qui vivrait enfin dans une situation de sécurité linguistique. 


Les langues se délient: il n’est pas normal de vivre en étranger chez soi. 


Le retour de la question linguistique a aussi la vertu de révéler l’existence d’un nouveau radicalisme antifrancophone, habité par le fantasme d’une partition montréalaise, pour que la métropole, bilingue, multiculturaliste et si moderne, se sépare du reste du Québec, accusé d’être peuplé de bouseux nationalistes consanguins. 


Cette nouvelle mouvance qui carbure à l’aversion pour le Québec est souvent portée, malheureusement, par des éléments issus de «générations de la loi 101», ce qui n’est qu’un indice parmi d’autres de l’échec de nos politiques d’intégration, causée à la fois par des seuils d’immigration massifs et par notre appartenance au Canada, qui ne cesse de contester la légitimité de nos décisions collectives, comme en témoigne en ce moment la contestation de la loi 21. 


Politiquement, la situation est simple: soit la CAQ tient quand même ses promesses, et retrouve avec sa nouvelle loi 101 l’élan nationaliste de son début de mandat. Soit elle cause une vraie déception et dégage l’espace pour un retour au moins partiel du Parti Québécois, qui prend de nouveau au sérieux la question linguistique, et qui a tout à gagner à parler de la manière la plus décomplexée qui soit de tous les enjeux qui façonnent ce qu’on appelle aujourd’hui la question identitaire. 


Notons l’essentiel: dès que le projet de loi sur la langue française de Simon Jolin-Barrette sera déposé, la question linguistique redeviendra centrale. C’est une bonne chose pour le Québec.