Prostitution

Vers une plus grande répression de l'exploitation sexuelle d'ados

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Est-ce que les politiques se réveillent enfin sur le trafic de mineures ?


(Québec) Les hommes qui cherchent à obtenir des services sexuels d’adolescentes pourraient bientôt s’en mordre les doigts, tout comme les proxénètes qui les exploitent.


Un groupe de travail gouvernemental est en train de concocter un rapport prônant des mesures musclées de répression policière et judiciaire visant les clients-abuseurs de jeunes mineures vulnérables, souvent des fugueuses aux mains de proxénètes sans scrupules.


Si le gouvernement Legault endosse le contenu du rapport en préparation de la Commission spéciale sur l’exploitation des mineurs, les clients et proxénètes ne pourront plus s’en tirer si facilement, selon les informations obtenues par La Presse Canadienne.


Le groupe de travail, formé de 13 députés de tous les partis, est à conclure ses travaux, entamés en juin 2019, et déposera son rapport final cet automne.


Mais, pour l’essentiel, après avoir entendu en consultation 77 experts (policiers, médecins, chercheurs, organismes, etc.) et lu une cinquantaine de mémoires, la commission a déjà une bonne idée des conclusions à tirer de l’exercice et des recommandations à formuler au gouvernement.


« On veut frapper un grand coup », a confié en entrevue la vice-présidente de la commission, la députée libérale Christine St-Pierre.


Elle est scandalisée de voir que, règle générale, les clients peuvent, contre quelques dollars, abuser sexuellement de toutes jeunes filles, certaines n’ayant que 12 ou 13 ans, et ce, sans conséquence aucune, alors qu’il s’agit d’un crime passible de 10 ans d’emprisonnement.


Il faut donc s’attendre à voir la commission recommander au gouvernement de fournir davantage de ressources financières aux services policiers, qui verraient à former des équipes dédiées à traquer et épingler les clients amateurs de « chair fraîche », dira Mme St-Pierre.


On estime aussi que les peines imposées aux proxénètes sont beaucoup trop légères, particulièrement quand le coupable exploitait plusieurs jeunes filles. On recommandera donc aux tribunaux de privilégier les sentences cumulatives, contrairement à ce qui se passe présentement.


Selon Mme St-Pierre, il ne fait pas de doute que la solution passe d’abord par « une répression beaucoup, beaucoup plus importante » pour lutter efficacement contre ce type d’exploitation, qui laisse des traces profondes, difficiles à cicatriser, chez les victimes, dans la très grande majorité de sexe féminin.


Le commerce des jeunes filles est lucratif : on estime que chacune d’entre elles peut rapporter jusqu’à 300 000 $ par année à son proxénète. Réduite à une simple marchandise, elle-même n’empochera bien souvent pas un sou.


Ancien policier, le président de la commission, le député caquiste Ian Lafrenière, partage l’idée d’accroître les mesures répressives, mais il est convaincu que c’est loin d’être suffisant.


Il prône une approche plus globale, avec « un éventail de mesures » axées également sur la prévention, la sensibilisation et le changement des mentalités. « Il faut mettre les victimes au centre de nos actions », résume-t-il, en ajoutant qu’il ne fallait pas oublier les parents, qui peuvent se sentir dépassés par les évènements et avoir besoin d’aide eux aussi.


En entrevue, il s’est dit convaincu qu’il aurait l’appui du gouvernement pour appliquer les recommandations de son rapport et trouver les fonds nécessaires à leur mise en œuvre.


Il raconte que lorsqu’il a fait une présentation des travaux de la commission aux députés de la CAQ, tout le monde dans la pièce était « su’l cul », complètement « shaké » par l’ampleur du phénomène.


Car le phénomène ne cesse de prendre de l’ampleur au Québec, devenu une « plaque tournante » de l’exploitation sexuelle des jeunes au Canada, déplore M. Lafrenière, fier de prévoir déposer un rapport unanime.


Le rapport contiendra quatre volets : communication et sensibilisation, prévention, répression et recherche.


Pour sa part, Mme St-Pierre souhaiterait que la commission recommande au gouvernement d’adopter une politique nationale de lutte à l’exploitation sexuelle, assortie d’un plan d’action. Mais les membres ne se sont pas encore prononcés sur ce point.


Chose certaine, la commission demandera au gouvernement de faire un état des lieux, pour documenter le phénomène de la traite des mineurs au Québec. Il est difficile de quantifier ce phénomène, par définition clandestin. On ne sait donc pas combien de jeunes tombent dans le piège de l’exploitation sexuelle. On demandera de consentir des fonds pour effectuer des recherches en ce domaine.


Pour s’attaquer efficacement à ce fléau, M. Lafrenière juge qu’il faudra réduire la demande, en amorçant un changement des mentalités, par des campagnes de sensibilisation et une meilleure éducation sexuelle des jeunes.


Pour réduire l’offre, les victimes et leurs proches devront être mieux soutenus. On pense à proposer de créer un guichet unique, où seraient répertoriés tous les services et toutes les ressources d’aide disponibles.


On militera aussi pour que ces adolescentes puissent être reconnues officiellement comme des victimes, ce qui leur donnerait accès au programme d’indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC). Cela pourrait contribuer à leur éviter de retomber dans la prostitution, une fois sorties des griffes de leur proxénète.


Une aide psychologique pourrait aussi être offerte afin de les aider à se reconstruire.


On va de plus miser sur la formation des professionnels appelés à côtoyer des jeunes, enseignants et infirmières, pour les outiller à détecter les adolescentes transformées en esclaves sexuelles ou qui risquent de l’être.


On veut également réclamer qu’on garantisse un financement plus stable aux groupes d’aide aux victimes.


En parallèle, une meilleure coordination fédérale-provinciale sera souhaitée, afin d’accroître la force de frappe.


Selon le document de consultation produit par la commission, on estime qu’un homme en quête de services sexuels d’une adolescente peut en trouver dans plus de 600 établissements au Québec, et surtout dans la métropole, où on dénombrerait quelque 330 lieux liés à l’industrie du sexe : bars de danseuses, salons de massage et agences d’escortes.


Les réseaux sociaux jouent un rôle-clé pour faciliter le recrutement de jeunes filles vulnérables et de clients.


Itinérante, la commission s’est déplacée à Montréal, Québec et Val-d’Or.