Sondages 2007

Une issue de moins en moins prévisible ? (5)

PQ 54, PLQ 46, ADQ 25

Québec 2007 - Tribune libre de Vigile



La moitié des électeurs disaient déjà qu’ils pouvaient encore changer d’idée. Ajoutez à cela la lutte toujours plus serrée entre le PQ et l’ADQ chez les francophones et personne ne peut plus dire qui formera le prochain gouvernement. Bref, si la tendance se maintient, tout le monde va se coucher tard le 26 mars. Et encore, parions que les recomptages judiciaires se tiendront en nombre record en avril. Cela signifie que ceux et celles qui en auront ras le bol de cette campagne dans 16 jours risquent d’en entendre encore beaucoup parler au moins jusqu’à Pâques.
C’est le portrait confus que nous transmet le sondage CROP-La Presse de ce 10 mars. S’il est permis de comparer les résultats d’un sondage CROP avec un autre de Léger Marketing (celui du 2 mars), on pourrait être tenté de croire qu’à 29%, le PQ n’a pas bougé depuis une semaine. Cependant, il est peu probable que les légers gains de Québec solidaire et du Parti Vert proviennent du PLQ et surtout de l’ADQ. Il y aurait donc eu des gains péquistes et adéquistes aux dépens des Libéraux, mais des pertes péquistes équivalentes au profit des tiers partis. Les progressistes souverainistes de Gouin, Mercier et Taschereau actuellement tentés par Québec solidaire vont avoir de grosses questions à se poser. Autrement dit, ceux et celles qui se font dire de voter pour la prétendument «vraie gauche» auront intérêt à se pencher gravement sur la montée de la vraie de vraie droite. Ainsi, selon les données du sondage de ce matin :
- Le Parti Québécois d’André Boisclair élirait 54 députés, mais les nombreuses luttes à trois serrées en région rendent cette projection informatique très hasardeuse. Inutile de détenir un doctorat en science politique pour comprendre que l’éventualité de former un gouvernement souverainiste minoritaire avec seulement 29% du vote populaire mènerait l’État du Québec à la paralysie. Le débat des chefs de mardi (c’est dans quatre jours !) sera l’ultime chance d’André Boisclair de convaincre les électeurs qu’il a l’étoffe d’un Premier ministre, sa principale faiblesse face à ses adversaires. En comparaison du sondage Léger Marketing du 2 mars, les circonscriptions de Sherbrooke (eh oui!), Laval-des-Rapides et Jonquière passeraient du camp libéral au PQ, toutes par la peau des dents.
- Le Parti Libéral de Jean Charest ferait élire 46 députés. Essentiellement entouré d’ultra-fédéralistes de la région de Montréal, de l’Outaouais et de de l’Estrie, Jean Charest pourrait continuer à causer de partition en vase clos. Il devrait néanmoins vivre avec la honte d’avoir mené son parti à la première défaite d’un gouvernement sortant après un seul mandat depuis 1970. À moins que la grande surprise de ce scrutin soit sa défaite dans Sherbrooke ? On peut toujour rêver. Depuis le sondage Léger Marketing du 2 mars, aux trois circonscriptions perdues aux mains du PQ s’ajoutent celles de La Peltrie et Louis-Hébert, cédant aux charmes de l’ADQ.
- L’Action démocratique du Québec de Mario Dumont et ses 25 députés balaierait les huit circonscriptions de Chaudières-Appalaches et même les huit de la Capitale nationale ! Les sympathiques animateurs de radio de Québec pourraient alors tutoyer allègrement leur Mario chéri en dissertant savamment d’abolition des libérations conditionnelles et de paiement des coûts de détention par les détenus eux-mêmes. Tant qu’à y être, pourquoi pas le retour de la peine de mort ?
- Québec solidaire et Françoise David sont essentiellement en train d’offrir aux électeurs les plus indéfectiblement souverainistes du Québec – les francophones de l’est de Montréal – de se diviser au point d’élire un député fédéraliste. Autrement dit, là où le parti le plus à droite (l’ADQ) est le moins menaçant, Québec solidaire contribue à faire élire le parti le plus fédéraliste (le PLQ). Madame David aura beau s’en défendre bec et ongles, ce paradoxe est une réalité indécrottable et exaspérante. Québec solidaire a été fondé alors que le PQ n’avait pas de chef. Cette vacuité de l’automne 2005 est en voie de générer l’implosion de la gauche au printemps 2007.
On ne le dira jamais assez, les chiffres ci-haut sont issus d’un modèle froidement mathématique qui ne peut se substituer aux sentiments. À la lumière de ce coup de sonde, on peut quand même s’attendre à ce qui suit :
- André Boisclair tirera à boulets rouges sur Mario Dumont au débat des chefs et dans les deux semaines à venir.
- Jean Charest fera resurgir l’affaire Philpot au débat de mardi. On ne peut s’empécher de penser que les Libéraux et leurs puissants amis de La Presse ont tellement de raisons de croire que le rapport du juge Grenier sur Option-Canada sera rendu public avant le 26 mars qu’ils se sont donné pour mission de discréditer le plus possible l’un de ceux qui en aura le plus à dire sur cette odieuse arnaque de 1995.
- Mario Dumont nous servira encore plusieurs de ses perles de récupération politique inspirées du conservatisme de «gros bon sens» à la Stephen Harper. Mais son absence d’équipe le rattrapera plus que jamais.
- Françoise David aura de plus en plus de mal à convaincre que son parti ne fait pas le jeu des fédéralistes de droite. Le décompte des circonscriptions où Québec solidaire rend un immense service au populo-réactionnaire parti de Mario Dumont est déjà ahurissant.
Le prochain sondage tiendra compte du débat des chefs. Rarement une élection aura autant dépendu de la perception de la personnalité des chefs. Ce grand moment aura sûrement plus d’impact sur l’électorat que le triste épisode de non-souveraineté que sera le dépôt du budget fédéral en pleine campagne électorale québécoise, sept jours avant le vote. Dans une semaine, on pourrait donc être pratiquement fixé.

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Christian Gagnon138 articles

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CHRISTIAN GAGNON, ing.
_ L’auteur a été président régional du Parti Québécois de Montréal-Centre d’octobre 2002 à décembre 2005





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