Une commission pour ça?

"l'affaire Fortier"

Il faut vraiment que la vie politique soit ennuyeuse pour qu'on en vienne à accorder autant d'importance à une «affaire» de congédiement comme celle du délégué général du Québec à New York, Bruno Fortier. Mesdames et messieurs les élus, de grâce, faites-nous la démonstration que vous êtes capables d'occuper votre temps de façon plus rentable en ces temps d'incertitudes!
Depuis un mois, ce que certains ont appelé «l'affaire Bruno Fortier» fait la manchette malgré la minceur du dossier. Cette semaine, les députés de l'opposition majoritaire ont poussé le jeu jusqu'à convoquer la ministre des Relations internationales et le premier ministre Charest lui-même pour s'expliquer devant une commission parlementaire transformée pour l'occasion en commission d'enquête. Les résultats n'ont pas été plus concluants qu'en pareilles circonstances à Ottawa...
À entendre les questions des députés dont la télévision nous a retransmis les débats en direct pendant des heures, on aurait pu croire à un scandale de l'ampleur de celui des commandites. Pourtant, voilà une banale histoire de congédiement d'un haut fonctionnaire gênant, accusé d'insubordination par ses patrons qui devaient surtout s'inquiéter des plaintes pour harcèlement psychologique qui avaient été déposées contre lui.
Les députés voulaient donc savoir quel était le vrai motif du congédiement? La ministre a-t-elle dit toute la vérité en plaçant l'accent sur l'insubordination et non sur le harcèlement, alors qu'elle parlait plutôt de décision administrative il y a quelques jours encore? À vrai dire, on s'en fout!
Selon l'ex-délégué Fortier, c'est la nature politique de ses fonctions et sa visibilité qui ont attiré l'attention des médias et des députés. Sa visibilité? 99,99 % des gens ignoraient jusqu'à l'existence du monsieur il y a un mois. En vérité, c'est parce qu'il était ami de longue date de M. Charest et qu'au moment de son congédiement, une rumeur plus croustillante qu'une accusation de harcèlement psychologique circulait à son sujet au sein de la députation. C'est d'ailleurs cela qui avait convaincu M. Fortier de s'offrir en entrevue au Devoir.
Alors, où nous mène cette curieuse commission parlementaire formée d'une douzaine de députés qui ont passé deux jours à interroger un premier ministre, une ministre, deux sous-ministres, deux anciens délégués généraux, la directrice des ressources humaines du ministère, un conseiller venu de New York pour l'occasion et quelques autres importants personnages de notre belle et grande fonction publique provinciale? Absolument nulle part! L'ex-délégué sera bientôt remplacé et il voudra sans doute contester son congédiement. Mais pour le reste, rien n'aura changé dans le processus de nomination des hauts fonctionnaires du Québec.
Alors, pourquoi tout ce cirque, sinon pour meubler les temps libres que nos députés ont de plus en plus nombreux sous ce gouvernement minoritaire. Si au moins on avait proposé des solutions pour régler le problème bien réel des nominations politiques au sein de la haute fonction publique, mais non.
Pendant ce temps, le Québec fait face à une crise dans la forêt, à une autre dans l'industrie manufacturière, deux récents rapports d'enquête, en santé et en agriculture, attendent qu'on s'y intéresse et un ralentissement économique menace de relancer le chômage vers le haut.
Ne serait-on pas en droit de s'attendre à ce que l'opposition, l'ADQ en tête, profite de l'occasion inespérée qui s'offre à elle sous un gouvernement minoritaire pour forcer le débat au lieu de perdre un temps précieux à imaginer des scandales?
On savait que ce parti n'était pas prêt à gouverner. On sait maintenant qu'il n'était même pas prêt à jouer le rôle d'opposition officielle.


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