Un Québécois pro-vie veut bloquer Charest à la chefferie conservatrice

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L'avortement n'est pas un soin de santé : pourquoi l'État le finance-t-il ?


Jean Charest n’a pas encore officialisé sa candidature à la chefferie du Parti conservateur que, déjà, un autre Québécois souhaite se lancer pour lui barrer la route. L’ancien organisateur politique Richard Décarie compte briguer la succession d’Andrew Scheer afin d’empêcher l’élection d’un libéral et de défendre ses valeurs pro-vie.


« M. Charest n’est pas dans la même famille. C’est un libéral qui ne doit pas avoir de passe-droits, tranche M. Décarie, en entrevue avec Le Devoir. De voir que lui, Gros-Jean comme devant, vient se présenter pour refaire sa carrière en ayant porté l’étiquette libérale, c’est indécent. C’est ce qui m’a motivé à m’impliquer. »


Richard Décarie attend que la course soit officiellement déclenchée par le parti, mais il est quasi assuré de se lancer puisque son principal adversaire sera de la partie.


L’ex-premier ministre québécois a pris sa décision et compte bel et bien se lancer dans la course d’ici deux semaines, a confirmé une source proche de M. Charest.


Richard Décarie, qui a travaillé pour Stephen Harper de 2003 à 2005, trouve déjà que le Parti conservateur est trop progressiste et qu’il n’a pas suffisamment perpétué l’héritage de l’Alliance canadienne, notamment sur les questions sociales. « Avec le retour du libéral Jean Charest à la tête de ce parti, ou surtout de Peter MacKay, on va devenir un Parti progressiste-conservateur. »


Or, M. Décarie se présente comme un « vrai bleu conservateur » : libertarien, conservateur sur le plan fiscal et « le plus social conservateur de tous les candidats potentiels annoncés jusqu’à présent ».


Il est contre l’avortement et promet d’intervenir pour en resserrer l’accès, tant à l’étranger qu’au Canada. Il souhaite ainsi que les transferts en santé que verse le fédéral aux provinces ne puissent plus servir à financer les services d’avortement — car il ne s’agit pas d’un soin de santé, stipule-t-il. Il permettrait en outre à des députés de présenter des projets de loi d’initiative parlementaire sur cet enjeu.


Quant au mariage entre conjoints de même sexe, l’aspirant candidat évite d’énoncer sa position personnelle. Mais M. Décarie argue qu’il viendrait modifier la définition du mariage afin que seules les unions religieuses puissent porter ce nom. Les autres ne seraient pas qualifiées de « mariages », mais seulement d’« unions civiles ». « C’est une façon de rétablir le respect des traditions historiques. »


Comme le parti qu’il aspire à diriger, il s’oppose à la taxe carbone fédérale « inefficace ». M. Décarie croit aux changements climatiques, mais laisse les scientifiques se prononcer quant à savoir s’ils sont causés par l’homme. « Il n’y a pas de consensus. » Il s’oppose à tout registre des armes à feu.


Prônant un gouvernement fédéral décentralisateur, il n’interviendrait pas dans une contestation de la loi québécoise sur la laïcité.


L’appui des pro-vie


Bien que M. Décarie ne soit pas connu du grand public, son nom circule déjà dans les milieux socio-conservateurs et pro-vie. Une part de l’équipe de campagne qui avait épaulé l’ex-député Brad Trost, en 2017, lui prêtera main-forte.


M. Trost était arrivé quatrième lors de cette dernière course à la chefferie. Il compte lui aussi aider M. Décarie en lui faisant profiter de son réseau de membres et de donateurs. M. Trost note que, si les conservateurs sociaux s’organisent, ils peuvent mobiliser 30 000 membres pour influencer le vote — qui avait compté 142 000 votants il y a deux ans.


Les groupes antiavortement n’ont pas encore décidé derrière quels candidats ils se rangeront pour tenter, justement, de peser dans le choix du prochain chef.


Matthew Wojciechowski, du groupe Campaign Life Coalition, veut d’abord voir les positions que défendront les aspirants chefs lors de la campagne. Mais il a déjà repéré la candidature de Richard Décarie, un « candidat prometteur » et « assurément attirant ».


Pierre Poilievre est aussi considéré comme pro-vie par le CLC, qui estime qu’il pourrait être « digne d’appui ». M. Wojciechowski craint cependant que le député et ex-ministre se montre plus prudent et veuille éviter des débats sur l’avortement.


Fortier abandonne


L’ex-ministre et sénateur Michael Fortier a pour sa part renoncé à briguer la chefferie, constatant qu’il n’avait pas de chance de l’emporter puisque ses positions tranchent trop avec celles d’une majorité des conservateurs. Il a reproché au parti, dans une lettre ouverte à La Presse+, de traîner encore « ses démons sur les questions morales » et d’être devenu « des climatosceptiques » aux yeux des Canadiens.


Tout indique que l’ex-ministre Peter MacKay se portera candidat, tout comme le député Erin O’Toole.


La députée Marilyn Gladu a annoncé officiellement jeudi qu’elle sera de la course, comme l’homme d’affaires québécois Bryan Brulotte, qui en a fait l’annonce lundi.