Un premier ministre est-il une marionnette ?

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Quoiqu'en dise Josée Legault, il demeure en tout temps la marionnette des intérêts qui l'ont mis en place et le soutiennent





Dans notre système parlementaire de type britannique, un premier ministre, dès qu’il est chef d’un gouvernement majoritaire, est-il tout-puissant ?


Réponse : oui, en principe. Entre les élections, le principal contre-pouvoir au sien étant celui des tribunaux. Du moins, lorsqu’il y a contestation judiciaire d’une loi.


Un premier ministre est-il une marionnette ? Réponse courte : non.


Et pourquoi poser cette question un brin provocatrice ?


Parce que depuis le «départ» de Jean-Louis Dufresne, chef de cabinet de Philippe Couillard annoncé hier à un an des prochaines élections, on semble attribuer à M. Dufresne le poids d’une kyrielle de très mauvaises décisions politiques.


Ce faisant, on semble le confondre avec le premier ministre lui-même, le vrai patron, le patron ultime. Pis encore, on semble lui prêter un pouvoir décisionnel supérieur même à celui du premier ministre.


Bref, c’est comme si Philippe Couillard suivait bêtement les «conseils» de son chef de cabinet sans exercer son propre pouvoir décisionnel souverain. Ou dit autrement, c'est comme si le premier ministre serait en quelque sorte la marionnette de son chef de cabinet.


Or, rien n’est plus faux.


Oui, il est vrai que, tous partis confondus, le chef de cabinet du premier ministre est le deuxième personnage le plus puissant d’un gouvernement.


Oui, c’est celui qui, du matin au coucher – et parfois même au téléphone la nuit, si nécessaire -, a toujours l’oreille attentive, directe et privilégiée du premier ministre. Le tout, il va sans dire, loin des caméras, du caucus, du conseil des ministres et de l’électorat lui-même.


Le chef de cabinet décide aussi de beaucoup de choses au sein même de l’appareil gouvernemental, incluant le choix stratégique des sous-ministres.


Il distribue également – et fort généreusement – un chapelet de nominations partisanes à des postes grassement rémunérés à même les fonds publics.


Il sait tout, ou presque, mais en garde une partie pour lui-même pour ne pas placer le premier ministre dans certaines situations potentiellement trop embarrassantes.


Le chef de cabinet est aussi le patron de tous les employés – conseillers, attachés politiques, administrateurs, secrétaires, directeurs, etc. -, du bureau même du premier ministre.


C’est le grand confesseur des ministres et députés lorsque nécessaire;  le grand protecteur pour ses chouchous; et le grand inquisiteur pour ceux qu’il aime moins.


Le chef de cabinet du premier ministre est également le chef d’orchestre des «cliques» qui, inévitablement, se forment au sein même du bureau du premier ministre. Il les connait et en joue comme d’un violon. Quitte même à profiter, voire même alimenter, les inévitables luttes interpersonnelles de pouvoir entre ces mêmes «cliques» pour se hisser jusqu’au «premier cercle» d’influence autour de premier ministre.


Cela étant dit, le chef de cabinet demeure le deuxième personnage le plus puissant d’un gouvernement. Le premier étant bien entendu le premier ministre.


Traduction : du moment où, comme je l’écrivais dans ma chronique de ce matin, des dysfonctionnements majeurs s’incrustent dans la gouverne elle-même d’un État, l’ultime responsable est et demeure toujours le premier ministre lui-même.


Le premier ministre n’est PAS la marionnette de son chef de cabinet tout comme il n’est PAS la «victime» d’un «mauvais entourage» quand les choses se mettent à déraper. Le premier ministre choisit son entourage et choisit son chef de cabinet.


Quoi que puisse lui conseiller son chef de cabinet, le premier ministre a le dernier mot en toutes choses.


Il décide des grandes orientations de son gouvernement, de ses principales politiques publiques, de la culture politique et éthique qu’il souhaite lui insuffler (ou non). Il approuve ou refuse les candidatures aux élections générales et partielles.


Bref, c’est lui (ou elle) le grand boss. Point final.


En d’autres termes - et je persiste et signe là-dessus - le «départ» de Jean-Louis Dufresne est en fait un sacrifice rituel qui vise tout d’abord deux objectifs.


Primo, envoyer le message d’un « nouveau départ » à son électorat qui s’effrite depuis plusieurs mois déjà.


Deuxio, calmer ses propres troupes  - caucus, ministres, donateurs. Car ses troupes sont de plus en plus nerveuses.


Elles sont nerveuses parce que depuis l’élection d’avril 2014, le Parti libéral du Québec a chuté de 42 à 32% d’appuis.


Elles sont nerveuses parce que la possibilité d’un gouvernement minoritaire, quel qu’il soit, n’est plus une hypothèse farfelue.


Elles sont nerveuses parce que la CAQ souffle de plus en plus dans le cou des libéraux. Du moins, depuis quelques mois.


Elles sont nerveuses parce qu’après 15 ans de pouvoir, sauf pour une brève parenthèse sous Pauline Marois, les libéraux ont fini par croire eux-mêmes à la fameuse thèse dite du «monopole libéral».


Cela dit, n’ayez crainte qu’après ce sacrifice rituel, le grand ami de M. Couillard qu’est Jean-Louis Dufresne depuis des lustres, conservera sûrement l’oreille attentive du premier ministre.


La seule différence étant qu’il le fera dorénavant à distance physique du bureau même du premier ministre...


 




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