Un nouvel obstacle pour Sarkozy

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Il traîne de grosses casseroles

Les écueils s’accumulent sur le chemin du retour de Nicolas Sarkozy en politique. Après un interrogatoire de 16 heures, la nouvelle est tombée à 2 h 30 du matin. L’ancien président a été mis en examen et accusé de corruption active, de trafic d’influence actif et de recel de violation du secret professionnel. Deux de ses présumés complices ont aussi été accusés hier en fin de soirée : son avocat, Me Thierry Herzog, et Me Gilbert Azibert, avocat général de la Cour de cassation.

Dès 8 heures mardi matin, l’ancien président s’était présenté aux bureaux de l’office anticorruption de la police judiciaire de Nanterre, qui l’a mis aussitôt en garde à vue. Cette procédure, qui permet d’interroger un suspect pendant 24 heures, est courante en France. Mais c’était une première pour un ancien président. Nicolas Sarkozy est soupçonné de trafic d’influence et de violation du secret de l’instruction. Une accusation passible de dix ans de prison et de 150 000 euros d’amende.

Échange de services ?

Cette nouvelle « affaire » est apparue par hasard au début de l’année, alors que Nicolas Sarkozy et son avocat, Me Thierry Herzog, avaient été mis sur écoute dans le cadre d’une autre enquête. Depuis des mois, les juges d’instruction tentent de faire la lumière sur les accusations relatives au financement de la première campagne de Nicolas Sarkozy (2007) par le régime de l’ancien dictateur libyen, Mouammar Kadhafi. En septembre 2013, ils ont estimé que les soupçons justifiaient la mise sur écoute de l’ancien président et de son avocat.

Le 25 février 2014, le contenu de ces écoutes, réalisées sur une ligne téléphonique souscrite par Nicolas Sarkozy sous un nom d’emprunt (Paul Bismuth), a provoqué l’ouverture d’une nouvelle enquête. Les enregistrements laissaient penser que les deux hommes tentaient d’obtenir des informations confidentielles par l’entremise d’un juge de la Cour de cassation, Gilbert Azibert, au sujet de la saisie des agendas de l’ancien président dans l’affaire Bettencourt. En échange, Azibert, proche de la retraite, aurait proposé qu’on intervienne en sa faveur pour qu’il soit nommé à Monaco. Nicolas Sarkozy et son avocat auraient aussi été informés illégalement qu’ils étaient écoutés et qu’une perquisition aurait lieu chez ce dernier.

L’UMP silencieuse

Devant cette nouvelle affaire judiciaire, les nouveaux dirigeants de l’UMP sont restés cois. Le triumvirat composé des anciens premiers ministres Alain Juppé, François Fillon et Jean-Pierre Raffarin n’a pas fait de déclaration.

Ce qui n’a pas empêché les proches de l’ancien président de protester haut et fort. Certains n’hésitent pas à parler d’un complot politique. « Nous sommes dans ce feuilleton à répétition dont vous verrez que tout sera fait pour empêcher Nicolas Sarkozy de revenir sur la scène politique », dit la députée européenne Nadine Morano, qui promet néanmoins « un happy end ».

Récemment, Nicolas Sarkozy avait comparé les enquêtes judiciaires dont il est l’objet à celles de la Stasi, les services secrets de l’ancienne Allemagne de l’Est. Son ami Arno Klarsfeld n’hésite pas lui non plus à faire de telles comparaisons, évoquant, cette fois, le régime de Vichy. « Un tel acharnement contre un opposant politique, excepté Vichy, on n’avait pas vu cela depuis le Second Empire », écrit-il.

Plus réservé, le maire de Nice, Christian Estrosi, estime que « jamais on n’aura affublé un ancien président d’un tel traitement, d’un tel déferlement de haine ». D’autres, à droite, se montraient confiants. Selon l’ancien ministre et ex-adversaire de Nicolas Sarkozy, Patrick Devedjian, ces accusations ne pourront pas tenir, puisque l’ancien président n’avait pas l’autorité de promettre un poste à Gilbert Azibert.

Nouvelle embûche

À gauche, on était plus circonspect. Le président de l’Assemblée, le socialiste Claude Bartolone, a appelé à ne pas menacer par des déclarations inconsidérées « une institution républicaine comme la justice ». Selon le ministre de l’Agriculture et porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, « Nicolas Sarkozy est un justiciable comme les autres ».

Cette mise en examen apparaît comme une nouvelle embûche sur le chemin du retour éventuel de Nicolas Sarkozy en politique. L’affaire est d’autant plus embarrassante qu’elle est fondée sur des écoutes téléphoniques dont le contenu est aujourd’hui public. En toile de fond se profile aussi l’affaire Bigmalion qui ébranle l’UMP, soupçonnée d’avoir couvert frauduleusement le dépassement (d’au moins 50 %) des frais de la dernière campagne électorale de Nicolas Sarkozy.

Les inconditionnels de l’ancien président dénoncent un acharnement judiciaire. Seul contre tous : juges, Hollande, UMP. Il ne faut jamais attaquer un fauve blessé, titre l’hebdomadaire de droite Valeurs actuelles. À l’opposé, l’ancien premier ministre et rival de Sarkozy, François Fillon, aurait confié à l’AFP que « jamais Sarkozy ne pourra revenir, à cause des affaires ». Hier, sur les chaînes d’information, on se demandait si ces nouvelles accusations ne contribueraient pas à accélérer le retour de l’ancien président, qui devait faire connaître son intention de se présenter ou non à la direction de l’UMP avant la rentrée de septembre.


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