REMANIEMENT MINISTÉRIEL

Un chef de la diplomatie qui ne parle pas français

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Le Canada exhibe ses limites sur la scène internationale

Stephen Harper a remanié son gouvernement, en se dotant notamment d’un ministre des Affaires étrangères unilingue anglophone. Un choix que n’ont pas manqué de critiquer les partis d’opposition et, de façon plus prudente, le gouvernement québécois.

Forcé de procéder à un remaniement ministériel à la suite du départ inattendu de John Baird la semaine dernière, le premier ministre a décidé de confier les Affaires étrangères à Rob Nicholson. Celui-ci était responsable de la Défense, un portefeuille confié à Jason Kenney, tandis que Pierre Poilievre récupère l’Emploi tout en conservant la Réforme démocratique.

Le cabinet de la ministre québécoise des Relations internationales et de la Francophonie, Christine St-Pierre, s’est fait prudent lundi, mais a tout de même émis certaines réserves quant à la nomination de M. Nicholson.

« Il est souhaitable que tous les ministres fédéraux soient bilingues », a indiqué au Devoir l’attaché de presse de Mme St-Pierre, François Caouette. « Évidemment, on comprend que c’est une corde de plus à son arc de parler une ou plusieurs langues additionnelles. Mais on n’a pas l’intention de commenter plus en détail la nomination effectuée par une autre entité que la nôtre. C’est une décision qui revient à M. Harper et pour laquelle il devra répondre. » De son côté, Québec garde le cap quant à ses priorités internationales.

Thomas Mulcair n’a de son côté pas hésité. « Nommer quelqu’un qui ne parle pas un mot de français comme ministre des Affaires étrangères, un secrétaire parlementaire qui ne sait pas dire un mot de français, ça en dit long sur le fait que M. Harper est vraiment en train d’oublier complètement qu’il y a deux langues officielles au Canada », a reproché le chef néodémocrate, en accusant M. Nicholson de ne jamais déroger au « dogme conservateur ».

Le chef bloquiste, Mario Beaulieu, a renchéri qu’« Ottawa ajoute l’insulte à l’injure ».

L’attaché de presse de M. Harper, Carl Vallée, a rétorqué que son « ministre de la Francophonie est un Québécois francophone, Christian Paradis ».

« Ce n’est pas lui qui va aller discuter de la politique étrangère avec la France et les pays francophones. Ça, ça relève du ministère des Affaires étrangères », a répliqué Marie-France Kenney, présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne. Le discours du gouvernement vantant la dualité linguistique comme valeur fondamentale du Canada, « c’est du verbiage ». Le premier ministre aurait pu choisir autrement. « Il y en a plein des députés et des ministres qui sont bilingues ! » M. Baird parlait français et savait dialoguer avec ses homologues francophones, a noté Mme Kenney.

L’unilinguisme de M. Nicholson a en outre fait tiquer des fonctionnaires au ministère, selon les informations du Devoir.

De lourds dossiers

M. Harper n’a pas convoqué les journalistes à Rideau Hall et s’est contenté d’un communiqué de presse annonçant que les changements « feront en sorte que des portefeuilles clés continueront d’être dirigés par des chefs solides ».

En plein déploiement militaire en Irak, Jason Kenney hérite de la Défense et devra gérer la décision du gouvernement de prolonger ou non sa mission de six mois au-delà du début avril.

M. Nicholson devra naviguer à travers la crise en Ukraine et les efforts internationaux contre le groupe armé État islamique.

Pierre Poilievre, un député acerbe réputé comme ultrapartisan, devra quant à lui chapeauter les négociations avec les provinces sur les ententes sur le développement du marché du travail.

Le bureau du ministre québécois de l’Emploi, François Blais, ne s’inquiète pas. « On va continuer de travailler de concert avec le gouvernement fédéral », a affirmé son attachée Julie White.


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