Trans Mountain a mis des militants antipipeline sous surveillance

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L'entreprise Trans Mountain, qui est détenue par le gouvernement fédéral, a mis sous surveillance des militants qui s'opposent à son projet d'expansion de pipeline. C'est ce qui est expliqué dans des documents internes obtenus grâce à la Loi sur l'accès à l'information. Ces militants sont qualifiés par Trans Mountain des « personnes d'intérêt », ce qui justifie, selon la société de la Couronne, de les surveiller de plus près.




La Gendarmerie royale du Canada emploie le terme « personne d'intérêt » pour désigner des individus qui peuvent être des témoins, ou qui sont liés à une infraction, mais qui ne sont pas des suspects.


Les médias sociaux visés


Les documents internes de Trans Mountain montrent que les responsables de la sécurité de l'entreprise ont rassemblé les noms des personnes qui publient des vidéos ou des messages antipipeline sur les médias sociaux.


Les noms des personnes qui publient ces contenus ou qui sont mentionnées dans les messages sont également pris en note par les employés de Trans Mountain.


Une maison minuscule noire.

Les Tiny House Warriors, guerriers de petites maisons, construisent des maisons minuscules dans le but de les installer sur le trajet du pipeline Trans Mountain.


Photo : Kanahus Manuel/Facebook




L'entreprise a repéré deux militants considérés comme des « personnes d'intérêt » et a détaillé leurs déplacements ainsi que leurs interactions avec des groupes opposés à divers projets liés à l'exploitation des ressources naturelles.



L'une de ces personnes est la militante autochtone Kanahus Manuel, membre de la Première Nation de Secwepemc, qui est une des porte-parole du groupe Tiny House Warriors, opposé à l'expansion du pipeline Trans Mountain.


55 pages de documents


C'est l'avocat de Kanahus Manuel qui a obtenu les documents internes de Trans Mountain et les a transmis à CBC News. Il s’agit de 55 pages, en partie censurées.


La plupart des documents sont des « rapports d’activité » concernant la période du 6 décembre au 12 décembre 2018, couvrant la zone comprise entre la ville de Hope, en C.-B., et la frontière albertaine.


On y lit aussi que les responsables de la sécurité de Trans Mountain ont découvert l’identité d’un autre militant qui utilisait un pseudonyme et qui est désigné comme étant une « personne d’intérêt centrale ». Ses activités de militants et ses relations avec des groupes autochtones sont détaillées dans le document.


Un campement anti-pipeline surveillé


L’activité autour du groupe Tiny House Warriors semble être une priorité pour Trans Mountain. On peut lire dans les documents que « les nouvelles informations concernant une personne d’intérêt centrale confirment que le campement des Tiny House Warriors attire des militants plus extrémistes ».


Selon le professeur Jeffrey Monaghan, de l’Université Carleton, les documents soulèvent des questions sur la manière dont les informations sont recueillies, entreposées, et sur l’accès qui y est donné.



Cela soulève des questions sur la signification de la liberté d’expression en démocratie


Jeffrey Monaghan, professeur à l’Université Carleton


Certaines des informations contenues dans les documents suggèrent qu’elles viennent de sources qui dépassent les médias sociaux, selon Jeffrey Monaghan, qui vient de coécrire un livre intitulé Policing Indigenous Movements (Surveiller les groupes autochtones).


Vêtu d'une chemise à carreaux, Jeffrey Monaghan regarde l'objectif.

Jeffrey Monaghan, professeur à l'institut de criminologie et de justice de l'Université Carleton


Photo : Avec l'autorisation de Jeffrey Monaghan




Ces données voyagent, dit-il. Cette entreprise n’a pas de pouvoir coercitif, mais réalise un travail de surveillance et de collecte de renseignements qui est lié au monde policier.


Trans Mountain a refusé de divulguer comment elle utilise ces informations et comment elle détermine qui est une « personne d'intérêt ». L'entreprise a déclaré dans un courriel que sa priorité est la sécurité et [qu'elle est] déterminée à protéger ses installations, ses employés, ses associés et le public.


Avec les informations de Jorge Barrera