TI-CUL LACHANCE

Idées — Le destin québécois

Gilles Vigneault
_ TI-CUL LACHANCE
_ G. Vigneault - G. Rochon
Je suis chômeur de mon état
_ Je m'appelle Ti-Cul Lachance
_ Pogné, marié, trois filles deux garçons
_ Merci pour l'assistance
_ Comme j'habite un pays loin de l'eau
_ Ils ont fermé le chantier de bateaux
_ Tu les as laissé faire
_ Comme j'ai pas posé de bombes par-là
_ Pis que ça faisait peut-être ton affaire
_ Tu penses que je m'en aperçois pas
Tu penses que je m'en aperçois pas
_ Parce que je vois pas la caisse
_ Tu te penses en haut, tu me penses en bas
_ Du moment que je me baisse
_ Je me baisse pour choisir mon caillou
_ Avant que tu le vendes avec le trou
_ D'avant d'après la guerre
_ Parce que tu me fournis mon tabac
_ Parce que tu m'as payé une bière
_ Tu penses que je m'en aperçois pas
Tu penses que je m'en aperçois pas
_ Du moment que je dépense
_ Ce que tu me donnes en plus de mes repas
_ Mais rien à faire on pense
_ Dans tes menteries télévisées
_ Des fois tu oublies de te déguiser
_ Pis on voit tes deux faces
_ Tu vends mon chemin, tu vends mon pas
_ Tu vends mon temps, pis mon espace
_ Tu penses que je m'en aperçois pas
Tu penses que je m'en aperçois pas
_ Que t'es rien qu'un sous-ministre
_ Nos vrais ministres sont aux États
_ C'est là qu'ils t'administrent
_ C'est là qu'ils font les gros fusils
_ Avec du fer de ton pays
_ Mais toi tu es à la chasse
_ Comme tu me vois pas dans ces clubs-là
_ Pis qu'on est pas confrères de classe
_ Tu penses que je m'en aperçois pas
Tu penses que je m'en aperçois pas
_ Quand tu poses ta pancarte
_ A vendre, à vendre avec en bas
_ Indiqué sur les cartes
_ Si vous aimiez mon Labrador
_ Ajoutez-y donc la Côte-Nord
_ Le bois y est hors d'âge
_ Quand tu descends nous voir dans le bas
_ On sait qui ce qui paye ton voyage
_ Tu penses que je m'en aperçois pas
Tu penses que je m'en aperçois pas
_ Quand tu me pousses vers la grève
_ Je sais bien que tu aimes pas nos syndicats
_ Tu serais content qu'ils crèvent
_ Quand tu mets nos chefs en prison
_ Le patron te reçoit dans sa maison
_ Tu es là comme en famille
_ Parce que ma femme lave pas vos draps
_ Parce que mon gars viole pas vos filles
_ Tu penses que je m'en aperçois pas
Tu me fais voter pour tes pantins
_ Les deux mains sur ta bible
_ Comme c'est toi qui comptes les bulletins
_ Y a pas d'erreur possible
_ Le jour où je vas voter pour moi
_ Le recomptage prendre des mois
_ Des mois pis des années
_ Pis je veux jouer au petit soldat
_ Je sais que tu as déjà toute une armée
_ Pour me faire retrouver ton pas
Des matins je me lève Esquimau
_ Je te vois vider l'Arctique
_ L'eau, les humains, les animaux
_ À des prix électriques
_ Je peux pas croire que tu sois si bas
_ Je peux pas croire que tu sois si rat
_ Faudrait que tu sois si bête
_ À semer du vent de cette force-là
_ Tu te prépares une joyeuse tempête
_ Peut-être bien que tu t'en aperçois pas
***
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