Sondages 2007 : Un gouvernement libéral presque majoritaire ! (3)

Québec 2007 - Tribune libre de Vigile

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André Boisclair a beau connaître un bon début de campagne, le sondage Léger Marketing – Le Devoir de ce matin ne lui rend pas justice. Il faut dire que le sondage a été effectué entre les 21 et 24 février, donc essentiellement avant que le Parti Québécois ne dévoile sa plate-forme et sa feuille de route. La modélisation mathématique qui suit donne au PQ un caucus très similaire à celui qui prévalait au moment de la dissolution du parlement, tandis que le PLQ cède surtout des sièges à l’ADQ. Cela tendrait à démontrer qu’André Boisclair a raison de déployer autant d’efforts à rallier les souverainistes, estimés actuellement à 44% par Léger Marketing. Certains ayant la mémoire courte seront tentés par l’autonomisme entre deux chaises de Mario Dumont. Il est néanmoins permis de prévoir que le prochain sondage sera plus encourageant pour les troupes péquistes. Pour le moment, en vertu des chiffres du sondage de ce matin :
Le Parti Québécois d’André Boisclair devrait se contenter du rôle d’Opposition officielle forte le 26 mars prochain. Mais malgré ses 44 députés, le PQ afficherait son plus mauvais résultat depuis 1970. Une telle situation pourrait ébranler le leadership du chef péquiste, même s’il mène jusqu’à maintenant une campagne résolument souverainiste. Bernard Drainville serait facilement élu dans Marie-Victorin. La candidature tardive de Pierre Dubuc dans Groulx semble plus risquée car les chiffres le font gagnant d’extrême justesse face à son adversaire libéral. À l’inverse, François Rebello subirait tout juste la défaite face à son vis-à-vis libéral dans Laprairie. En comparaison des résultats du scrutin du 14 avril 2003, les circonscriptions de René-Lévesque, Berthier, Champlain et Saint-Maurice quitteraient les rangs péquistes, toutes à la faveur de l’ADQ. Par contre, outre Groulx, Matane et Roberval redeviendront péquistes aux dépens du PLQ et grâce à la division du vote fédéraliste causée par la montée de l’ADQ.
Le Parti Libéral de Jean Charest serait à la tête d’un gouvernement tout juste minoritaire de 60 députés, même ses appuis de 46% de l’électorat en 2003 aura chuté à 37%. En comparaison du verdict des urnes du 14 avril 2003, 13 des 16 députés libéraux sortants défaits morderaient la poussière aux mains de l’ADQ, principalement dans les régions de Québec et de Chaudière-Appalaches. Ainsi, les circonscriptions de Rouyn-Noranda-Témiscamingue, Charlebourg, Chauveau, Louis-Hébert, Montmorency, Vanier, Arthabaska, Beauce-Sud, Bellechasse, Frontenac, Lévis, Montmagny-L’Islet et Maskinongé passent du PLQ à l’ADQ.
L’Action démocratique du Québec de Mario Dumont mettrait la main sur le statut de parti officiel avec 21 députés et 24% des voix. L’ADQ raflera toute la région de Chaudière-Appalaches (8 sur 8) et s’imposerait comme première puissance politique à Québec avec 5 élus sur 11 candidatures, contre 4 au PLQ et la tenace Agnès Maltais au PQ. Présente dans huit régions sur dix-sept, l’ADQ serait sortie de sa marginalité.
● Pour Québec solidaire, Françoise David perdrait dans Gouin, même si on additionne toutes les voix des partisans du Parti Vert aux siennes. Mais elle aura fait peur au péquiste Nicolas Girard. Elle et Amir Khadir dans Mercier sont les seules candidatures à surveiller de ce parti. Mais tous deux subiraient le même sort.
Bien sûr, ces prédictions ne concernent que l’instant présent. Mais il est nettement plus probable que :
● Jusqu’à maintenant, Jean Charest et Mario Dumont se chicanaient entre eux. Ce sondage devrait sonner la fin de la récréation pour Mario Dumont qui sera maintenant la cible du tir nourri de ses adversaires. L’ADQ sera dorénavant scrutée à la loupe par les médias et ne pourra plus se contenter d’envolées populistes. Inclure la limitation du pouvoir fédéral de dépenser parmi les choses « qu’on peut changer sans demander la permission à personne » en est un flagrant exemple.
● La précoce campagne de peur de Jean Charest concernant les conséquences de l’élection d’un gouvernement péquiste ne saurait faire effet jusqu’au 26 mars. En forçant trop la dose, Jean Charest risque de contribuer lui-même à immuniser les indécis contre les scénarios catastrophes d’un futur troisième référendum.
● Plus André Boisclair montera dans les sondages, plus s’amenuiseront les appuis à Québec solidaire, car plus la menace de la droite adéquiste et libérale unira la gauche. Mais l’inverse est aussi vrai.
À ce jour et compte tenu des tendances, plus personne ne peut prédire ce qui se passera dans les régions francophones. Une nouvelle poussée adéquiste pourrait tout faire basculer. Ce qui est sûr, c’est que le ton va monter. On s’en reparle au prochain sondage.
CHRISTIAN GAGNON, ing.

L’auteur a été président régional du Parti Québécois de Montréal-Centre
d’octobre 2002 à décembre 2005

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Christian Gagnon138 articles

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CHRISTIAN GAGNON, ing.
_ L’auteur a été président régional du Parti Québécois de Montréal-Centre d’octobre 2002 à décembre 2005





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1 commentaire

  • Luc Bertrand Répondre

    27 février 2007

    Waw! Bravo monsieur Gagnon! Quelles analyses intéressantes!
    Le mouvement souverainiste vit présentement des semaines extrêmement cruciales. Nous, indépendantistes, devrons prendre une grave décision d'ici au 26 mars, car, pour cette élection, notre projet de pays est menacé autant à l'interne qu'à l'externe. En fait, je dirais qu'il est davantage compromis par les faiblesses du Parti Québécois que par la force de ses adversaires fédéralistes.
    Il n'y a pas à dire, si l'on considère la situation politique québécoise en dehors du PQ, la table serait mise. Si ce n'était de la faiblesse du leadership, du manque de maturité, de cohérence et d'inspiration d'André Boisclair, du manque de réalisme et de l'incohérence de la position nationale de l'ADQ et de la marginalité des autres partis, le niveau d'insatisfaction des électeurs envers le gouvernement libéral sortant serait encore plus manifeste. Le gouvernement fédéral n'a jamais été aussi vulnérable depuis 1979 et l'appui à la souveraineté se maintient près des 50% malgré l'absence totale de promotion de l'idée d'indépendance par le PQ depuis le référendum de 1995.
    Personnellement, à moins d'une bourde majeure du PQ ou de l'ADQ, je ne crois pas que les intentions de vote envers le PLQ ne dépassent les 40%. Malgré la légère amélioration de la situation du gouvernement sortant, je persiste à penser que la population n'est pas dupe des annonces et promesses libérales depuis six mois. Malgré que 61% des gens croient en la réélection de Jean Charest, la majorité des électeurs ne sont pas du tout enthousiastes à cette perspective.
    Jean Charest a réussi jusqu'à présent à faire diversion de son bilan médiocre de gouvernement en détournant l'attention sur la plate-forme électorale du PQ. Le retour au discours indépendantiste par Boisclair s'imposait depuis longtemps, mais devra maintenant porter sur la démarche concrète devant nous conduire à l'indépendance (constitution provisoire, lois créant la citoyenneté québécoise et les institutions politiques et juridiques devant remplacer celles du gouvernement fédéral) s'il veut enfin faire sortir le vote qui l'a boudé en 2003. Les attaques devront également viser Mario Dumont et l'Action Démocratique en confrontant les propositions de son programme (constitution et citoyenneté québécoise, impôt unique, abolition des commissions scolaires et des conseils d'arrondissement) à la dure réalité. Le PQ doit également présenter des plateformes régionales qui démontreront concrètement que seul un Québec collectant tous ses impôts, votant toutes ses lois et signant tous ses traités sera en mesure d'opérer une véritable décentralisation des pouvoirs et fournir aux régions les moyens de se développer selon leurs propres aspirations.
    Malgré le fait que les erreurs de jugement d'André Boisclair aient coûté cher au Parti Québécois en termes de candidatures de qualité ou ministrables, le parti doit projeter la confiance à la population qu'il saura combler les lacunes de son chef ou le remplacer avant qu'elle soit conviée à entériner le nouvel État national proposé par cet éventuel gouvernement péquiste. Depuis que Jacques Parizeau a revigoré l'esprit d'équipe dans le PQ, le débat des chefs pourrait compromettre le redressement de l'opinion publique envers le parti puisqu'il ne pourra quand même pas toujours réparer les pots cassés par André Boisclair.