Simon Jolin-Barrette: six jours de débats sur la laïcité

F432bdf31f1464140752294703654e81

Le projet de loi 21 devrait être adopté avant le 14 juin

L’Assemblée nationale entendra 36 intervenants débattre pendant six jours du projet de loi sur la laïcité de l’État. Une consultation assez large pour faire le tour de la question, juge le ministre Simon Jolin-Barrette, qui se dit ouvert à modifier des «modalités» de son projet de loi, sans préciser lesquelles.


Du 7 au 16 mai, des organisations représentant les policiers, les enseignants, les avocats et d’autres figures d’autorité visés par l’interdiction de porter des signes religieux défileront à l’Assemblée nationale. L’historien Gérard Bouchard et le philosophe Charles Taylor, qui ont publié le rapport Bouchard-Taylor il y a 11 ans, seront entendus. La mairesse de Montréal Valérie Plante et l’ex-députée libérale Fatima Houda-Pepin seront également de la partie. «C’est quand même substantiel, c’est une large consultation», commente le ministre Jolin-Barrette en entrevue au Soleil.


Le Parti libéral du Québec et Québec solidaire auraient préféré une consultation plus longue, ayant chacun proposé une soixantaine de groupes. Mais le gouvernement caquiste ne souhaite pas que le débat s’étende sur de nombreuses semaines, comme ça avait été le cas lors de l’étude de la Charte des valeurs du Parti québécois, en 2013.


Au Soleil, le ministre Jolin-Barrette se montre déterminé à adopter le projet de loi d’ici le 14 juin, dernier jour de la session parlementaire. Serait-il prêt à prolonger la session de quelques semaines pour arriver à ses fins? «J’envisage tout. Mais je pense qu’à l’intérieur des semaines de travaux réguliers, on a en masse de temps pour l’adopter.»


Son gouvernement ira-t-il jusqu’à imposer un bâillon? «Ça va dépendre de l’attitude des oppositions», répond-il. Chose sûre, M. Jolin-Barrette n’a pas le goût d’étirer le débat jusqu’en septembre. «Je pense que la société québécoise aurait intérêt, d’ici le mois de juin, à tourner la page sur cette question-là. Ça fait longtemps qu’on en débat.»


Avant de s’avancer sur les changements qu’il pourrait apporter au projet de loi, M. Jolin-Barrette veut entendre les groupes et les partis d’opposition. Il avertit toutefois que son gouvernement ne reculera pas sur ses grands principes, comme le fait d’inclure les enseignants dans le lot des personnes qui ne pourront pas porter de signe religieux. 


Pas de tape à mesurer


M. Jolin-Barrette n’a pas non plus l’intention d’élargir le droit acquis prévu dans le projet de loi ou de permettre le port d’un signe religieux de façon discrète ou sous les vêtements. «La grosseur [du signe religieux], le tape à mesurer, on n’est pas là-dedans».


Après avoir entendu des propos virulents contre son projet de loi ces dernières semaines et avoir vu des manifestants le dénoncer, le ministre Jolin-Barrette persiste à le qualifier de «modéré», d’«applicable» et de «rassembleur». Il a été surpris par certains «propos extrêmes», que son gouvernement a dénoncés. «Il y a des paroles qui ont été dites qui n’ont pas leur place dans le débat public.»


Malgré ce vent de face, M. Jolin-Barrette entrevoit les prochaines semaines de façon positive. «Je suis pas tanné. Je pense que c’est un dossier important pour la société québécoise.» Le ministre est particulièrement fier que le projet de loi inscrive pour la première fois la laïcité comme «une valeur fondamentale de la société québécoise».