COVID-19

Québec sonde ses citoyens sur une application de suivi des contacts

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Pour que l'application fonctionne efficacement, il faut qu'au moins 60 % de la population du Québec soit testée et qu'elle y participe d'une façon volontaire.


Québec jongle avec l’idée de lancer une application de suivi des contacts pour contenir la COVID-19, mais il veut d’abord sonder le taux d’adhésion de la population. Un effort salué par des experts, qui rappelle toutefois que cet outil a ses limites, en plus de soulever son lot de problèmes de sécurité.


« On s’attend, comme gouvernement, à ce qu’il y ait une deuxième vague », a lancé en point de presse mercredi le ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale, Éric Caire. Ainsi, « toutes les options pour lutter contre une résurgence de la pandémie doivent faire partie de la réflexion », a-t-il insisté.


Le gouvernement veut donc connaître le niveau de confiance et les préoccupations des Québécois sur ce genre d’application mobile, déjà testée à travers le monde. Pour ce faire, il a lancé une consultation publique, sous forme de questionnaire en ligne, devant s’étirer jusqu’au 2 août prochain.


« Si les Québécois nous disent « oui » dans un nombre qui est significatif, on pourra aller de l’avant. Mais s’ils nous disent « non » dans un nombre tout aussi significatif, on sait à ce moment-là que c’est voué à l’échec », a résumé Éric Caire. Or, il n’a pas voulu chiffrer un taux de réponse que son gouvernement jugerait suffisant pour motiver une décision.


Toutes les options pour lutter contre une résurgence de la pandémie doivent faire partie de la réflexion — Éric Caire


Cela étant, un « appétit » du public pour cette technologie débattue est essentiel, a soutenu le ministre, car son efficacité dépend de son adoption à grande échelle. « Ça peut être un outil qui est utile si, et seulement si, les gens le téléchargent », a-t-il exposé, soulevant en guise d’exemple le flop de l’application « StopCovid » en France.


Seulement 2 % des Français ont téléchargé l’outil sur leur téléphone intelligent, ne permettant de signaler qu’un nombre dérisoire de risques de contamination. À l’inverse, le cas de l’Allemagne est « intéressant », a enchaîné l’élu caquiste. Trois jours après le lancement de leur application, elle comptait plus de 9,6 millions de téléchargements.


Failles et fiabilité


À maintes reprises, le ministre Caire s’est voulu rassurant quant aux questions de sécurité. Pas question de « tracer » qui que ce soit, a-t-il martelé : l’outil éventuellement retenu n’utilisera pas la géolocalisation, pas plus que la biométrie ou toute forme de stockage de renseignements personnels. « Ce que nous souhaitons, c’est préserver la vie privée des Québécois. »


L’application mobile utilisera plutôt la puce Bluetooth des téléphones intelligents, afin d’échanger un identifiant aléatoire avec d’autres appareils à proximité. Dans le contexte, cette technologie est plus fiable que la géolocalisation, mais elle connaît aussi ses ratés, relève Sébastien Gambs, professeur d'informatique à l'UQAM et spécialiste en éthique des données massives.


« À travers un mur, mon téléphone peut avoir l’impression que j’ai été à proximité d’une autre personne, alors que ce n’est pas le cas, illustre-t-il. Il va y avoir des faux positifs et des faux négatifs. »


Par ailleurs, pour qu’une telle application fonctionne, il faudra que la fonctionnalité Bluetooth soit activée en permanence, avance le chercheur. Avec les failles de sécurité du système ces dernières années, les utilisateurs s’exposent à un risque accru de piratage informatique.


« Règle générale, j’ai toujours été très critique de ces applications », elles qui n'offrent encore à ce jour « aucune garantie » pour endiguer une pandémie, tranche de son côté Anne-Sophie Letellier, spécialiste en sécurité informatique et codirectrice des communications chez Crypto Québec. Cela dit, si le gouvernement entend déployer une application, dit-elle, le Bluetooth protège mieux la vie privée que la géolocalisation par GPS.


Dans un scénario où il obtient le feu vert de ses citoyens, Québec vise un déploiement très rapide d'une application de suivi de contacts : entre quatre à six semaines après la fin de sa consultation publique. Et pour gagner du temps, il entend se tourner vers un outil déjà existant plutôt que de développer le sien.


Au cabinet du ministre Éric Caire, on refuse de dévoiler les applications sur la table. Celle du gouvernement Trudeau fait néanmoins l’objet d’une « analyse » présentement.


Pour rappel, Ottawa est sur le point de lancer « COVID Shield », un outil développé par le Service numérique canadien aux côtés de Shopify et de BlackBerry. Outre l'Ontario qui doit d'abord le tester, la Colombie-Britannique a aussi manifesté son intérêt à l’implanter. Le Québec pourrait donc leur emboîter le pas.


Or, il y a très peu d’information sur cette application et son fonctionnement, souligne Sébastien Gambs. « Puisqu’il a déjà choisi son outil, le fédéral pourrait faire l’effort de dévoiler les spécifications techniques, dit-il. Ça permettrait aux experts de voir si elle respecte les garanties éthique et de vie privée qu’on aimerait avoir ».