Que fait le gouvernement ? !

Crise mondiale — crise financière



Le premier réflexe des gouvernements a été de se porter au secours du secteur financier qui menaçait d'entraîner dans sa chute l'économie mondiale tout entière. Ils conviennent aujourd'hui que le temps est venu d'aider aussi les consommateurs et les entreprises à passer au travers de la crise, ne serait-ce que pour éviter que la situation se dégrade encore plus. Mais ça n'a pas l'air de bouger fort.
La réplique est un classique des bandes dessinées des années 70. La blague consistait à faire apparaître à répétition des personnages qui concluaient inéluctablement toutes leurs discussions en lançant d'un ton outré: «Non mais, je vous le demande: que fait le gouvernement?!» Elle visait sans doute à se moquer d'un certain état d'esprit qui prévalait en ce temps-là où l'on était plus porté à croire que chaque problème avait une solution qui devait nécessairement venir des gouvernements. On s'est remis à entendre cette réplique les derniers jours. L'intention n'est toutefois plus de faire rire.
Pas spécialement reconnu pour être un grand comique, le secrétaire général de l'OCDE, Angel Gurria, a fait écho, au début de la semaine dernière, à cette opinion de nombreux experts voulant que «face à la grave crise financière et économique qui a frappé l'économie mondiale, [il y a] une impérieuse nécessité de mesures [gouvernementales] à court terme pour rétablir la confiance et maintenir l'activité économique». Ces mesures doivent avoir trois qualités, a-t-il précisé: «être rapides, ciblées et temporaires».
Son compère du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, s'était prononcé dans le même sens, dix jours plus tôt, en ajoutant que, selon lui, «il y a de la marge pour une augmentation des dépenses budgétaires dans de nombreuses économies de marché avancées et dans certaines économies émergentes». Il a fixé l'objectif à atteindre à 2 % du produit intérieur brut des pays.
Cet appel a d'abord semblé avoir été entendu par les principaux intéressés. Dans leur déclaration commune adoptée au terme de leur réunion à Washington il y a une dizaine de jours, les pays du G20 se sont notamment engagés à «adopter rapidement des mesures fiscales visant à stimuler la demande intérieure».
Les premiers à bouger n'ont pas été ceux que l'on croyait. Pékin a annoncé, il y a deux semaines, l'adoption d'un vaste plan de relance de sa demande intérieure de 586 milliards $US qui serait entre autres choses fait d'investissements dans les infrastructures et d'amélioration des programmes sociaux répartis sur deux ans. La Russie a emboîté le pas, la semaine dernière, avec un projet de baisses d'impôt de 20 milliards.
L'Union européenne devrait dévoiler son propre programme cette semaine. Un budget total de 163,4 milliards a été évoqué, ce qui serait l'équivalent de 1 % du PIB européen. Des voix au Parlement européen ont toutefois réclamé le double, alors que d'autres pays, comme l'Allemagne, se sont montrés extrêmement réticents à dépenser plus qu'ils ne l'ont déjà promis.
Tic-tac, tic-tac
Les discussions sont encore plus mal engagées aux États-Unis. Entre les républicains qui se font fort de s'opposer à toute nouvelle intervention de l'État, et les démocrates qui ne voient pas bien pourquoi ils feraient des compromis quand ils n'ont qu'à attendre encore un peu pour profiter de la majorité au Congrès, rien n'a bougé à l'exception de changements mineurs à l'assurance chômage et aux règles de reprises d'hypothèques. Il faudra probablement attendre à la fin janvier au plus tôt. Le plan démocrate s'élève actuellement à 100 milliards, alors qu'il faudrait au mois le triple, selon les experts. L'un des problèmes aux États-Unis tient au fait que plusieurs États se sont donné des lois de déficit zéro et ont déjà commencé à réduire leurs dépenses pour s'ajuster à la chute de leurs revenus, alors que c'est le contraire qu'il faudrait faire.
Le Canada ne semble pas vouloir aller plus vite que son voisin. Le ministre des Finances, Jim Flaherty, a fait savoir que son énoncé économique de jeudi ne comprendrait aucune nouvelle mesure significative. Cela signifie qu'il faudra vraisemblablement attendre au prochain budget, en février ou en mars.
«Il faudrait des dizaines de milliards pour que cela fasse vraiment une différence», a estimé Glen Hodgson du Conference Board du Canada. La meilleure façon de les dépenser serait d'investir dans les infrastructures, a dit l'économiste, mais même cela prend du temps. Pour stimuler plus rapidement l'économie, il faudrait aussi prévoir d'autres mesures, comme une baisse d'impôt, un assouplissement des règles de l'assurance chômage et de nouvelles sources de crédit pour les entreprises.
Mais le temps presse, préviennent de nombreux économistes. «Vous avez vu comment la situation économique s'est assombrie depuis la faillite de la banque Lehman Brothers, il y a seulement deux mois?, faisait remarquer le chroniqueur et nouveau Prix Nobel d'économie, Paul Krugman, dans le New York Times vendredi. Et le rythme de cette détérioration s'accélère.»
Tout le monde s'est mis à être encore plus nerveux, la semaine dernière, quand on a appris que les prix à la consommation n'augmentent plus, mais reculent désormais. N'importe quel consommateur normalement constitué y verra une bonne nouvelle en pensant à toutes ces factures d'essence, de logement, de nourriture ou de vêtements qui lui coûteront moins cher. Mais pour un économiste, cette perspective évoque immédiatement le spectre de la déflation, un enfer où les consommateurs sont encouragés à remettre éternellement leurs dépenses à plus tard et dont on ne sait toujours pas exactement comment se sortir, comme en témoigne la «décennie perdue» au Japon dans les années 90.
Cela fait peur de voir à quel point la situation pourrait se dégrader d'ici à ce que le gouvernement finisse par bouger, dit Paul Krugman à propos des États-Unis. La situation est nettement moins grave au Canada. Ce qui ne veut pas dire que l'on dispose de tellement plus de temps.


Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé

-->