Motion de blâme de l'Assemblée nationale

Quatre ans après l'infamie du 14 décembre 2000, l'injustice est toujours en attente de réparation

Affaire Michaud 2000-2011


Sur la foi de l'honneur, et si besoin était d'une déclaration assermentée devant un officier de justice, j'affirme ce qui suit :
Bernard Landry m'a informé il y a plus de trois mois qu'il préparait un texte ayant valeur de réparation pour le tort qui m'a été infligé par l'Assemblée nationale le 14 décembre 2000 en votant une motion de blâme à mon endroit. « Je le ferai, disait-t-il non pas en vertu de l'amitié qui nous lie, ni pour en tirer un quelconque avantage politique, mais parce qu'il s'agit d'un devoir de justice ». Une dizaine de jours après il m'en fit la lecture et j'en approuvai le texte « Tu passeras l'éponge sur toute cette affaire », a-t-il ajouté sur une forme interrogative. J'acquiesçai.
Quelque temps après, il m'a relu le texte assorti de corrections mineures, et m'informa qu'il avait obtenu l'accord écrit de mes plus insolents contradicteurs, Sylvain Simard et André Boulerice, ce dernier coauteur avec Laurence Bergman du Parti libéral de la motion scélérate. M. Landry a soumis le texte à plusieurs autres députés du PQ dont Jean-Claude Saint-André et Jean-Pierre Charbonneau.
Le 8 novembre 2004, je rencontrai l'ancienne présidente de l'Assemblée nationale, Louise Harel., qui me dit d'avoir pris connaissance du texte écrit par le chef de l'Opposition et président du PQ et en être heureuse. À cette même occasion, Bernard Landry me confirma que le texte serait rendu public « dans les jours qui viennent ».
Quelle ne fut pas ma stupéfaction d'apprendre lors d'un récent séjour à Québec qu'il renoncerait à rendre public le texte en question. Je l'appelai d'urgence le vendredi 3 décembre 2004 et il me confirma qu'il ne fera rien. Des avocats de son entourage lui auraient conseillé de se taire prétextant que cela pouvait indisposer le juge qui a entendu ma requête en jugement déclaratoire sur l'inconstitutionnalité de la motion de blâme du 14 décembre 2000. Le magistrat doit répondre à une question de droit pur : l'Assemblée nationale a-t-elle le pouvoir de voter des motions de blâme à l'encontre d'un citoyen ?
Il est manifeste que la nième reculade du chef du PQ dans l'affaire me concernant relève plus du subterfuge et de l'échappatoire que du respect du troisième pouvoir. En réalité, l'offense serait de penser que le juge qui présidait le tribunal à l'audience de ma requête puisse être influencé par un mot de réparation d'un élu de ma famille politique. Ce serait en outre faire peu de cas de l'intelligence et de l'impartialité de la magistrature dont la noble fonction est de dire le droit sans égard aux soubresauts de la politique politicienne et aux cancans rancuniers des collines parlementaires. Bref, se réfugier sous les jupes du judiciaire pour éviter de reconnaître ses torts n'est pas faire preuve de courage, de force morale, ni de respect de la parole donnée.
En conséquence, devrais-je en conclure que si ma requête en jugement déclaratoire aboutit en Cour Suprême du Canada dans 5, 7 ou 10 ans, Bernard Landry se tiendra coi pendant tout ce temps ? Avec le risque entre-temps que je passe l'arme à gauche et que l'on enterre à jamais, au propre comme au figuré, et la victime et le dossier pourri et exécrable de la motion infâme qui me valut d'être sali et couvert d'opprobres.
Je suis au couchant d'une vie où des malpropretés de ce genre hâtent la fin des jours. Je cherche en vain l'oubli de l'insulte. Il me revient toujours en mémoire le spectacle dégradant de 109 députés se lever sur ordre comme des pantins pour m'exposer au mépris de mes concitoyens. Je revois Lucien Bouchard, feindre l'indignation pour me livrer en pâture à des chiens enragés qui m'accuseront d'antisémitisme. J'entends Sylvain Simard sur les ondes de la télévision publique m'associer à Hitler (sic) !. Plus cruellement encore, j'entends mon ami Bernard Landry m'accuser d'avoir « banalisé l'Holocauste ». Excusez du peu ! Un simple devoir d'amitié eut d'ailleurs commandé qu'il m'appelât pendant les heures qui séparèrent l'annonce de la motion et son adoption pour connaître la nature de mes propos. Il n'en fit rien. En décembre 2003, j'entends Joseph Facal, le verbe saccadé, proférer des inepties à mon endroit et torpiller le projet règlement de l'Affaire dû à l'initiative d'André Boisclair. J'entends enfin le lourd silence des députés du PQ qui ont participé passivement à la curée sans qu'aucun d'eux en 4 ans n'ait eu le courage d'avouer publiquement qu'ils ou elles ont peut-être dépassé les bornes de la raison et de la décence. Je comprends mieux à la rigueur le mutisme des députés libéraux trop heureux d'avoir été complices de l'injustice et de la félonie dont ils touchent les dividendes politiques et électoraux.
Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose. Les anniversaires du 14 décembre 2000 se suivent avec tout ce qu'ils charrient d'injustices et de mauvaise foi. Ce jour-là, 109 députés de la nation ont dévoyé la grande institution qu'ils sont censés incarner. Ils ont avili le plus important organe de l'État. Ce jour-là, une assemblée nationale « poubelle » a entaché l'honneur d'un citoyen. Qui sera le suivant ou la suivante?
Devrais-je leur pardonner parce qu'ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient ? Je l'aurais fait volontiers au moindre signe de repentir. Mais ils se sont claquemurés dans un épais silence de peur de perdre la face. Petites gens ! La grandeur est de reconnaître ses erreurs, la faiblesse est de s'y enfermer.
Ne me restera-t-il qu'à déclarer publiquement que les 109 abrutis* qui ont voté la motion de blâme du 14 décembre 2000, saouls de discours, à un stade avancé d'ébriété parlementaire, sans lire un traître mot de ceux que j'ai prononcés, peuvent dormir impunis ? Que le plus profond dans cette sinistre affaire aura été leur incurable léthargie à réparer une injustice.
Du coup, je m'exposerais à la sanction prévue aux articles 324 à 327 du règlement de l'Assemblée nationale pour m'être ainsi attaqué à la dignité des membres de ce qui devrait être une vénérable institution. Les députés qui m'ont calomnié seraient cette fois dans leur droit de me réprimander après avoir suivi la règle de justice naturelle audi alteram partem, popularisée par un récent documentaire télévisuel. Ils pourraient même, invoquant quelques précédents, m'emprisonner dans les geôles du Parlement. Ce serait la seule façon de me faire taire. Momentanément!
* Dont les facultés intellectuelles sont temporairement amoindries. (Grand Robert)
Yves Michaud
_ 12 décembre 2004, à l'occasion de la réunion de Solidarité Yves Michaud marquant le 4ième anniversaire de la motion du 14 décembre 2000.


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