HAUSSE DU NOMBRE DE MÉDECINS AU PRIVÉ

Pas un goulag

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La tentation de la désaffiliation

Le nombre de médecins se désaffiliant de la Régie de l’assurance maladie du Québec a atteint un record cette année, révélait notre collègue Jessica Nadeau lundi. Ingratitude ?
Il est cocasse de voir Gaétan Barrette tenter de minimiser les désaffiliations records des six premiers mois de 2015. Le phénomène, insiste son cabinet, demeure marginal : « La RAMQ rémunère plus de 19 000 médecins […]. En date du 17 juillet 2015, il y avait 346 médecins hors du régime, soit environ 1,8 %. »

On se souvient du temps où M. Barrette, comme « chef syndical » des spécialistes, n’hésitait pas à menacer la société québécoise de plusieurs types d’exode ; vers le privé, vers le ROC ou les États-Unis. Il goûte aujourd’hui en quelque sorte à sa propre médecine.

Celle-ci est d’ampleur homéopathique pour l’instant, il a raison de le souligner. Mais elle demeure sans précédent : 51 depuis six mois, alors que le record, pour une année complète, était de 33 en 2012. Première secousse annonciatrice d’un tremblement de terre ? D’un désengagement massif ? Ce serait, de la part de ces professionnels choyés dont les contribuables ont payé les coûteuses études, faire preuve d’ingratitude. Au privé, ces derniers se trouvent à payer en double : par leurs impôts et par les frais qu’ils verseront aux médecins non participants à la RAMQ.

Le ministre a cherché à rassurer en rappelant qu’il a la capacité, grâce à la Loi sur l’assurance maladie, d’endiguer un tel phénomène. Il peut ainsi forcer les médecins non participants à facturer les mêmes tarifs que les médecins désengagés (catégories à ne pas confondre ; ceux-ci acceptent les lettres d’entente conclues entre la fédération et le ministère ; pas les non-participants). Cela provoquerait sûrement un tollé et des désaffiliations.

En somme, un médecin n’est jamais vraiment libre chez nous. Parfois on se demande si, comme la CAQ le réclame, il ne faudrait pas aller au bout de cette logique et en faire des salariés. Mais évidemment, cela aussi déboucherait sûrement sur un tollé et une désaffiliation massive…

Car bien que non libres, les médecins restent très puissants. En raison de leur statut essentiel et de notre emplacement géographique (en Amérique du Nord), ils pourront toujours réclamer le meilleur des deux mondes : les garanties bétonnées d’un système totalement public ; mais aussi les avantages de la pratique privée (par exemple, pouvoir s’incorporer et ne payer que quelque 20 % d’impôt ; même s’ils n’ont qu’un seul client).

Pour eux, le système public n’est certainement pas un goulag : la quasi-totalité y reste massivement, malgré les menaces de ses représentants. Pourquoi alors les contribuables n’obtiennent-ils pas le niveau de service qu’ils désirent ? Au point où ces derniers s’empêchent régulièrement d’aller voir un médecin : « Ai-je vraiment envie d’attendre huit heures ? »

En présentant son projet de loi 20 en novembre, M. Barrette certifiait que toutes les carottes avaient été offertes depuis 10 ans afin d’améliorer l’accès : « On a tenté d’augmenter le nombre, ça n’a pas marché. On a tenté de négocier […] des augmentations substantielles, ça n’a pas marché. On a essayé des incitatifs, ça n’a pas marché. » Seule méthode non tentée : le bâton ; atteignez vos quotas, sinon… Cette position, au coeur du projet de loi 20, s’est avérée intenable. Il a dû négocier avec les médecins ; s’est entendu avec les omnis. Les quotas restent comme une épée de Damoclès jusqu’en décembre 2017. Mais en attendant, certaines primes ont dû être réinstaurées.

On ne peut certes imputer aux médecins tous les problèmes d’accès de notre système ; ils demeurent toutefois les pivots de celui-ci. Espérons de leur part un peu de gratitude.


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