Loi 21: amalgame odieux d’une association musulmane

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Québec, « le bouc émissaire de violences xénophobes perpétrées au Canada anglais »


Commençons par réitérer ici un certain nombre de choses fondamentales. Premièrement, l’utilisation de la violence et de l’intimidation contre les fidèles d’une religion est totalement inacceptable, qu’ils soient musulmans, juifs, chrétiens ou autres.


Deuxièmement, il est parfaitement légitime d’être contre la loi 21. On a le droit de dire que cette législation est discriminatoire, injuste et même raciste. Je suis évidemment en total désaccord avec tout ça, particulièrement pour ce qui touche l’accusation de racisme. En quoi la race est-elle ici en cause? Il y a des gens de toutes les races, de toutes les religions, et on retrouve aussi des gens de toutes les couleurs qui appuient la loi 21. 


Il me semble toutefois qu’il y a des amalgames qu’il faut se garder d’effectuer, contrairement à ce que vient de faire le Conseil canadien des femmes musulmanes (CCFM), groupe qui a obtenu d’Ottawa le statut d’organisation caritative. Celle-ci communie au multiculturalisme canadien, se réclame de la diversité et de la charte des droits, mais son site web est en anglais seulement. Elle vient de mettre en ligne une vidéo pour critiquer la loi sur la laïcité de l’État que vous pouvez voir ici. Les images utilisées méritent d’être discutées. 





On peut voir, notamment, en rafale quatre manchettes d’actualité en lien avec des événements qui ont eu lieu en 2021. Premièrement, une femme musulmane et sa fille sont attaquées par un individu dans la ville d’Hamilton. Deuxièmement, un homme attaque deux femmes qui portent un hidjab à Edmonton. Troisièmement, une mosquée est vandalisée en Ontario. Finalement, toujours dans cette province, on voit des manchettes liées au tristement célèbre attentat d’extrême-droite qui a décimé quatre membres d’une même famille musulmane à London.


La stratégie est ici aussi simple que grossière. Il s’agit d’assimiler à la loi 21 à des actes de violence et, surtout, à un attentat terroriste qui passera à l’histoire. De plus, le CCFM instrumentalise la mémoire des victimes de London et la souffrance de leurs proches pour les mettre au service de sa cause. Or, la mémoire d’une telle tragédie devrait pourtant relever de l’inviolable. Ce terrible souvenir devrait tous nous unir, au-delà des différences politiques, dans un rejet commun de la violence et dans la défense de nos valeurs démocratiques. Mais quand il s’agit de dénoncer la laïcité québécoise, toutes les attaques outrancières et toutes les profanations sont permises.


Dans cette veine, comment s’empêcher de noter que les quatre événements dont il est question ici se sont tous produits ailleurs qu’au Québec? C’est quoi le rapport entre des criminels en Ontario et en Alberta qui, en 2021, attaquent des musulmans ou vandalisent une mosquée et la loi 21 qui a été adoptée deux ans plus tôt chez nous? On lance la pierre au Québec pour des actes de violence qui se produisent au Canada anglais! Pourquoi ne pas nous blâmer pour l’assaut du Capitole à Washington, tant qu’à y être!


Quand des attentats islamistes ont lieu, des groupes comme le Conseil canadien des femmes musulmanes montent au créneau. Ils soulignent alors, avec raison, que le terrorisme est le fait d’une toute petite minorité de musulmans, qu’il ne faut surtout pas tomber dans l’amalgame. Pourtant, le CCFM fait ici bien pire. Non seulement il se livre à un amalgame odieux, mais il fait également du Québec le bouc émissaire de violences xénophobes perpétrées au Canada anglais.










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Frédéric Bastien80 articles

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Titulaire d'un doctorat en relations internationales de l'Institut universitaire des hautes études internationales de Genève, Frédéric Bastien se spécialise dans l'histoire et la politique internationale. Chargé de cours au département d'histoire de l'Université du Québec à Montréal, il est l'auteur de Relations particulières, la France face au Québec après de Gaulle et collabore avec plusieurs médias tels que l'Agence France Presse, L'actualité, Le Devoir et La Presse à titre de journaliste. Depuis 2004, il poursuit aussi des recherches sur le développement des relations internationales de la Ville de Montréal en plus d'être chercheur affilié à la Chaire Hector-Fabre en histoire du Québec.