Les multiples visages de la Saint-Jean

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Communautarisme délirant : une St-Jean... musulmane ?!?

Il n'y a pas qu'une seule façon de fêter la Saint-Jean. Du pâté chinois de Pont-Rouge au méchoui des catholiques en passant par le blé d'Inde des musulmans, les Québécois de toutes origines sont créatifs. Portrait de la fête nationale dans tous ses états.



Saint-Jean franco-ontarienne


Même si la Saint-Jean-Baptiste s'appelle ici « fête nationale du Québec », elle est célébrée par des francophones partout au pays depuis près de deux siècles. C'est le cas à Kapuskasing, dans le nord-est de l'Ontario, où des centaines de gens de la région se donnent rendez-vous.


« La plus grosse Saint-Jean en Ontario » célébrait ses 20 ans d'existence cette fin de semaine. La première année, le succès a été instantané, raconte Jacques Filion, président du comité organisateur du Festival de la Saint-Jean de Kapuskasing. « La Bottine souriante a donné le premier spectacle, le lendemain, c'était Noir Silence. Ça avait fait un gros bang ! », a-t-il dit. Cette année, c'était au tour d'Éric Lapointe d'être la tête d'affiche de la soirée de vendredi.


 


Cette année, la Saint-Jean a pris une coloration politique à la suite des compressions des services en français par le gouvernement Ford. C'est un moment de rassemblement important pour les Franco-Ontariens qui agitent des drapeaux vert et blanc en fredonnant des chansons en français. Rappelons qu'une délégation de Franco-Ontariens ouvrira le défilé traditionnel à Montréal, ce soir à 21 h.




Saint-Jean à l'africaine


Il n'y a pas qu'une façon de célébrer la Saint-Jean. Une Saint-Jean à l'africaine a eu lieu hier au parc des Hirondelles, dans le quartier Ahuntsic à Montréal.


Derrière l'initiative se trouve Esther Ngolo, une Camerounaise arrivée au Québec 12 ans plus tôt. En 2014, elle a fondé l'organisme culturel Nkul Beti, qui est à l'origine de cette mouture africaine de la Saint-Jean. Au départ, des barbecues informels étaient organisés. L'année dernière, la célébration est devenue officielle, avec l'implication du Mouvement national des Québécoises et Québécois.


« Certains dans notre communauté savaient que le 24 juin était un jour férié, sans savoir pourquoi, explique Mme Ngolo. Depuis qu'on le souligne, ils sont au courant que c'est la fête nationale du Québec. »


Selon la présidente de l'organisme, l'objectif de l'événement est « de créer un lien entre les Africains et leur terre d'accueil. De faire savoir que le Québec, c'est chez nous ».


Des gens d'Ottawa, de Gatineau et de Québec se sont joints à la fête. Au total, de 400 à 500 personnes se sont présentées. Spectacles de tam-tams et de balafon, eru et ndomba sur le gril et jeux de société africains comme le songo étaient au programme. Il y a eu aussi un karaoké de chansons québécoises, des DJ et un « feu de joie ».




Saint-Jean traditionnelle


Les habitants de Pont-Rouge, près de Québec, ont misé sur le folklore dans leurs célébrations qui se tenaient hier. Au menu : musique traditionnelle, feux de joie, accordéoniste, hommage au groupe Les Colocs et 300 portions de pâté chinois.


Les célébrations se sont déroulées sur le bord de la rivière Jacques-Cartier, où 1500 personnes étaient attendues. « C'est surtout le lieu qui rend ça spécial et qui en fait le charme », a dit Nathalie Lessard, coordonnatrice aux événements à la Ville de Pont-Rouge. En soirée, un feu d'artifice a été lancé près du cours d'eau.


La Ville a installé des dizaines de petites piscines pour donner une ambiance de party.


Les organisateurs souhaitaient encourager les talents locaux. Les musiciens présents étaient presque tous originaires de la région. « On a reçu une quarantaine de propositions d'artistes », a dit Mme Lessard.


Des artisans étaient présents sur place pour vendre leurs créations, de la céramique à la peinture sur bois en passant par la fabrication de savons.




Saint-Jean catholique


Pour la majorité des Québécois, les racines religieuses de la Saint-Jean-Baptiste sont bien lointaines. Mais pour les catholiques, le matin du 24 juin reste un des rendez-vous spirituels les plus importants de l'année.


C'est d'ailleurs l'événement qui rassemble la plus grande foule à l'église Saint-Jean-Baptiste, dans le coeur du Plateau Mont-Royal. Le prêtre, Alain Mongeau, accueille depuis 2003 plus d'un millier de fidèles venus des quatre coins de l'île pour une messe solennelle présidée par l'archevêque de Montréal. « Il y a autant de monde, sinon plus, qu'à Noël », dit-il.


Après la messe, « c't'un gros party ! s'exclame le père Mongeau. On s'ouvre une bière, on se retrouve entre chums et on fait des méchouis ».


Mais selon lui, la communauté catholique vient chercher quelque chose de plus. « La dimension spirituelle de la Saint-Jean est chevillée à l'identité québécoise, dit-il. Je le vois dans la recherche d'identité profonde des Québécois. C'est quoi, être québécois ? Qui est québécois ? », demande-t-il.




Saint-Jean musulmane


Pour la deuxième année de suite, la mosquée Ahl-Ill Bait organise une fête de la Saint-Jean au coeur du quartier multiethnique de Côte-des-Neiges, à Montréal.


Pour l'organisatrice, Sahra Salame, la porte est ouverte aux non-musulmans. « On aimerait avoir du monde de partout qui participe avec nous à la Saint-Jean », dit-elle.


Aucun spectacle musical n'aura lieu dans ce coin plutôt résidentiel. Mais comme toute Saint-Jean qui se respecte, l'endroit sera pavoisé de fleurdelisés offerts par le Mouvement national des Québécoises et Québécois.


Hiba Ahmad, étudiante « très active au sein de la communauté québécoise », fera l'hommage au drapeau et le discours patriotique.


Des jeux gonflables, du maquillage et des ateliers de henné seront offerts aux enfants. Il y aura des jeux de questions-réponses. Les gagnants recevront des sucettes à l'érable et autres récompenses à l'effigie du Québec. Des hamburgers et du blé d'Inde seront au menu.


La Saint-Jean-Baptiste à Ahl-Ill Bait est la seule à se tenir officiellement à l'intérieur et autour d'une mosquée. De 200 à 300 personnes sont attendues.


De 1834 à aujourd'hui


À l'origine, la Saint-Jean-Baptiste marquait le solstice d'été. Les gens allumaient de grands feux. La fête a été importée par les Français en Nouvelle-France.


1834 


Création de la première Société Saint-Jean-Baptiste. Le journaliste Ludger Duvernay décide que le 24 juin sera la fête des Canadiens français. Les célébrations sont d'abord religieuses, avec une messe et une distribution de pain bénit. Dans les années qui suivent, le nombre de sociétés Saint-Jean-Baptiste explose.


1843


Le premier défilé a lieu à Montréal.


1925


Le 24 juin devient un jour férié.


1945


La plupart des sociétés Saint-Jean-Baptiste se regroupent pour former une fédération.


1947


Les sociétés de Québec, Sherbrooke, Trois-Rivières, Rimouski, Saint-Hyacinthe, Nicolet, Hull, Saint-Jean et Chicoutimi font bande à part et fondent leur propre regroupement, qui deviendra plus tard le Mouvement national des Québécoises et Québécois (MNQ).


1972


Création du MNQ.


1975


Gilles Vigneault interprète Gens du pays pour la première fois le soir de la Saint-Jean.


1977 


Le Parti québécois fait de la Saint-Jean la fête nationale des Québécois. Cette décision rompt définitivement avec l'héritage religieux de la fête.


1984


Le gouvernement du Québec demande au MNQ de coordonner les festivités de la fête nationale à travers la province.