Les conservateurs et le Québec

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Opération séduction : Andrew Scheer veut conquérir l'électorat québécois


Andrew Scheer et les conservateurs du Québec se réunissent à Saint-Hyacinthe cette fin de semaine. Surveillez bien les messages forts de séduction auprès des Québécois. Une autre tentative après des décennies d’échec.


Il faut remonter à 1988, il y a 30 ans, pour retrouver la dernière fois où les conservateurs ont obtenu un réel succès électoral en sol québécois. Cette année-là, Brian Mulroney raflait presque tout. Le chef conservateur était un Québécois et l’enjeu central, le libre-échange, recevait un fort aval au Québec.


Cela donne une idée du colossal défi auquel s’attaque monsieur Scheer : réussir là où le fin stratège Harper a échoué de toutes les façons. Réussir une chose que le Parti conservateur n’a réussie qu’à de très rares occasions depuis un siècle. Dans l’entourage du chef conservateur, certains n’ont pas la conscience historique pour mesurer l’ampleur du défi.


Beaucoup d’indécis


Ceci dit, il a le devoir d’essayer. Saluons ses efforts réels pour se rapprocher du Québec au cours des derniers mois. Avec un Bloc québécois plus qu’affaibli, le Québec fait plus que jamais partie de l’équation canadienne. Le moment est bien choisi pour soumettre des offres politiques aux Québécois.


Il est facile d’imaginer que le nombre d’indécis et d’électeurs incertains au Québec atteint présentement des niveaux records. Le Bloc s’autodétruit énergiquement en pleine place publique. L’engouement envers Justin Trudeau s’est estompé et des points d’interrogation sur la force de son leadership ont émergé. Le NPD de Jagmeet Singh n’est plus que l’ombre de ce qu’il a représenté lors de la vague orange.


Les conservateurs voient l’ouverture. Mais ils commettraient une erreur énorme en espérant surfer sur les malheurs des autres. S’ils rêvent à une percée, Andrew Scheer et ses lieutenants doivent faire une proposition politique convaincante aux Québécois. Et ils doivent agir en démontrant qu’ils seront fidèles à leur engagement envers les Québécois.


Alliance ?


Pour concocter une recette gagnante, les conservateurs doivent au moins retourner voir quels étaient les ingrédients des rares succès conservateurs au Québec. Diefenbaker (un gars de la Saskatchewan aussi !) avait causé une surprise au Québec en 1958... grâce à une alliance avec Maurice Duplessis. Mulroney avait fait mieux : son libre-échange lui avait valu l’appui à la fois du libéral Robert Bourassa et du péquiste Jacques Parizeau.


Brian Mulroney avait aussi promis une sorte de pacte avec le Québec. Réparer l’affront de 1982, l’exclusion du Québec de la Constitution canadienne. Les plus vieux se souviendront de sa formule : « ramener le Québec dans l’honneur et l’enthousiasme ». Diefenbaker et Mulroney ont aussi su trouver deux ou trois thèmes forts au Québec et recruter de solides équipes de candidats.


La tâche est herculéenne pour Andrew Scheer. Le cahier de propositions de ce week-end est prometteur. Le chef doit y ajouter un engagement personnel intense.


Mais l’effort pourrait être payant. Le portrait actuel montre que le reste du Canada est divisé moitié-moitié entre libéraux et conservateurs. Les Québécois pourraient carrément choisir le prochain gouvernement.