Le temps de la réconciliation: un extrait du rapport

Commission BT - le rapport «Fonder l’avenir - Le temps de la conciliation»


Nous publions ici un extrait du rapport Bouchard-Taylor.

Comme chacun a pu le constater au cours de la dernière année, les Québécois sont divisés sur la question des accommodements et plusieurs autres sujets connexes. Seules la promotion du français et l'égalité hommes-femmes semblent faire consensus. Quant à la laïcité, affirmée ou réclamée par tous, elle s'avère très controversée dès qu'on essaie de préciser les termes du régime souhaité. Comme nous l'avons vu aussi, l'émotion s'est mise de la partie, créant des tensions qu'il importe maintenant de dénouer.
C'est l'objectif principal que nous nous sommes fixé. Après avoir beaucoup parlé de ce qui nous sépare, il est temps d'explorer l'autre versant de ce que nous sommes et de ce que nous pouvons devenir. Cet autre versant, c'est celui des valeurs profondes, des aspirations que nous partageons et que nous aimerions traduire en orientations, en programmes et en projets rassembleurs. Après avoir bien marqué nos différences, voyons donc ce qui nous unit.
Tournons-nous vers cet autre versant, qui est vaste et prometteur. On ne l'a pas assez dit: ce que révèlent nos consultations, au-delà des fausses notes bien connues, c'est une ouverture à l'Autre. La très grande majorité des mémoires et des témoignages que nous avons entendus vont dans ce sens. En région comme à Montréal, nous avons observé un important capital de bonne foi et de bonne volonté. C'est sur cela qu'il faut miser afin de poursuivre la construction d'un Québec intégré et respectueux de sa diversité.
Voici donc venu le temps de la conciliation. Tel est le sens de ce rapport, inspiré par une recherche d'équilibre et d'équité, dans un esprit de compromis. La tâche n'était pas aisée. Il a souvent fallu tracer une voie étroite entre des positions contradictoires ou entre des valeurs, des idéaux concurrents, mais partout nous nous sommes efforcés de clarifier les termes du débat. Enfin, tout au long de ce parcours, nous avons été pénétrés de la lourde responsabilité qui nous incombait, compte tenu des espoirs et des attentes que notre commission a suscités. (…)
Les voies d'avenir
Le débat sur les pratiques d'harmonisation est lié à des enjeux cruciaux pour l'avenir de la société québécoise. Cela explique sans doute en bonne partie pourquoi ce débat a pu atteindre une telle intensité durant l'année 2006 et les premiers mois de 2007. Nous croyons qu'il importe maintenant de saisir la balle au bond et de profiter du mouvement de mobilisation soulevé par ce débat pour construire une vision d'avenir crédible et porteuse pour l'ensemble des citoyens du Québec.
Les impasses à éviter
Avant toute chose, il peut être utile de rappeler quelques voies sans issue, en soulignant également les conditions essentielles d'un projet porteur.
a) Quelles que soient les formules que notre société mettra au point pour conjuguer les différences culturelles et concevoir un avenir commun, elles seront en grande partie vouées à l'échec si des conditions préalables ne sont pas réunies, c'est-à-dire la lutte contre le sous-emploi, la pauvreté, les inégalités, les conditions de vie inadmissibles et les diverses formes de discrimination.
b) La francophonie québécoise ne doit pas céder au parti de la peur, à la tentation du retrait et du rejet, ni s'installer dans la condition de victime. En d'autres termes, elle doit refuser le modèle de la peau de chagrin, qui est sans avenir. À la suite de choix qu'ils ont eux-mêmes faits, la proportion des Québécois d'origine canadienne-française est en baisse: ils représentaient 80% de la population du Québec en 1901 et 77% en 1986. Cette baisse, quoique lente, se poursuivra vraisemblablement, et le Québec aura de plus en plus besoin de recourir à l'immigration. Toutefois, grâce à l'apport d'immigrants francophones, cette tendance peut être compensée: la proportion des Québécois ayant le français comme langue maternelle avoisine aujourd'hui 80%. Et si on considère l'ensemble des Québécois qui parlent le plus souvent français à la maison, on atteint la proportion de 81,8%.
c) Une autre erreur serait de penser le devenir de la pluriethnicité en fonction de «Nous» juxtaposés, comme autant de pôles ou d'îlots. Ce serait reproduire au Québec cela même qui est le plus sévèrement critiqué dans le multiculturalisme.
d) Un autre écueil est lié à la religion. Les Québécois canadiens-français gardent un mauvais souvenir de l'époque où le clergé exerçait un pouvoir excessif sur les institutions et sur les personnes. Mais cette mémoire écorchée pourrait être mauvaise conseillère en matière de laïcité. Le danger, c'est de retourner contre l'ensemble des religions le sentiment d'hostilité envers le passé catholique. Et le prix à payer, ce serait la marginalisation de certains groupes de citoyens ainsi qu'un fractionnement de notre société.
e) Les Québécois d'origine canadienne-française doivent être plus conscients des répercussions de leurs inquiétudes auprès des minorités. Les groupes minoritaires ont sans aucun doute été alertés, au cours des deux dernières années, par l'image d'une majorité ethnoculturelle apparemment peu sûre d'elle-même et sujette à des mouvements d'humeur. (…)


Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé