Le scandale du taux de change - Au suivant!

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C'est la confiance qu'on assassine

Après avoir jonglé avec des hypothèques toxiques et véhicules financiers très complexes ayant saccagé l’économie de la planète en 2008, après avoir manipulé à leur guise le Libor ou taux interbancaire de référence, voilà qu’on vient d’apprendre que les banques, toujours les mêmes, se sont appliquées jusqu’à tout récemment à orienter à leur profit le taux de change de référence du marché monétaire. Comme quoi, le sans-gêne, pour rester pondéré, reste la règle.
Selon une enquête effectuée par le quotidien The Financial Times, pendant des années, Goldman Sachs, JP Morgan, Union des Banques suisses (UBS), Barclays et six autres mastodontes, des britanniques, des américains et un allemand, ont réalisé une myriade d’opérations afin d’imprimer au cours des échanges monétaires leur influence ou plus exactement leur intérêt. Leur cible de prédilection ? Le marché eurodollar parce qu’il est le plus liquide, le plus important.

Pour les amants du rendement maximal, le marché des changes a ceci de très vertueux qu’il regorge d’espèces sonnantes (5300 milliards américains par jour !) tout en étant le moins balisé par cet ovni sujet de toutes leurs détestations et qui se nomme le règlement. Cette quasi-absence de règles a eu pour conséquence une aberration économique : la Deutsche Bank, Citigroup, Barclays et UBS ont fait main basse sur 50 % des parts de ce marché contre 20 % il y a quinze ans. Et combien de courtiers sont responsables de la circulation des capitaux afférents à ces 50 % ? Une centaine seulement. C’est dire combien le pouvoir des quatre établissements évoqués est aussi concentré qu’énorme.

Il faut savoir et retenir que, n’eussent été les confidences chuchotées au printemps 2012 par un lanceur d’alerte britannique dans les oreilles des limiers de la tout aussi britannique Financial Conduct Authority (FCA), la valse du sans-gêne sur le front monétaire se poursuivrait. Il faut savoir également que l’ampleur de la fraude décrite par cet ancien courtier, cet initié aux coups tordus, était si prononcée qu’elle a nécessité l’implication de sept administrations publiques d’autant de pays, dont évidemment les États-Unis. Car il se trouve que le marché monétaire est le plus important des marchés au monde parce qu’il est fréquenté par un très grand nombre de compagnies, tous les fonds de pension, les investisseurs et bien sûr toutes les banques centrales de la planète.

On l’a dit, on va le répéter. N’eût été le sursaut éthique d’un individu, Goldman Sachs et consorts seraient libres d’agir à leur guise pour la bonne et rageante raison qu’en matière de discipline du monde financier, les directives des gouvernements des nations ébranlées par la crise de 2008 ont l’épaisseur du papier à cigarettes. Par exemple, aux États-Unis la réglementation que commande la loi Dodd-Frank n’est pas encore terminée. Les accords de Bâle III ? Les premiers effets de cette réforme très complexe ne se feront pas sentir avant 2015. Bref, le mauvais génie de la finance, pour rester poli, a encore de beaux jours devant lui.

S’il en va encore et toujours ainsi, c’est que la force de frappe des lobbys des banques, assurances, fiducies et autres acteurs est d’une force inouïe. À preuve, l’an dernier Mary Schapiro, alors patronne de la Securities and Exchange Commission, avait exigé des professionnels des fonds du marché monétaire qu’ils précisent aux déposants, à leurs clients, que, la valeur de la monnaie étant fluctuante, ils devaient constituer des réserves. Et ce, pour éviter une débâcle semblable à celle du Reserve Primary Fund en septembre 2008. Et alors ? La contre-attaque du lobby du milieu, l’Investment Company Institute, fut si violente que les élus lui ont donné raison et que Mme Schapiro a été forcée de démissionner. Comme quoi, la qualité démocratique demeure une fiction.


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