Le groupe de droite Québec Fier sous influence albertaine

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La Presse en guerre contre Québec Fier


(Québec) Le groupe de pression Québec Fier reçoit de l’argent de l’Alberta dans le but d’influencer les électeurs québécois et de nuire à Justin Trudeau dans la présente campagne électorale.


Ce groupe tiers, aux idées conservatrices, utilise des appels automatisés et des messages textes pour joindre les électeurs québécois. Sur sa page Facebook, qui compte 39 000 membres, Québec Fier s’attaque sans répit à Trudeau et aux libéraux, mais aussi au Bloc québécois, tout en vantant le Parti conservateur.


Mais mener une telle campagne exige un minimum de ressources. Québec Fier les a trouvées en Alberta.


Le 23 septembre, soit 12 jours après le déclenchement de la campagne fédérale, Québec Fier a reçu 45 000 $ en provenance du Manning Center. Proche de l’industrie pétrolière, cet organisme établi à Calgary a comme mission la promotion des idées conservatrices.


 

Le don a été colligé dans un rapport remis par Québec Fier à Élections Canada et consulté par La Presse. La Loi électorale canadienne oblige les tiers – ces groupes qui ne sont pas des partis politiques, mais qui tentent d’influencer la campagne – à divulguer leurs sources de revenus et leurs dépenses.


Québec Fier a besoin d’argent notamment pour payer les sous-traitants chargés des appels automatisés. Pour cette élection-ci, le groupe a engagé Responsive Marketing Group, une firme de « marketing politique » qui a souvent travaillé pour le Parti conservateur.


« Les élections fédérales se dérouleront le 21 octobre. Comptez-vous voter pour Justin Trudeau ? Si oui, faites le 1, si non, faites le 2 », demande un message de Québec Fier reçu par des électeurs québécois.


Un message texte en provenance de « Nick de Québec Fier » a aussi été envoyé au Québec.


Le seul dirigeant connu de Québec Fier s’appelle Nicolas Gagnon. Il n’a pas rappelé La Presse malgré plusieurs demandes d’entrevue.


L’argent récolté par Québec Fier lui sert aussi à acheter de la publicité sur Facebook. Selon les données de la multinationale, Québec Fier a dépensé 8308 $ depuis juin dernier pour donner de la visibilité à ses propres publications qui critiquent Justin Trudeau, mais aussi le Bloc québécois d’Yves-François Blanchet ou encore Greta Thunberg.


De Québec Fier au gouvernement Legault


Malgré le resserrement de la Loi électorale, le financement de Québec Fier demeure mystérieux. Le Manning Center lui a donné 45 000 $, mais qui finance le Manning Center ? Son président, Troy Lanigan, a expliqué dans un courriel ne pas souhaiter accorder d’entrevue à La Presse.


Juste avant la campagne provinciale de 2018, Le Journal de Québec révélait que l’Association pétrolière et gazière du Québec avait sollicité plusieurs sociétés pétrolières à travers le pays pour les convaincre de donner de l’argent à Québec Fier.


D’ailleurs, Québec Fier ne s’est pas gêné dans les dernières semaines pour vanter le projet de « corridor énergétique » proposé par Andrew Scheer. Ce projet impliquerait la construction d’un nouveau pipeline au Québec.


Le fondateur de Québec Fier s’appelle Maxime Hupé. Il était employé du sénateur conservateur Larry Smith, lequel l’a démis de ses fonctions en août 2018 quand son implication dans le groupe a été révélée par le 98,5.


Son successeur, Jean-Philippe Fournier, a été impliqué auprès du groupe durant les élections provinciales de 2018, pendant lesquelles Québec Fier a attaqué les libéraux de Philippe Couillard sans relâche et organisé des appels automatisés. Fournier était un ancien candidat du Parti conservateur du Canada et du Parti conservateur du Québec.


Jean-Philippe Fournier ne s’occupe plus de Québec Fier. Depuis les dernières élections, il a obtenu un emploi au sein du gouvernement de François Legault. Selon sa page LinkedIn, il est attaché politique au cabinet du ministre des Finances, Eric Girard, de la Coalition avenir Québec (CAQ).


« M. Fournier n’est plus associé à Québec Fier », a assuré l’attachée de presse du ministre, Fanny Beaudry-Campeau, qui précise qu’il agit à titre d’économiste.


Le cabinet du ministre Girard a refusé de dévoiler la date d’embauche exacte de Jean-Philippe Fournier.