THE STORY OF FRENCH

Le français connaît-il vraiment un déclin?

The Story of French

Selon The Story of French, un nouvel ouvrage écrit par deux journalistes québécois, le français se porte parfaitement bien dans le monde et au Canada. Cette thèse étonne plusieurs observateurs, qui la trouvent plutôt jovialiste. Qui dit vrai ? Les plus optimistes ou les plus alarmistes ?
Le principal ennemi du français, «ce n'est pas l'anglais, mais les francophones qui n'y croient pas», lance Jean-Benoît Nadeau, coauteur, avec Julie Barlow, de The Story of French. Ensemble, ils alignent les raisons de croire à la bonne santé du français. Le nombre de francophones dans le monde a triplé en 50 ans. Le français est la langue officielle de 33 pays.
Pas moins de 72 % des Canadiens jugent le bilinguisme important.
Les constats moins positifs, cependant, ne manquent pas. Quelle place
le français occupe-t-il dans les communications scientifiques, au juste? Le français ne passe-t-il pas un mauvais quart d'heure dans les organisations internationales, notamment à l'ONU ? Au Canada, au-delà de Stephen Harper, combien de ministres conservateurs sont capables de répondre à des questions toutes simples en français ? Et si le français a une telle influence dans le monde, pourquoi Jean-Benoît Nadeau et Julie Barlow ont-ils écrit The Story of French en anglais ?
S'il faut d'abord lire The Story of French en anglais, en attendant une éventuelle traduction, c'est parce que les éditeurs québécois n'y croyaient pas, expliquent les auteurs. Quant aux Français, ils préfèrent, pour ce type d'ouvrage, s'en remettre à des spécialistes et «attendre que le New York Times s'y intéresse»! dit M. Nadeau.
C'est chose faite. Le New York Times en a parlé. Élogieux sur la première partie du livre portant sur l'histoire de la langue, le critique semble avoir trouvé plus laborieuse la lecture des pérégrinations des auteurs partis «en mission» par monts et par vaux prouver que le français se porte bien dans le monde. Pas sûr non plus que le New York Times, qui qualifie les auteurs de «protectionnistes culturels purs et durs», se rende à leurs arguments en faveur des lois linguistiques du Québec.
Par ailleurs, si The Story of French a évacué le domaine scientifique de son analyse, c'est par manque d'espace, expliquent les auteurs.
En entrevue, ils ne sont pas moins positifs de ce côté. Les grandes publications scientifiques sont peut-être écrites en anglais, et l'anglais a beau être la langue commune dans les congrès, il n'en demeure pas moins que 525 universités francophones dans le monde font tout de même de la recherche en français, insistent-ils.
L'immersion française suscite l'intérêt
Au Canada, il y a tout lieu d'être optimiste quand on observe l'intérêt pour les classes d'immersion, croit Julie Barlow. «Plus de 300 000 enfants les fréquentent, et ce, sans que le Québec ait fait d'effort en ce sens.»
En réalité, le Québec n'y est tellement pour rien, enchaîne Jean-Benoît Nadeau, qu'à l'extérieur de la province «les enfants ne savent pas qu'il y a des baleines dans le Saint-Laurent ! Sur les murs des classes, ce sont des affiches de la tour Eiffel que l'on voit . On est au pays des cordonniers mal chaussés».
Mais les auteurs ne sont pas naïfs pour autant. Il n'est pas question de comparer les destins de l'anglais et du français. Non, aucune comparaison possible. «La présence de l'anglais dans le monde est sans précédent dans l'histoire des langues», écrivent-ils.
Seulement, même dans les coins les plus reculés de la planète, on peut désormais écouter TV5 et, Internet aidant, il ne faut plus s'étonner «de voir un vétérinaire en Algérie plongé dans la lecture d'un bulletin agricole québécois», fait observer Julie Barlow.
Tout n'est donc pas noir, il suffit d'y croire et de ne pas baisser les bras comme le font trop souvent la France et le Québec, aux yeux de Barlow et Nadeau.
Prenez le Que sais-je ? sur les investissements. Publié en 2004, il a été écrit en anglais parce que les affaires «s'enseignent sur tout dans cet te langue de nos jours», a expliqué l'éditeur à Julie Barlow et Jean-Benoît Nadeau. Pour eux, c'est là l'illustration par excellence d'une triste capitulation.
Quant au Québec, «tant que les éditeurs seront mous, tant que les libraires et les distributeurs seront mous» et refuseront de croire à l'intérêt des Canadiens et des citoyens du monde pour le français, «oui, la culture française au pays continuera d'être menacée», admet finalement Jean-Benoît Nadeau.
Tout est pourtant là, et il suffirait d'y croire, selon lui. Il suffirait de presque rien, quoi.


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