Conférence de Marie-Hélène MOROT-SIR Saint Quay-Portrieux 23 et 24 septembre 2017

La Nouvelle France au fil du Saint Laurent

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Chronique de Marie-Hélène Morot-Sir

Ce passé du 17ème siècle, où dans un autre temps, les Français ont traversé l'Atlantique pour aller bâtir un nouveau pays, celui de la Nouvelle France, est une incroyable  épopée, qui fait entièrement partie de l’Histoire de la France.


Arrivés sur ce sol d’Amérique du Nord en 1603 avec Samuel de Champlain,  ces Français installés  sur  les bords du Saint Laurent, ont écrit une étonnante et prodigieuse page de l’Histoire de l’Amérique Française, durant près de deux siècles. Ce territoire immense s’étendait  sur des forêts infinies, sur  des fleuves ou des lacs aussi grands que des mers. Ils arrivaient  en très petit nombre, les uns après les autres, dans un pays où tout était à construire, en essayant de survivre au milieu des tribus amérindiennes amies mais combien d’autres hostiles, qu’il fallait sans cesse conquérir.


Cette aventure exceptionnelle, cette histoire pourtant oubliée,  a créé un modèle unique, qui ne s’était jamais vu jusque-là, une réelle coexistence pacifique et même plus, amicale, entre un peuple étranger arrivé sur un sol et ses habitants.


Qui se souvient encore de ces Français qui ont bâti ce nouveau pays, si loin  de chez eux ? Pourquoi cette aventure, cette épopée incroyable, a-t-elle été ainsi occultée de ce côté de l’Atlantique, sur le sol même de leur mère patrie, depuis le calamiteux traité de Paris  de 1763, qui laissait la Nouvelle France entre des mains anglaises?  Pourquoi mettre ainsi de côté ces pans de notre Histoire de France à tel point que bien peu aujourd’hui la connaisse vraiment ? 


En remontant  le fleuve Saint Laurent il est facile d’évoquer le passé sur cette terre d’Amérique du Nord, au tout début du 17ème siècle, au moment où les Français y arrivent. En découvrant les paysages somptueux de ce fleuve immense à l’allure d’Océan,  nous pouvons suivre  la trace de leur implantation.


Ces Français arrivent sur des terres encore vierges, même si de nombreux peuples Amérindiens y vivent, répartis sur tout ce continent d’Amérique du Nord.


Le terme employé « Amérindiens » est un terme générique recouvrant des infinités de peuples différents, des groupes, des nations  ou des confédérations de Nations Ces peuples avaient vécu sur ce continent sans contact avec le reste du monde et le reste du monde  n’avait pratiquement  aucune connaissance de ce monde inconnu, qu’il appellera, à tort, lorsqu’enfin il y parviendra : « Nouveau Monde » sans même se douter à quel point cela sera un monde totalement nouveau ! En effet les Français se trouvent devant une grande diversité ethnique, évaluée à plus de quinze millions de personnes autochtones,  comprenant autant de diversités culturelles que de sociétés différentes, parlant aussi  plusieurs centaines de langues, réparties en plusieurs familles dont les deux principales étaient les Odinossonis (Iroquois) et les Attichawata (Algonquin). Ces peuples, vivaient libres dans les bois ayant créé de nombreuses confédérations amérindiennes. Des réseaux d’alliances et des réseaux d’échanges importants, étaient largement tissés tout autour des grands lacs  et des bassins des fleuves, tout cela remontait bien longtemps avant l’arrivée de ces hommes venus de France.


Si l’Histoire de la Nouvelle France  commence avec la fondation de Québec en 1608, elle n’a fait que s’intégrer dans une Histoire déjà existante et profondément ancrée, bien avant eux. Les Français se sont donc retrouvés mêlés à ce vaste ensemble déjà existant, où ils  furent, il est vrai, non seulement accueillis chaleureusement mais même plus, ils ont été le seul peuple parmi les autres européens, Espagnols, Hollandais  et Anglais, à avoir été invités à rester et à vivre sur cette terre par les Amérindiens eux-mêmes lors du traité de Tadoussac du 27 mai 1603 au bord de la Baie Sainte Catherine,  à la Pointe aux alouettes.


Très important encore, ils ne chercheront pas à leur prendre leurs terres, ils ne  les chasseront  jamais, ils ne  chercheront jamais à  exterminer ces peuples,  ils vivront au contraire en bonne entente avec eux, certains apprendront les langues amérindiennes en vivant quelques temps dans les bois au plus près des tribus, quelques-uns de ces Français  épouseront des Amérindiennes la création d’un nouveau peuple, le peuple franco amérindien aura lieu, et  ainsi le désir de Champlain et du chef Anadabijou,   souhaité  et espéré lors de ce traité de Tadoussac se réalisera bien, il durera  tout le temps du Régime français…. « Nos garçons épouseront vos filles et nous ne ferons qu’un seul peuple… »


Pendant un bon quart de siècle Québec ne fut qu’un simple comptoir de traite comprenant seulement le petit fort en bois construit par Samuel de Champlain et deux ou trois petites habitations pour  les quelques nouveaux habitants qui arrivaient bon an mal an., c’est à partir de là que s’organisaient les expéditions et que partaient les coureurs des bois pour faire la traite


Au cours des cinquante premières années de la fondation de la Nouvelle France il y a eu si peu de candidat au départ, qu’il a fallu sans cesse  aller en France  en inciter de nouveaux à partir de l’autre côté des mers. Ceux qui partaient, ont été d’abord   des hommes jeunes, certes enthousiastes à l’idée de bâtir ce pays, mais… célibataires !


Quelques femmes  poseront bien le pied sur le sol de ce nouveau pays, mais elles n’arriveront au début qu’au compte-gouttes en Nouvelle France, rien n’existait, tout était à construire !  La grande majorité des habitants fut au début  principalement  des hommes au moins un bon quart de siècle. Cela dura ainsi plus ou  moins jusqu’en 1640 mais il faudra attendre réellement  1663 et l’arrivée sur le trône du jeune Louis XIV pour constater un réel changement. Cf. les filles du Roy Cependant, il y a eu  un jeune apothicaire parisien, Louis Hébert, poussé par l’esprit d’aventure, arrivera à Québec en 1617 avec sa femme Marie et leurs trois enfants. Ce sera la première famille française venue  s’installer en Nouvelle France dix ans après sa fondation !


Par la suite  d’autres jeunes femmes  françaises traverseront elles aussi les mers, ainsi  trois ans après la famille Hébert, en 1620 la Nouvelle France verra arriver deux nouvelles femmes : ce sera Marguerite Langlois et son mari Abraham Martin dit Lescossois, arrivés ensemble avec un autre couple,  Françoise Langlois, sœur de Marguerite, et son mari Pierre Desportes. Ce jeune couple mettra au monde le premier bébé né en Nouvelle France, Hélène Desportes.


Toutes ces jeunes femmes furent les véritables héroïnes de la Nouvelle France, car  ce  nouveau pays commença enfin à se peupler grâce à elles. Ces femmes  ont  œuvré, avec le même courage  et le même enthousiasme dont ont  fait preuve les hommes, que ce soit les soldats venus de France, les canadiens eux-mêmes, miliciens, coureurs des bois, ou explorateurs,  y compris les missionnaires,  malgré le froid glacial de ce pays septentrional, malgré le danger de certaines  tribus hostiles comme les Odinossonis (iroquois) et même  malgré les Anglais qui ne cessaient de convoiter la Nouvelle France et faisaient tout pour s’en emparer.


Cependant  le peu de  peuplement restera toujours  un problème important durant tout le régime français.


Le fleuve pris par les glaces n’étant pas navigable durant les huit mois d’hiver, les bateaux partaient  de France seulement  chaque printemps. Ces bateaux  étaient affrétés par une compagnie privée  de commerce, à qui le roi avait donné l’immense monopole des fourrures sur tout le territoire de la Nouvelle France, mais en compensation elle devait amener des vivres pour la petite population déjà sur place, s’occuper de leur sécurité, mais également amener de nouveaux candidats à cette aventure septentrionale. Les bateaux arrivaient, si tout s’était bien passé, au mois de Juillet ou Août dans le meilleur des cas, ils étaient attendus avec impatience puisqu’ils apportaient tout ce qu’il fallait à la petite colonie pour survivre durant un an,  les lettres des familles restées en France, mais également les salaires que la Compagnie s’était engagé à payer par contrat aux colons. Ces traversées de plus de deux mois, si tout allait bien… mais le plus souvent trois et même davantage,  étaient particulièrement hasardeuses, sur des bateaux de petit tonnage,  dans des conditions des plus pénibles,  une promiscuité  peu engageante, l’entrepont où les voyageurs ne pouvaient se tenir que assis ou couché,  l’odeur pestilentielle si les sabords ne pouvaient être ouverts  les jours de tempête, une nourriture sommaire, et en plus de mille autres aléas ils devaient passer à travers les tempêtes, les pirates et les Anglais,  quelquefois même les trois à la fois,  et s’ils avaient réussi  à survivre à tout cela il fallait encore résister au terrible scorbut. Beaucoup n’arrivaient jamais en Nouvelle France !


« Le roulis est horrible et continuel on ne sait où se mettre ni comment se tenir, les coups de mer qui se succèdent  nous inondent  de cette eau glaciale et salée, ce roulis tyrannise notre vie, nos mouvements, notre tentative de repos  et il faut encore lutter  si l’on veut parvenir à manger quelque chose  ou  satisfaire un besoin. Sans parler du froid et de l’humidité  ambiante, de la promiscuité et des odeurs pestilentielles   »  écrira Robert Giffard propriétaire terrien, il  fera plusieurs voyages  dans le Poitou sa région natale pour tenter de ramener de nouveaux candidats au départ.


A peine étaient-ils descendus des vaisseaux du roi que certains  partaient pour accompagner une des tribus au cours de sa saison hivernale de chasse, afin de vivre au plus près des Amérindiens. Cela leur permettait de créer de profondes amitiés avec eux  mais  en même temps d’apprendre à connaître durant ces quelques mois, leurs coutumes et leurs langues, ainsi ils pouvaient par la suite servir d’interprètes.


Ils s’habituaient à cette nouvelle vie sans  effort apparent, dormaient à même la neige sous un abri à peine suffisant, si la chasse n’avait pas été bonne ils mangeaient comme eux la mousse des bois ou l’écorce des arbres, sans rechigner. Ils apprenaient à chasser l’orignal à la course à la mode amérindienne, l’hiver ils s’exerçaient à marcher avec  des raquettes aux pieds dans la neige, comme les Amérindiens, mais aussi  à se soigner comme eux par les plantes qu’ils apprenaient à connaître.  L’été ils  fabriquaient les légers et fragiles canots d’écorce, qu’il fallait sans cesse réparer au  moindre  frottement contre un rocher,  les descentes des rivières n’étaient pas une partie de plaisir, les passages des rapides ou des chutes  étaient absolument impossible il fallait  « portager » c’est-à-dire descendre des canots, porter alors les bagages et les canots à dos d’hommes et faire parfois plusieurs kilomètres dans la forêt, en  portageant  ainsi, pour contourner ces chutes avant  de pouvoir  remettre les canots à l’eau, pour recommencer dès les rapides  suivants, cela des dizaines de fois sur les parcours ! 


Lorsque les canots chaviraient beaucoup mouraient noyés dans ces eaux glacées, très peu de ces Français savaient nager.


Les distances dans cet immense pays étaient infinies… Ils mettaient plus de 35 jours, pour se rendre de Québec jusqu'à la Huronnie située sur la baie géorgienne,  soit environ 1200 kilomètres… Les lacs, les fleuves et  les rivières étaient les seules voies  de communication, la seule grande voie  de passage  pour leurs expéditions et leur avancée dans le pays, pour la traite des fourrures ou encore pour les missionnaires afin d’aller conquérir des âmes. Ce réseau naturel avait été joliment  surnommé “ les chemins d’eau du roi de France ” 


C’est ainsi que John Finley, un  Historien américain a pu dire en 1913 : «  Combien ces rivières seraient moins suggestives, si les Français n’y étaient point passés les premiers, avec leur bravoure et leur esprit d’aventure … »


Petit à petit  s’effectua la pénétration du territoire. Tout en explorant  ce nouveau pays ils agrandissaient la Nouvelle France en plantant des croix écussonnées de fleurs de lys au nom du roi de France à chaque nouveau coin de  cet immense territoire, ce qui les entraîna toujours de plus en plus loin à l’intérieur des terres, de plus en plus loin vers l’Ouest et vers le Nord, vers ce qu’ils appelaient le pays d’En Haut, tout en faisant  avec les Indiens la traite  des  fourrures  car ce commerce sera durant longtemps la seule ressource de ce nouveau pays qu’ils bâtissaient à la force de leur courage et de leur enthousiasme.


Puis soixante et dix ans plus tard, en 1673 l’explorateur Louis Joliet en compagnie du  père jésuite Jacques Marquette après avoir traversés le lac Winnebago,  navigués sur la rivière des renards, joints par un portage la rivière Wisconsin,  firent enfin  la jonction avec un grand fleuve qui coulait vers le Sud,  le fameux Mississipi écrit avec un seul “ P ” par les Français pour rappeler son nom amérindien  Metsi sipi ” “ le Père des  grandes eaux. »  La découverte de ce nouveau fleuve  permit de nouvelles explorations vers le Sud cette fois, et de ce fait quinze ans encore plus tard une autre petite  expédition française conduite par  Robert Cavelier de la Salle,   explorera ce grand fleuve, et parviendra le 9 avril  1689 au bord du golfe du Mexique. Robert Cavelier plantera alors fièrement au cours d’une cérémonie digne de Versailles une croix fleurdelisée pour prendre possession de ce territoire agrandissant d’autant la Nouvelle France, il le baptisera  Louisiane, en l’honneur du roi de France. Cette Louisiane rejoignait les grands lacs elle était immense, elle  n’avait rien à voir avec la Louisiane actuelle qui a été réduite  à un tout petit état des Etats-Unis d’Amérique.


Cependant dans ce pays  aux distances infinies,  ces intrépides Français venus de différentes régions de France, que ce soit  du Poitou de la Saintonge de l’Aunis de Bretagne ou de Normandie et même quelques-uns de Provence (comme l’abbé Silvy) ne devaient-ils pas «  avoir le cœur bardé du triple airain d'Horace », en venant, à travers mille périls, bâtir ce nouveau pays et conquérir à la France cet empire d'Amérique ? Ils devaient affronter  certains partis amérindiens hostiles  qui les guettaient dans chaque buisson, pour leur dresser des embuscades, les faire prisonniers  les torturer et les brûler, quand encore ils ne finissaient pas mangés ! Les prêtres français ces missionnaires désireux d’apporter  de nouvelles âmes à Dieu  s’enfonçaient eux aussi au plus profond des bois et subirent  tout comme les autres Français  les horreurs de ces embuscades.. tels  les pères Gabriel Lallemand, Isaac Jogue.. Jean de Brébeuf Jean de la Lande,…pour ne citer que ceux-là, dont les récits de leurs tortures cette affreuse cuisine que ces barbares leur réservaient, ont été largement décrites, entre autres, dans les Relations des jésuites.


Les Relations des Jésuites, étaient des lettres que les pères missionnaires envoyaient régulièrement en France pour tenir informés leurs supérieurs de l’avancée de leur apostolat en Nouvelle France. Imprimées en France par l’éditeur parisien  Stéphane Cramoisy   Elles commençaient à être lues par  un grand nombre de personnes haut placées,  ainsi qu’à la cour du Roi. Cela permettait  de montrer à tous ceux qui les lisaient, et en particulier au Roi lui-même, combien la vie de ces Français en train de bâtir ce nouveau pays était endurante  et valeureuse, mais tout particulièrement  difficile emplie d‘insécurité journalière et combien ils avaient un urgent besoin d’aide ! La Nouvelle France  avait également un impératif besoin de davantage de peuplement que ne leur apportait pas la compagnie  privée de commerce, censée s’en occuper. Ces lettres sont encore aujourd’hui une source de renseignements pour les historiens et autres fouineurs du passé tant elles décrivent les difficultés de ces Français sur ce sol d’Amérique septentrionale mais détaillent aussi la vie et les coutumes des peuples amérindiens


Comment ces premiers pionniers venus de France si éloignés de leur mère patrie,  sont-ils parvenus à surmonter les difficultés sans nombre qui les attendaient dans un tel climat de froidure et de glace, avec en plus cette terrible insécurité permanente ?  Lorsque nous lisons leurs récits nous sommes confondus des épreuves qu'ils avaient à  surmonter


Dans ce pays inconnu ils n’arrivèrent à survivre que grâce à leur amitié avec leurs alliés amérindiens. Lorsqu’ils partaient en expéditions ou faire la traite des fourrures  ils étaient absents  parfois un an ou davantage on ne savait jamais si on les reverrait, ils pouvaient mourir de froid perdus dans la neige et le blizzard  ou noyés dans le cours tumultueux des rivières ou encore  tués et mangés par certains partis amérindiens  ennemis.


Durant les cent cinquante ans du Régime Français, on vit ces Français  s’enfoncer  au plus profond du pays, traverser toutes les forêts, remonter le cours de toutes les rivières, parcourir en tous sens les nombreux lacs aux tempêtes nombreuses et effrayantes pour leurs petits canots d’écorce,  explorer les régions les plus reculées.. Avec un courage dont l’Histoire ne montre pas souvent d’autres exemples, ils  s’étaient constitués les avant-gardes de tout un continent  


Les Français ont si bien fouillé  en tous sens l’Amérique du Nord  qu’ils se sont  malgré leur petit nombre, implantés dans toutes les directions. Et si le sort des armes -  plus précisément  la Cession de la Nouvelle France à l’Angleterre -  est arrivé finalement à  changer le drapeau  qui flottait  alors, des rivages de l’Acadie jusqu’au pied des Montagnes rocheuses, et  de la Baie d’Hudson jusqu’au golfe du Mexique,  l’Histoire est toujours là  pour rappeler que ce sont les Français qui ont été les pionniers de la civilisation dans cette immense partie du continent  de l’Amérique du Nord, ce sont eux qui ont bâti la Nouvelle France, ce pays de Canada dans lequel les Anglais qui le leur convoitaient depuis tant d’années n’ont eu ensuite qu’à s’installer tels des Bernard l’Hermite ! 


Après 1763 et le départ de la France ce fut le début d’un monde totalement différent et extrêmement désintégré auquel assistèrent les Amérindiens,  ils furent entraînés  en effet dans des transformations et des mutations  excessivement rapides pour leurs Nations ! Ils passèrent directement de la considération  entre eux et les Français, qui avaient  respecté toute leur autonomie, puisqu’en effet durant tout le Régime Français, rien n’avait changé dans leur mode de vie ancestral, à une assimilation des plus brutales avec l’élimination programmée de leur mode de vie. La vie de centaines de ces Premières Nations en sera complétement bouleversée, jusqu’à aboutir à leur disparition pour nombre d’entre elles. Car certains colonisateurs, que ce soit au Canada devenu anglais ou aux Etats-Unis d’Amérique, poussés uniquement par le désir de conquête, ils les ont en effet déportées, exterminés, ou transportés et retenus, bon gré mal gré, dans les réserves qui leur ont été assignées par les autorités de Washington ou du Canada fédéral d’Ottawa..


L’Histoire a longtemps mis en avant les conquistadors les grands navigateurs et tous  les grands explorateurs puisqu’effectivement ils étaient les seuls  à pouvoir  partir de longs mois loin de chez eux, pour accomplir des exploits. C’était en effet des plus exceptionnels qu’une femme puisse faire la même chose, cependant  là où elles se trouvaient elles accomplirent elles aussi  des prouesses.. La grande Histoire ne retient que les hauts faits, laissant beaucoup de gens valeureux de côté que ce soit d’ailleurs autant des hommes que des femmes.


Petit à petit au fur et à mesure que le peuplement se faisait  les femmes sont arrivées  soit toute jeune en famille avec leurs parents soit avec leur mari, soit avec un organisme religieux,  et plus tard toutes seules envoyées par le roi  Louis XIV. Quelques-unes sont très connues comme celles qui ont désiré partir dans le seul but d’aider les Français en fondant une congrégation religieuse, un hôpital, ou une école, en secourant les personnes malades ou en instruisant les enfants, leurs luttes ont été courageuses, énergiques, entreprenantes, elles se sont  appuyées pour cela sur le soutien financier de  riches personnes en France ou de  hautes personnalités de la cour même du roi de France.


Pourtant la grande majorité des femmes  ne construisit en Nouvelle France aucun édifice, ne fonda aucun organisme, ne fut protégée  ni aidée par personne. Ces femmes n’accomplirent pas des hauts faits  ou des exploits, leurs noms n’ont pas été gravés en bas de statues à leur effigie, ou en haut du Parlement.


 Elles ne furent pas des héroïnes,  dont les noms marquèrent l’Histoire ou la littérature, toutes ces femmes méconnues, restées dans l’ombre ont néanmoins mené de génération en génération, la famille en Nouvelle France,  ont travaillé la terre aussi dur que les hommes, élevé leurs nombreux enfants,  transmis et préservé la langue maternelle française, tout comme leur foi catholique et prié dans les églises de leur petite paroisse des bords du fleuve, elles ont enduré fortes et silencieuses les mille et un aléas de leur vie, dans ce nouveau pays que les Français étaient en train de bâtir à la force de leur courage.


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Marie-Hélène Morot-Sir128 articles

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Auteur de livres historiques : 1608-2008 Quatre cents hivers, autant d’étés ; Le lys, la rose et la feuille d’érable ; Au cœur de la Nouvelle France - tome I - De Champlain à la grand paix de Montréal ; Au cœur de la Nouvelle France - tome II - Des bords du Saint Laurent au golfe du Mexique ; Au cœur de la Nouvelle France - tome III - Les Amérindiens, ce peuple libre autrefois, qu'est-il devenu? ; Le Canada de A à Z au temps de la Nouvelle France ; De lettres en lettres, année 1912 ; De lettres en lettres, année 1925 ; Un vent étranger souffla sur le Nistakinan août 2018.





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5 commentaires

  • Yves Corbeil Répondre

    17 octobre 2017

    Je suis totalement d'accord avec vous sur ce point, Oui l'histoire est un phare et devrait toujours guidé nos pas future de façon garantir notre progression comme peuple dans ce  chaos social qui est notre quotidien. Mais combien la consulte et en tient compte, je parle ici des gens aux pouvoirs qui par leurs trajets influencent toutes nos vies.


    prennez comme example Bombardier aujourd'hui qui donne la C Série au géant Airbus qui est déjà dans le trouble avec Boeing au sujet de corruptions, collusions, pots de vin ect...ect... avec l'assentiment  de notre innocent en chef au Québec, il reste au selfie d'Ottawa à se prononcer sur la transaction ce qui devrait être une formalité.


    Mais qui est le partenaire commercial naturel et logique pour le Canada et par défaut le Québec car on fait encore parti de cette confédération contre notre gré. Certainement pas Airbus, ni même l'union européenne, les États Unis avec oui le très peu subtile Trump demeure notre pricipale allier commercial à hauteur de quoi 75%.


    Alors comment est-ce possible qu'on entends sur la majorité des tribunes qu'au point ou en était rendu Bombardier il fallait faire ce qui a été fait et que notre bouffon en chef se permet pratiquement un doigt d'honneur aux américains protectionnistes et leurs leader Trump.


    Faudra qu'on me l'explique celle-là.


    On va imaginr un scénario, si la guerre éclate, une grosse guerre mettons, qui va prendre la défense du Canada en amérique sinon les USA, certainement pas EU qui en aura elle aussi plein les bottes.


    La politique c'est compliqué, la géopolitique encore plus, sommes-nous entre bonnes mains avec Couillard et Trudeau?


    Et pour revenir à Bombardier, ont-ils pensé aux québécois quand ils ont donné la Série C à Airbus pour sauver leurs billes qui sont nos billes en faîtes.


    Oui l'histoire c'est important et il faut qu'elle continue à être écrite pour que nos survivants puissent ''peut-être'' la consulter afin d'éviter de répéter les mêmes erreurs. Présentement, elle ne semble plus servir à grand monde en charge. Car on est loin de se qu'a pronné Madiba durant son règne, tous ont oublié et c'est hier ça.


  • Marie-Hélène Morot-Sir Répondre

    17 octobre 2017

    L'Histoire est un phare, il faut veiller à le garder bien allumé, et  peut-être encore plus, à l'heure où il semble inutile de se rappeler du Passé !


  • Yves Corbeil Répondre

    15 octobre 2017

    Je ne sais pas où vous voulez allé avec votre chronique, en est-ce une pour vendre des livres.


    Nous vivons dans un monde tellement devenu insignifiant que je suis porté à croire que ce qui pourrait nous arriver de mieux c'est que Trump par toute ces trumperie fasse totalement exploser ce système qui nous maintient dans l'esclavage ou nous sommes englué. Je ne suis pas un partisan de celui-ci mais si il peut continué assez longtemps peut-être verrons autre choses que l'insignifiance générale de nos sociétés.


    On a perdu tous nos sens et toutes les valeurs humanitaires qui devraient guidé nos pas au profit de l'économie qui profite toujours aux même en maintenant les peuples dans l'esclavage de leur Petit bien-être matériel.


    L'histoire du Canada et du Québec, c'es-tu loin dans les pensées de la majorité ici, on a foutu la religion par dessus bord et on l'a remplacé par l'économie, la recherche de la richesse et le confort solitaire. Les organismes communautaires continuent de se battre sans moyen pendant que nos dirigeants élus dilapide tout le patrimoine et les acquis sociaux qui maintenaient un semblant d'égalité.


    Je ne comprends pas votre chronique, absolument pas désolez.


  • Marie-Hélène Morot-Sir Répondre

    14 octobre 2017

    Errata :  lire 9 avril 1682  Robert Cavelier de la Salle prend possession de ce nouveau territoire et le nomme Louisiane .


  • Marc Labelle Répondre

    13 octobre 2017

    Merci, Madame Marie-Hélène Morot-Sir, de partager avec nous votre perspective sur le développement humain de la Nouvelle-France. Il est essentiel de souligner la présence visionnaire des Français, puisqu’ils furent les seuls Européens à respecter l’autonomie des peuples amérindiens. En cette ère de repentance généralisée en Occident, mais spécialement dans le Dominion du Canada où grouillent les accusateurs « systémiques » qui cherchent à faire sombrer la conscience collective québécoise, il serait efficace de rappeler inlassablement le fait primordial que vous citez, c’est-à-dire le traité de la Grande Alliance signé à Tadoussac le 27 mai 1603 entre le Royaume de France, représenté par Samuel de Champlain, et les Montagnais, dirigés par le sagamo (grand chef) Anadabijou, ainsi que les Algonquins et les Etchemins.