ALGARADE AUX COMMUNES

La leçon doit porter

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Les conséquences des frasques de Pee-Wee sur les travaux parlementaires

En voulant forcer le whip conservateur à regagner son siège, frappant accidentellement au passage une députée néodémocrate, le premier ministre Justin Trudeau a dépassé les bornes de la décence parlementaire mercredi. L’incident aura toutefois eu du bon. Il a rappelé aux libéraux leur devoir de travailler avec les parlementaires plutôt que de chercher à les soumettre.
L'incident survenu en fin de journée mercredi, aux Communes, aurait pu être aisément évité si le premier ministre avait fait preuve d’un peu de patience. Alors que les députés attendaient la tenue d’un vote, un petit groupe de néodémocrates bloquait la voie en rigolant au whip conservateur Gordon Brown, qui ne faisait pas grand effort pour les contourner. À son poste, le whip libéral Andrew Leslie aurait pu simplement demander qu’on procède au vote, mais il a préféré respecter la coutume et attendre que son collègue s’asseye.

Excédé, le premier ministre a foncé dans le tas et a agrippé M. Brown pour le faire avancer, bousculant involontairement Ruth Ellen Brosseau. Du jamais vu ! La commotion fut immédiate. M. Trudeau s’est excusé, mais le mal était fait.

L’obstruction des conservateurs et des néodémocrates était juvénile, et la façon dont ils ont exploité l’affaire ne les a pas grandis. Parler d’agression ou faire un rapprochement avec la violence faite aux femmes en parlant du coup accidentel porté par M. Trudeau est tout simplement ridicule.

Tous les partis d’opposition ont toutefois eu raison de voir dans le geste du premier ministre une illustration d’un problème plus profond. Depuis plusieurs semaines, les libéraux multiplient les manoeuvres qui sèment un doute sur leur respect de la démocratie parlementaire. Première source de frustration : ce Comité sur la réforme du mode de scrutin où les libéraux, majoritaires, pourront imposer leurs vues. La seconde : la mauvaise gestion des travaux parlementaires qui a conduit à la limitation des débats pour accélérer l’étude de quatre projets de loi, dont le projet C-14 sur l’aide médicale à mourir. Chaque fois, les libéraux ont offert les mêmes excuses qu’ils dénonçaient dans la bouche des conservateurs.


Le vase a débordé quand, choqué d’avoir frôlé la défaite lundi lors d’un vote-surprise provoqué par le NPD, le gouvernement a donné avis mardi soir d’une motion qui aurait totalement désarmé l’opposition au Parlement. Même les conservateurs de Stephen Harper n’ont jamais tenté d’aller aussi loin. La motion M-6 prévoyait d’accorder aux seuls ministres et secrétaires parlementaires le pouvoir de demander l’ajournement des travaux et même de lever le siège pour les vacances d’été. Les travaux auraient ainsi pu se poursuivre sans interruption, même la nuit.

Ce geste était aux antipodes des promesses libérales à l’égard du Parlement. Et il aurait pu réussir n’eût été le coup de sang du premier ministre, les questions de procédure intéressant peu de gens. Son geste a toutefois donné corps à l’image d’un gouvernement qui, porté par sa popularité, semble avoir de plus en plus de difficulté à vivre avec les contraintes de la démocratie parlementaire. Un gouvernement qui exige que les choses se déroulent d’une seule façon, la sienne.
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