COURSE AU PARTI QUÉBÉCOIS

La laïcité au coeur d’un nouveau débat

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Cloutier recule sur la défense de la laïcité

Alexandre Cloutier s’est converti aux préceptes du rapport Bouchard-Taylor. Le favori de la course à la direction du Parti québécois préconise désormais d’assujettir exclusivement les employés de l’État en position d’autorité — les juges, les procureurs de la Couronne, les policiers et les gardiens de prison — à une interdiction du port de signes religieux ostensibles.

Les enseignants ne seraient pas soumis à une telle restriction, a-t-il promis dans la foulée d’un débat organisé par les jeunes péquistes du Centre-du-Québec mardi après-midi à Drummondville. Il proposait le contraire il y a à peine quelques mois. « Je me base sur Bouchard-Taylor. Pourquoi ? Parce que c’est ça qu’il y a de plus consensuel au Québec », a-t-il déclaré devant un parterre de quelque 150 personnes réunies dans un café étudiant du cégep de Drummondville.

M. Cloutier a aussi dit maintenant embrasser l’idée de mettre à l’abri, par le biais d’une clause de droits acquis (dite « grand-père », les individus en position d’autorité qui travailleraient actuellement pour l’État québécois. Cela dit, aucun juge, procureur de la Couronne, policier ou gardien de prison actuellement en exercice n’arbore de signe religieux ostensible au Québec, selon ses informations.

Jean-François Lisée s’est amusé à pointer le « flip-flop » opéré par son principal adversaire en matière de laïcité. « Il va mettre la laïcité dans sa Constitution comme un hochet sans impact sur les signes religieux en tout cas. Il a changé de position sur les renvois, je l’en remercie ! »

En janvier 2015, M. Cloutier avait appelé les membres du PQ à balayer l’idée d’une « clause grand-père », mais également à assujettir les enseignants à une interdiction du port de signes religieux ostensibles. « [I]l ne faut pas se diviser autour du port de signes religieux par des fonctionnaires. L’idée de la “ clause grand-père ” doit être écartée. […] L’interdiction de signes religieux devrait se limiter aux gens en situation d’autorité, ce qui inclut, à notre point de vue, les enseignants », avait-il écrit dans une lettre cosignée par l’ex-ministre péquiste Louise Beaudoin.

« Charte 3.0 »


En contrepartie, M. Cloutier a accusé mardi M. Lisée d’échafauder une nouvelle version de la charte des valeurs québécoises, qui sèmera la « division » au sein de la population québécoise. « Non seulement tu dis : “ Il y a trop d’immigration au Québec ”, là tu arrives avec une nouvelle version 3.0 de la charte », a déploré l’élu du Lac-Saint-Jean à la toute fin du débat. La proposition de M. Lisée d’inciter les employés de l’État — outre ceux en position d’autorité qui seraient assujettis à une interdiction — de ne pas porter de signes religieux ostensibles par le biais de campagnes d’affichage comparables à celles contre le tabagisme provoquera de la « chicane », a insisté M. Cloutier. « Imaginez à quel point ça va créer une pression sur ceux et celles qui décideront de le porter [leur signe religieux]. »

Martine Ouellet a pour sa part reproché à M. Lisée d’instrumentaliser le thème de la laïcité afin de favoriser sa candidature à la chefferie du PQ. « Il utilise ce dossier-là pour essayer d’[imposer] une “ ballot question ”. Je pense que ç’a aussi été la tactique [électorale péquiste] de 2014 et vous avez vu le résultat », a-t-elle soutenu dans un point de presse. Contrairement à M. Cloutier, elle entend élargir la portée de l’interdiction des signes religieux ostensibles aux enseignants. « Sous ma gouverne, il n’y aura jamais de mises à pied », a-t-elle par ailleurs précisé.
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