L'ombre d'une solution

Géopolitique du Proche-Orient


ÉDITORIAL - Pour la première fois depuis le début de l'offensive israélienne au Liban, le gouvernement américain envisage un cessez-le-feu. Pour la première fois depuis des lunes, Israël adhère à l'idée d'une force internationale déployée dans le sud du pays. En un mot, l'ombre d'un embryon de solution s'est introduite.
À la veille de la tournée de la secrétaire d'État américaine Condoleezza Rice au Proche-Orient, la position de son gouvernement était celle adoptée aux premières heures du bombardement de Beyrouth: la libération sans condition des deux soldats kidnappés par le Hezbollah est le préalable absolu à tout cessez-le-feu. Ce n'est plus le cas. Aujourd'hui, le silence des armes est jugé urgent.
Mais pour que celui-ci persiste, pour que la paix soit durable, on propose l'envoi d'une force internationale «robuste». Si pratiquement tout le monde adhère à cette proposition, son encadrement politique et légal fait problème. Washington et Tel-Aviv souhaiteraient que le gros du contingent soit formé d'Européens et placé sous la direction de l'OTAN. La France, qui serait militairement la plus impliquée avec, dit-on, la Turquie, veut que le mandat porte l'empreinte de l'ONU parce que moins perméable à l'influence américaine que l'OTAN. Bref, on combine, on calcule.
En attendant que les uns et les autres se mettent au diapason, l'acceptation par Israël de cette présence dans le sud du pays révèle une inflexion de sa part. Jusqu'à présent, chaque fois que l'idée d'une force internationale était déposée sur la table, Tel-Aviv la récusait. Alors pourquoi ce changement? Fort de l'expérience passée, le gouvernement israélien veut éviter l'enlisement. D'autant qu'il ne semble pas avoir atteint son objectif principal, soit réduire à néant la capacité de nuisance des fondamentalistes du Hezbollah.
Qui plus est, il est fort plausible qu'Israël convienne ou constate que l'on ne pourra pas mettre un terme aux agissements du Hezbollah à long terme sans aide internationale, sans la présence de militaires étrangers qui seront appelés à court terme à mettre en application les commandements contenus dans la résolution 1559. CQFD: cette force est appelée à réaliser le désarmement de la milice du Hezbollah.
Pour ce faire, d'autres chancelleries que les occidentales ont été invitées à mettre l'épaule à la roue. Il s'agit de l'Arabie Saoudite et de l'Égypte. De ces pays majoritairement sunnites, on espère qu'ils détachent la Syrie, autre pays sunnite, de l'emprise iranienne. On veut agir sur le maillon faible du croissant chiite pour affaiblir ce Hezbollah dont il est, avec l'Iran, l'un des parrains.
Géographiquement, il faut insister sur le point suivant: outre le sud du pays, le contingent international sera appelé à contrôler tous les lieux de passage entre le Liban et la Syrie afin de freiner, voire de réduire à trois fois rien le transport des armes destinées au Hezbollah. Si les termes de l'expédition internationale n'ont pas encore été précisés, une choses est sûre: tout est mis en oeuvre pour désarmer le mouvement chiite.
D'après les échos qui nous parviennent de la classe politique libanaise, la présence éventuelle d'un contingent étranger est généralement bien reçue. Certains dirigeants de formations politiques sont allés jusqu'à affirmer qu'une fois le cessez-le-feu adopté, le Hezbollah devra rendre des comptes pour avoir obéi à des ordres venus d'ailleurs.
À moins d'un échec du sommet de Rome qui se tiendra demain, l'évolution du dossier laisse entrevoir aujourd'hui un certain mais faible espoir. Tous les acteurs s'entendent sur la nécessité d'imposer rapidement un cessez-le-feu, mais pas encore sur les modalités. Vu la gravité de la situation, un consensus est évidemment plus que souhaitable. Reste une inconnue de taille: qu'est-ce que prépare l'Iran qui, hier encore, indiquait qu'il ne demeurerait pas immobile?


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