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L’ex-numéro deux de l’UPAC se vide le cœur

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Forget soupçonné d'être proche du PQ se fait licencier pour protéger Lafrenière


« Vous avez trois minutes pour démissionner. Le ministre [Martin Coiteux] s’en va en point de presse. Et si vous ne démissionnez pas, on vous congédie ! » Menacé et intimidé par un mandarin du gouvernement Couillard, l’ex-numéro deux de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) a réglé ses comptes jeudi dans un témoignage très émotif.


« Je n’ai jamais été menacé comme ça par les motards ! », s’est exclamé Marcel Forget, commissaire adjoint déchu de l’UPAC et policier chevronné dans la lutte contre les motards et la mafia.


La voix brisée par l’émotion, parfois même en pleurs, Marcel Forget a fermement contredit jeudi la thèse du gouvernement et les témoignages de son ancien patron Robert Lafrenière et de l’ex-ministre Martin Coiteux. Il réclame 2 millions de dollars au gouvernement du Québec pour son « congédiement déguisé », le 30 novembre 2017. Québec maintient qu’il a démissionné de son propre gré.


Marcel Forget persiste et signe : même s’il faisait encore la une du Journal de Montréal ce matin-là pour ses liens avec une entreprise controversée, il n’a « jamais, jamais » voulu démissionner.


C’est le haut fonctionnaire André Fortier, qu’il décrit comme « l’équivalent du premier ministre », qui l’a poussé au bord du précipice pour des raisons politiques.


 

Selon son avocat, sa descente aux enfers découle des arrestations explosives par l’UPAC d’anciens ministres libéraux et du député Guy Ouellette. Comme Robert Lafrenière était devenu « intouchable » à la suite du renouvellement de son mandat, c’est son bras droit qui en a fait les frais.


« [André Fortier me dit] : “Si vous ne démissionnez pas, on vous congédie !” Mais j’ai dit : “Vous allez me congédier sur quoi ?” Il dit : “T’inquiète, on va en trouver. J’ai eu de l’information additionnelle par rapport à vous. Vous avez trois minutes pour démissionner” », a lâché d’un trait Marcel Forget. La veille, le secrétaire général associé aux emplois supérieurs André Fortier avait soulevé sa nomination sous le Parti québécois. « Le gouvernement entend beaucoup trop parler de vous », l’avait-il prévenu.


« Je capotais ! J’ai dit : “Je ne démissionnerais jamais ! Je ne démissionne pas ! Et je veux parler à Robert Lafrenière” », a-t-il martelé, en tapant sur la barre des témoins. Assis dans le camp du Procureur général comme représentant du gouvernement, André Fortier devrait également témoigner au procès.





PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE


André Fortier





Sous le choc, Marcel Forget apprend de sa femme que les médias ont déjà rapporté sa démission. Il appelle en catastrophe Robert Lafrenière. « Il me dit : “Regarde, Marcel, il est trop tard. Il faut que tu démissionnes. Si on te congédie, tu ne pourras plus jamais te replacer” Je ne veux pas démissionner ! Il me dit simplement : “Bienvenue en politique.” J’ai dit : “Non, je ne démissionnerais jamais !” », a-t-il sangloté.


Ce récit est bien différent de celui de Robert Lafrenière au premier jour du procès. Sous serment, l’ancien commissaire de l’UPAC a témoigné que Marcel Forget lui avait donné sa démission « verbalement » lors de cette discussion. « Il m’a dit : “Je démissionne” », a même fini par dire Robert Lafrenière.


Après avoir « braillé comme un bébé » avec ses employés, Marcel Forget est rappelé par son patron qui lui réclame sa lettre de démission. « Tu n’as plus le choix. C’est annoncé partout », lui lance le commissaire. Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, l’avait même annoncé aux journalistes. Au pied du mur, le policier aux nerfs d’acier craque et s’évanouit dans les toilettes de l’UPAC.


« J’ai signé la lettre de démission… C’était annoncé partout sur la planète que j’avais démissionné ! Mais je n’avais pas démissionné ! Ils s’en câlissaient ! », a lâché le témoin, en pleurant à chaudes larmes.


Depuis, il est un homme « brisé » et « radioactif », incapable de se retrouver du travail. Pourtant, il n’a absolument rien fait de mal, martèle-t-il, en critiquant le travail du Journal de Montréal.


Les députés avaient « peur » de Lafrenière


Les députés avaient carrément « peur » du commissaire Robert Lafrenière en 2017 après les arrestations des ex-ministres libéraux Nathalie Normandeau et Marc-Yvan Côté, a témoigné Marcel Forget. « C’est comme si Robert Lafrenière était plus gros que l’UPAC, plus gros que le gouvernement, et tout le monde en avait peur », a-t-il résumé.





PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE


Robert Lafrenière





Au printemps 2017, lors de l’étude des crédits à l’Assemblée nationale, Robert Lafrenière réagit aux fuites de documents de l’enquête Mâchurer sur l’ex-premier ministre Jean Charest. À la fin de la session, des députés s’approchent de Robert Lafrenière pour parler à micro fermé.


« “Hey, là, monsieur Lafrenière, est-ce que je suis écouté ? Est-ce que je suis sous filature ?” Robert ne disait rien et trouvait ça drôle. Je suis impressionné. Je suis au Salon bleu et [je vois] les politiciens qui viennent voir Robert Lafrenière et qui lui demandent [s’ils sont sur] écoute ! », a raconté Marcel Forget.


Aux yeux de l’ancien commissaire adjoint, la « perception » que les gens avaient de Robert Lafrenière a changé après les « fuites » sur le projet Mâchurer et les arrestations des ex-ministres libéraux. « C’est là que ça s’est gâché. La perception, c’est qu’il était vu comme plus gros que le gouvernement », résume Marcel Forget.


Le contre-interrogatoire de Marcel Forget se poursuivra ce vendredi.