L’empire des pleurnichards

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Une réalité trop dure à encaisser pour les États-Unis

Un nouveau rapport de l’Army War College détaille la perte de la « primauté américaine » dans le monde, et pour y remédier, prescrit plus de la même chose ; de la propagande, de la surveillance et de la guerre.
Il est de notoriété publique que du point de vue du Pentagone, les États-Unis sont confrontés à cinq menaces existentielles : la Russie, la Chine, l’Iran, la Corée du Nord et le terrorisme, dans cet ordre. Au delà de la rhétorique, toutes les actions du Pentagone doivent être comprises et analysées dans ce contexte.


L’opinion publique mondiale a dorénavant accès à un document encore plus intéressant ; une nouvelle étude de l’Army War College [NdT : une branche du Pentagone] intitulée ‘A vos risques et périls : une évaluation des risques pour le Département de la défense dans un monde post-primauté’. Les lecteurs (anglophones) sont vivement encouragés à télécharger et à l’étudier en détail.


Le chercheur Nafeez Ahmed a proposé un décodage bienvenu [NdT: Lien en français] des aspects de cette pénible situation « post-primauté », que l’Army War College a mis onze mois à compiler.


Les cerveaux impliqués dans ce projet d’étude comprenaient toutes les branches du Pentagone à travers le monde, aussi bien que la Defense Intelligence Agency (DIA), le National Intelligence Council, et de célèbres think tanks de tendance lourde néocon tels que l’American Enterprise Institute (AEI), le Center for Strategic and International Studies (CSIS), la RAND Corporation et l’Institut pour l’étude de la guerre ( Institute for the Study of War).


Tout ça pourquoi ? Pour énoncer l’évidence – que les USA ont perdu leur « primauté » et pour proposer plus de la même chose, par exemple plus de surveillance orwellienne, plus de « manipulation stratégique des perceptions », autrement dit de propagande ; et une armée plus « étendue et flexible », donc plus de guerres.


Si c’est tout ce dont les meilleures agences de renseignement militaires des USA sont capables, leurs rivales, la Russie et la Chine, n’ont plus qu’à se servir un gin tonic et à se relaxer au bord d’une piscine.


Oh, vous autres méchants révisionnistes

L’étude est un cas d’école de myopie exceptionnaliste – qui présenterait au moins une valeur comique si elle était présentée avec quelques fioritures rhétoriques.


La Russie et la Chine sont dûment décrites comme des « forces révisionnistes » (ne croirait-on pas entendre Mao dans les années 50?) dont la volonté de veiller à leurs légitimes intérêts nationaux doit être contrecarrée. Pourquoi ? Parce qu’elle représente une menace envers l’hégémonie des USA.


Les lecteurs de l’étude doivent renoncer à trouver en quoi la Russie et la Chine constituent des menaces sérieuses contre la sécurité nationale des USA. Ils doivent s’en tenir à ce que disent les médias grand public des USA, qui claironnent ces « menaces » 24/7.


Le propos devient encore plus bizarre sur l’Iran et la Corée du Nord – deux pays systématiquement diabolisés par les médias et le Think tankland américain. Le problème n’est pas qu’ils constituent une menace nucléaire ; le problème est qu’ils représentent des obstacles à l’expansion de « l’ordre dirigé par les USA ».


Parallèlement, ce qui contrarie réellement les services de renseignement militaires des USA sont « des formes plus glauques, moins évidentes d’agressions par des États ». Ils parlent de la « menace » posée par Sputnik et RT, par exemple.


Les « faits », tous les faits véridiques qui menacent la légitimité de la puissance hégémonique sont considérés comme des moteurs majeurs du déclin des USA. OK, le Pentagone ne fait pas d’humour, ne vous attendez donc pas à ce qu’un expert reconnaisse que ces faits véridiques démasquent les actions de l’empire et réfutent sa rhétorique.


La logique circulaire de l’étude est l’otage de – pardi – la logique impériale ; la puissance militaire des USA est essentiellement décrite comme un outil de coercition qui sert à forcer les autres pays à obéir aux diktats des États-Unis.


Ce qui mène ces « experts » à réduire en cendres le concept de « défense » – et à le transformer en agression ; l’empire se réserve le droit de dégainer ses flingues quand bon lui semble. S’il y a des acteurs pour contester ce droit souverain impérial – par exemple, la Corée du Nord et ses tests de missiles ou la Chine et ses îles artificielles dans la Mer de Chine méridionale – cela devient une menace qui doit être éliminée.


Certains analystes de gauche progressiste des USA n’arrivent pas non plus à comprendre pourquoi, après seulement 70 ans d’hégémonie, la primauté des USA en Eurasie arrive à son terme. [NdT : Dans le cas signalé par le lien, l’auteur en rejette la faute sur Trump, sans voir que le processus était largement enclenché depuis des décennies et n’a fait que prendre graduellement de la vitesse.] Même si la guerre entre Trump et l’État profond accélère le processus, sa racine plonge dans le monde d’après-11 septembre.


L’aventurisme du Parti de la Guerre – de l’Afghanistan et de l’Irak à la Libye et à la Syrie ; la dette pharaonique, impayable du gouvernement ; l’érosion graduelle du pétrodollar ; la marche inexorable de l’intégration eurasienne – reflétée par l’obsession des militaires américains envers ses trois vecteurs-clé, la Chine, la Russie et l’Iran.


Et ce ne sont que quelques-uns des facteurs en cause dans le déclin.


Pékin et Moscou n’ont pas besoin du rappel constitué par des études comme celle-là pour savoir quels sont les vrai enjeux – avec des guerres par procuration américaines déployées de l’Ukraine à la Mer de Chine méridionale dans le but de saboter la grande aventure du XXIe siècle, la connectivité eurasienne.


Il en va de même pour Téhéran, qui identifie très bien toutes les machinations, l’instrumentalisation du gang du pétrodollar, le Conseil de Coopération du Golfe, dans le but d’entretenir une guerre artificielle fratricide entre les sunnites et les chiites.


Ce qui nous amène à la « guerre suivante » qui monopolise le moulin à rumeurs de Washington. Si le gouvernement des USA était assez stupide pour provoquer une guerre contre l’Iran, ce serait à cause de sa mentalité exceptionnaliste ; d’une économie où la guerre perpétuelle est le seul outil de stimulation du PIB et de remboursement de la dette ; de l’hégémonie de l’État profond ; et de l’éternel Retour des Zombies néocons dans le think tankland, la CIA et le Pentagone lui-même.


« Post-primauté ? » Vous n’avez encore rien vu.



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