L’art de la commémoration est perdu au Québec

Notre État et nos écoles devraient se donner un protocole en la matière

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Vite, avant que le fédéral ne vienne nous dire quoi faire...

Les Québécois ne savent plus commémorer : nos veillées funéraires qui se bornent à des «5 à 7» improvisés et nos cérémonies de mariage qui ne sont plus prétextes qu’à étaler un luxe clinquant. Quant à nos anniversaires historiques, ils se résument depuis des années à une succession d’échecs. Qu’on prenne acte, coup sur coup, du fiasco commémoratif du 400e de Québec, du fiasco tout court du 250e de la bataille des plaines d’Abraham ou du vaudeville kitsch où a fini par sombrer le bicentenaire de la guerre de 1812.
Pour le meilleur et pour le pire, l’Église catholique a longtemps occupé tout le champ de la commémoration au Québec. Vers 1950, on ne trouve pas une paroisse qui n’ait son matériel de pavoisement, sa fanfare, son corps de majorettes et son char allégorique. Où tout cela est-il passé ?
À compter de la Révolution tranquille, le rituel religieux est remplacé par la messe protestataire : de l’émeute pour Maurice Richard en 1955 à celle contre Trudeau en 1968, jusqu’aux processions rituelles du printemps érable. Devant l’écroulement du protocole religieux et la récupération partisane, l’État québécois s’est empressé de se retirer du champ de la commémoration historique, pavant la voie à des groupes de citoyens dévoués, mais dès lors incapables d’en assurer la portée universelle, protocolaire et apolitique.
Respect envers les institutions
La commémoration est pourtant essentielle à la cohésion sociale. Ailleurs en Occident, malgré l’austérité, aucun État ne néglige l’importance de souligner ses événements fondateurs. À Ottawa, Stephen Harper a parfaitement compris qu’investir dans la commémoration contribue puissamment à inspirer le respect envers les institutions. Au Québec, en revanche, on est encore loin de saisir le rôle tangible que jouent les anniversaires historiques afin d’inculquer des valeurs de respect, d’unité et de solidarité. Il est grand temps que les chantres de la rigueur budgétaire comprennent qu’un Québec qui ne commémore pas son passé hypothèque gravement le désir de chaque citoyen de respecter les lois et de continuer à agir en «bon et honnête citoyen».
Un redressement passe d’abord par un engagement conséquent de l’État. À preuve, la seule commémoration qui ait apparemment échappé à la déshérence généralisée et préservé son caractère universel et fraternel semble notre fête nationale du 24 juin, justement parce qu’elle s’appuie depuis quarante ans sur un financement stable.
Un redressement passe ensuite par la restauration d’un certain protocole. Lors du dernier jour du Drapeau, le 21 janvier dernier, on s’est aperçu que plusieurs municipalités ne savaient même plus hisser correctement l’étendard du Québec ou entonner le salut au drapeau. Pas étonnant que nos rituels, même les mieux intentionnés, aient désormais l’air de parades dépoitraillées. Les Québécois ont droit à ce qu’un protocole commémoratif soit instauré afin de disposer des moyens adéquats pour célébrer dignement des anniversaires historiques ou des fêtes statutaires telles que le jour du drapeau ou la Journée nationale des patriotes.
Dépolitiser la commémoration
Certains anniversaires délicats, tels ceux de la conquête, des patriotes ou des premières rencontres entre Blancs et autochtones ont encore une grande prise sur le présent et demeurent sujets à une politisation fervente. La fonction première de la commémoration doit cependant demeurer de célébrer l’unité ainsi qu’une solidarité fondée sur une expérience historique commune, y compris de cicatriser certaines plaies. Mes amis nationalistes sont particulièrement conviés à cette réflexion. Ils comprennent cependant de mieux en mieux l’importance d’assurer le caractère universel et non partisan de leurs commémorations.
Un redressement passe enfin et plus généralement par une réhabilitation du passé québécois et canadien-français. Depuis trop longtemps, on a nourri le cynisme à l’égard du Québec d’avant 1960, au point où il est devenu impossible de célébrer dignement le sacrifice de Dollard des Ormeaux ou de reconnaître l’immense patrimoine issu de notre passé catholique. Sur ce plan, l’école a un rôle-clé à jouer. Ce doit aussi être celui de l’État québécois, seul en mesure de mener ce travail pédagogique afin que toutes les dimensions de notre passé collectif soient restaurées et traitées avec respect.

Gilles Laporte - Président du Mouvement national des Québécoises et Québécois

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Gilles Laporte33 articles

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professeur d’histoire au cégep du Vieux Montréal.

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