La Nouvelle cible de l'Aéroport de Plattsburgh

L'aérospatiale québécoise convoitée

Le président de l'Association québécoise de l'aérospatiale, Jacques Saada, n'a de son côté eu vent d'aucune inquiétude particulière de ses membres face à Plattsburgh.

Industrie aéronautique


Bergeron, Maxime - PLATTSBURGH - Le nouvel aéroport de Plattsburgh veut non seulement attirer les voyageurs de la région de Montréal, mais aussi inciter des entreprises québécoises de l'aérospatiale à s'installer sur ses vastes terrains.
Les dirigeants de l'aéroport sont en discussion avec deux sociétés montréalaises. L'une d'elles, Laurentian Aerospace Corp. (LAC), souhaite installer une usine de réparation et d'entretien d'avions gros-porteurs à Plattsburgh, un projet de 64 millions de dollars qui pourrait créer 1500 emplois dans la région.
LAC -qui n'a pour l'instant aucune activité formelle- avait déjà annoncé son projet en juin 2006. La crise du crédit aux États-Unis a toutefois fait avorter son plan de financement il y a quelques mois, si bien qu'elle a dû reprendre des pourparlers avec d'autres banques.
"C'est au ralenti, c'est encore en vie, mais dans les circonstances actuelles, il va falloir être patient", a indiqué Pierre J. Jeanniot, président du conseil de LAC, pendant un entretien téléphonique.
Quant à l'autre firme aérospatiale québécoise intéressée à s'installer à Plattsburgh, Garry Douglas, président et chef de la direction de l'aéroport, a refusé de dévoiler son identité.
Grandes ambitions
L'aéroport de Plattsburgh a été inauguré en juin dernier. Il est situé sur une ancienne base de l'armée de l'air, à une heure au sud de Montréal. Son terrain bétonné est immense -12 millions de pieds carrés- et comprend des bâtiments industriels totalisant 1,5 million de pieds carrés, prêts à être rénovés pour accueillir de nouveaux locataires.
Les avantages d'investir à Plattsburgh sont nombreux, a fait valoir Garry Douglas pendant une visite de La Presse Affaires, hier. L'aéroport est situé dans une zone économique spéciale, qui offre de généreuses mesures d'encouragement financières.
LAC a notamment reçu "10 ans de congé d'impôt de l'État de New York, beaucoup de subventions en termes d'emplois et des taux de location à l'aéroport presque donnés", a expliqué Pierre J. Jeanniot, auparavant président d'Air Canada.
Et il y a plus, selon Garry Douglas. "Pour plusieurs entreprises, juste le fait d'être de ce côté-ci de la frontière représente un grand avantage, par exemple quand vient le temps de décrocher un contrat du gouvernement."
Pas de R&D
L'aéroport de Plattsburgh a de grandes ambitions aérospatiales, mais il n'est pas question d'instaurer une concurrence malsaine avec Montréal dans le secteur de la recherche et développement (R&D), selon M. Douglas.
Le gouvernement québécois demeure "beaucoup plus généreux" dans ses crédits d'impôts liés à la R&D, si bien qu'il ne servirait à rien de viser ce créneau, a-t-il dit.
Qu'importe le champ d'activité, les représentants de l'industrie aérospatiale québécoise ne semblent pas trop préoccupés par les visées de Plattsburgh.
"À Montréal, on a la chance d'avoir la grappe industrielle canadienne de l'aérospatiale et c'est ça notre grande force, a indiqué Suzanne Benoît, directrice générale du regroupement Aéro Montréal. On a, dans un rayon de 30 km, tous les acteurs pour fabriquer un avion de A à Z. Ça a une valeur inestimable."
L'industrie aérospatiale emploie 42 000 personnes et génère un chiffre d'affaires de 11,4 milliards de dollars dans la région de Montréal, a rappelé Mme Benoît. "Il n'y a pas de main-d'oeuvre qualifiée là-bas. Ici, on a le bassin."
Le président de l'Association québécoise de l'aérospatiale, Jacques Saada, n'a de son côté eu vent d'aucune inquiétude particulière de ses membres face à Plattsburgh.
"Je ne sais pas si c'est une préoccupation qui devrait être ou pas. Ce que je sais, c'est que personne ne m'en a parlé, a-t-il dit. Ce que je peux dire, c'est que ce n'est pas un sujet très vif pour le moment."
Les différents ordres de gouvernement ont investi environ 130 millions sur les terrains de l'aéroport de Plattsburgh depuis le démantèlement de la base militaire en 1995, selon Garry Douglas. L'aérogare, propriété de l'État, est libre de toute dette et ne paie aucune taxe.
À l'heure actuelle, Plattsburgh offre seulement quelques vols commerciaux par semaine vers la Floride, occupés à 80% par des Québécois. L'offre sera toutefois bonifiée au cours des prochains mois tant la demande est forte.
En 1999, Pratt & Whitney a installé sur les terrains de l'aéroport un centre de tests pour ses moteurs d'avion, lequel est géré de Montréal.


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