Junex passe à des intérêts albertains

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« La loi sur les hydrocarbures est sur le point d’entrer en vigueur au Québec, ouvrant la voie à l’exploitation pétrolière et gazière.»

Après l’entreprise québécoise Pétrolia, c’est maintenant au tour de Junex de passer aux mains d’une pétrolière albertaine. Les projets d’hydrocarbures les plus avancés au Québec seront donc tous dirigés par des intérêts financiers de l’Ouest canadien, qui contrôleront par la même occasion des milliers de kilomètres carrés de permis d’exploration dans la province.


Dans le cadre d’une assemblée extraordinaire tenue jeudi, les actionnaires de Junex qui ont exercé leur droit de vote se sont exprimés à 98,9 % en faveur du « regroupement » avec la pétrolière Cuda Energy, de Calgary.


Il n’a toutefois pas été possible de savoir si Investissement Québec, qui détient près de 15 % des actions de Junex, a voté pour ce « regroupement stratégique » qui avait été recommandé par la direction de l’entreprise québécoise d’exploration pétrolière et gazière. La société d’État, qui a injecté plusieurs millions de dollars dans les projets de Junex, n’a pas voulu commenter la décision des actionnaires.


Actifs au Québec


La nouvelle entreprise, qui sera dirigée par des intérêts albertains, se nommera « Cuda Oil and Gas ». Au Québec, elle contrôlera plus de 8200 km² de permis d’exploration, dont près de 3700 km² dans les basses-terres du Saint-Laurent.


Consultez la carte des permis d'exploration pétrolière et gazière au Québec


Elle détiendra plusieurs permis sur la rive nord, entre Montréal et Québec, mais aussi sur la rive sud du fleuve. Il faut dire que Junex y a été particulièrement active dans la recherche de gaz de schiste, avant que la controverse ne vienne freiner ses projets.


Junex a aussi développé le projet d’exploration pétrolière qui est le plus avancé au Québec, soit le projet Galt, à l’ouest de Gaspé. Selon les documents de l’entreprise, elle est d’ailleurs en attente d’un « bail de production ». L’objectif serait de forer pas moins de trente puits au cours des prochaines années afin d’exploiter du pétrole.


Toujours selon les données de Junex, le gisement de Galt, où des forages horizontaux ont déjà été réalisés, pourrait produire huit millions de barils, en supposant un taux de récupération de 10 % du pétrole découvert. Cela équivaut à environ vingt-trois jours de consommation au Québec.


Lors des « essais de production » réalisés en 2015 et 2016, l’entreprise a déjà extrait 17 000 barils de pétrole « d’excellente qualité ». Et l’entreprise assure qu’elle n’aura pas besoin de procéder à des opérations de fracturation pour exploiter le gisement.


La direction de Junex n’a pas répondu à la demande d’entrevue du Devoir. Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Moreau, n’a pas non plus voulu réagir jeudi.


Il n’a par ailleurs pas été possible d’obtenir une réaction de la part d’Utica Resources, qui avait présenté une offre non sollicitée au conseil d’administration de Junex. Selon ce que faisait valoir Utica, son offre aurait permis de maintenir l’équipe de Junex et les activités de l’entreprise au Québec, « au lieu d’une filiale d’une société de Calgary concentrée sur des occasions se trouvant dans d’autres provinces ».


Contrôle albertain


La décision des actionnaires de Junex signifie en effet qu’une autre entreprise québécoise de la filière des énergies fossiles est désormais contrôlée par l’Alberta, après Pétrolia l’an dernier, devenue Pieridae Energy.


Pieridae et Cuda contrôleront donc des milliers de kilomètres carrés de permis d’exploration dans la vallée du Saint-Laurent et en Gaspésie. Pieridae y dirige les projets Bourque et Haldimand, tous deux situés à la pointe de la Gaspésie.


Cette nouvelle prise de contrôle a lieu au moment où la Loi sur les hydrocarbures est sur le point d’entrer en vigueur au Québec, ouvrant la voie à l’exploitation pétrolière et gazière. Le gouvernement a l’intention d’autoriser les projets en Gaspésie, mais aussi le recours à la fracturation.


Professeur au Département de management à HEC Montréal, Louis Hébert ne s’étonne pas de cette décision des actionnaires de Junex, d’autant plus que « le contexte québécois » n’est pas particulièrement propice au développement de projets pétroliers et gaziers. Selon lui, si l’opposition est trop forte, la nouvelle entreprise pourrait tout simplement « se désintéresser du Québec », puisqu’elle a d’autres projets au Canada et aux États-Unis.


Est-ce que Cuda pourrait exiger une compensation en raison de la décision du gouvernement Couillard de fermer la porte au gaz de schiste ? Bertrand Schepper, chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques, estime qu’une telle situation est « possible ».


Selon lui, la prise de contrôle de Junex par une entreprise qui n’est pas un joueur majeur du secteur des énergies fossiles démontre toutefois que ses potentiels gisements en sol québécois « ne sont probablement pas très importants ».


> La suite sur Le Devoir.