J’ai mal à mon identité québécoise

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Pleurniche islamique délirante : c'est le port du voile qui exclut les femmes musulmanes de la nation


L’identité est une chose fascinante. Elle dépend de notre rapport à ce qui nous entoure et elle peut évoluer dans le temps. Le Québec de mon enfance m’a fait sentir pleinement québécoise. Et alors que mes parents craignaient un peu l’indépendance du Québec et toute instabilité qui pourrait s’en suivre, pour ma part, j’étais fièrement indépendantiste. J’avais la conviction que notre Québec, ouvert et tolérant, riche de sa diversité, pourrait enrichir les autres nations en prenant une place à part entière à la table des nations.


Ma famille est d’origine marocaine. Mes parents sont des professionnels hautement éduqués.


J’ai vu ma mère, qui porte un foulard sur ses cheveux, soigner des gens avec dévouement. Son profond amour pour ses concitoyens de toutes confessions était beau et inspirant pour l’enfant que j’étais. Nous devions exceller et aider les autres. Elle insistait aussi sur le fait que c’était notre pays natal, donc notre pays. Quand je repense à ce Québec d’autrefois, je me dis que c’était la recette gagnante pour intégrer les personnes qui arrivent. Une société accueillante, des arrivants qui aiment la société d’accueil et qui y contribuent. Leurs enfants ne pouvaient que se sentir québécois.


Seulement, ça, c’était avant. C’était avant que des journalistes connus se spécialisent en islamophobie. Si un mensonge répété 1000 fois passe pour une vérité, on nous a martelé 10 000 fois de différentes façons que les musulmans sont dangereux. Qu’il est normal de les mépriser, voire de les haïr.


Aujourd’hui, certains se permettent de mépriser ma mère dans la rue. Ma mère qui a peut-être soigné leur mère à eux avec dévouement au courant des 35 dernières années, qui sait ?


Et il m’arrive régulièrement d’entendre des propos islamophobes provenant de personnes qui n’avaient pas réalisé que j’étais musulmane. Comment décrire ce sentiment ?


Un poignard directement dans la poitrine, un serrement de gorge et une grande tristesse. Un sentiment de profonde injustice. Je comprends mieux l’échec français et je me désole que le Québec prenne la mauvaise direction. Comment intégrer un enfant qui voit sa mère traitée injustement ? Le communautarisme est le résultat du repli causé par l’exclusion perçue ou réelle.


Dommage, notre modèle québécois rassembleur marchait et avait fait ses preuves. La communauté musulmane n’était-elle pas particulièrement francophone, éduquée et travaillante ? Loin de vivre dans un coin à part, les musulmans habitent dans différents quartiers avec des voisins de différentes confessions. Ils vont aux mêmes écoles que tout le monde et travaillent avec tout le monde. Pourquoi alors s’inspirer de la France, qui stigmatise et divise ? C’est la France qui aurait dû s’inspirer de nous, pas l’inverse !


Ceux qui haïssent les musulmans le font sur une base souvent irrationnelle. Ils n’ont eu aucune expérience personnelle, ils n’ont vu aucune donnée objective, mais ils ont été gonflés à bloc par une propagande islamophobe.


ADQ, charte des valeurs du PQ puis loi 21 de la CAQ. Pas moyen d’oublier ou de laisser les plaies se refermer. Des points politiques se font sur le dos de la santé mentale de la communauté musulmane. Aujourd’hui, donc, je ne sais plus trop ce que je suis. J’aime le Québec, mais s’il exclut ma mère, je ne peux pas vraiment en faire partie.


Alors j’apprends à ma fille l’importance d’exceller, d’aider les autres et d’aimer le Québec. Mais quand je pense que je ne sais pas si je pourrais la rassurer sur le fait que nous sommes pleinement québécoises, j’ai mal à mon identité québécoise.









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