Israël: faire passer l'appui à l'occupation pour un désir de paix

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Le Devoir n'est pas assez pro-palestinien pour les militants de la cause arabe


Nous avons été estomaqués à la lecture du reportage de M. Marco Fortier en Israël, « 1000 visages, 1000 défis ». Ce texte reprend, sans distanciation, le récit israélien des enjeux politiques des prochaines élections en Israël. On y affirme à plusieurs reprises le « désir de paix » des Israéliens, affirmation reprise dans la légende de la photo principale du reportage.


M. Fortier ne pose jamais la question de ce que signifie le mot « paix » dans ce contexte. Il aurait sans doute su que, pour la grande majorité des Israéliens et peut-être pour les personnes interviewées elles-mêmes, la paix dont il est question signifie la fin de la résistance des Palestiniens, mais pas la fin de l’occupation militaire de Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-Est. En effet, élection après élection, une majorité d’Israéliens expriment leur désir de « paix » et votent pour des gouvernements qui intensifient l’occupation, en violation du droit international. L’anthropologue israélien Jeff Halper, que M. Fortier aurait eu intérêt à rencontrer, estime qu’il s’agit de pacification plutôt que de paix.


Le reportage aborde le « désir de changement » à travers l’enjeu de contrer l’influence des groupes religieux ultraorthodoxes, mais pas celui de mettre fin à l’occupation.


En d’autres termes, les politiques d’occupation, l’intensification de la colonisation et l’intensification de la violence contre les Palestiniens sont complètement absentes de ce reportage. Les Palestiniens eux-mêmes, comme peuple vivant sous le joug israélien et qui subira les conséquences de ces élections, sont aussi absents du texte. Or, ces questions sont absolument cruciales. Le rapport avec les Palestiniens est abordé tel que les courants sionistes en Israël l’abordent, c’est-à-dire comme un enjeu accessoire, mineur, et surtout bien moins important que le conflit entre séculiers et religieux.


Ce reportage incomplet et biaisé ne suit pas les règles élémentaires du journalisme. Il fait preuve de complaisance, et ne se distingue pas beaucoup de ce qu’aurait fait un bureau de relations publiques du mouvement sioniste. Pourtant, tout ce dont nous parlons est facilement accessible, et très bien documenté. Le journaliste n’a pas pris la peine d’aller écouter les voix porteuses du changement véritable du rapport avec les Palestiniens : B’Tselem, Gush Shalom, Michel Warschawski et tant d’autres. Il aurait également pu interviewer des porte-parole de la « liste conjointe », qui comprend trois partis arabes israéliens et un parti judéo-arabe et l’Union démocratique avec trois partis de gauche qui proposent le programme le plus audacieux en termes de droits civiques et d’égalité citoyenne, soit l’égalité parfaite en droit entre Juifs et Arabes, et surtout qui parlent de mettre un terme à l’occupation.


Nulle surprise, alors, que les politiques israéliennes aient tellement d’appuis au sein des élites québécoise et canadienne. Si Le Devoir n’est pas capable d’avoir la moindre distanciation critique, qui le pourra, dans le mainstream ? Dans ce reportage, Le Devoirn’a pas joué le rôle de source d’information indépendante qu’il aurait dû jouer sur cette question.


*Signataires : Rachad Antonius, Lorraine Guay, Dror Warschawski, Bruce Katz, Mary Ellen Davis, Michaël Séguin, Denis Kossein, Paul Eid, Vincent Romani, Francis Dupuis-Déri, Mouloud Idir, Jean-Claude Ravet, Diane Lamoureux, Scott Weinstein, Gilles Bibeau, Avigaël Lévy




Réponse du journaliste

 

Vous auriez aimé que je fasse un reportage sur le conflit israélo-palestinien, qui est bien réel, mais ce n’était pas le sujet de mon article. Je n’ai pas la prétention de pouvoir aborder toutes les facettes de la situation politique extrêmement complexe dans cette région du monde en un seul texte. Je suis aussi allé en Cisjordanie occupée militairement par Israël. Je rendrai compte de la situation en Palestine dans un autre reportage à venir.


 

Marco Fortier







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