RADIO-CANADA

Guy Fournier dans l'embarras

17. Actualité archives 2007



par Caroline Touzin
_ Hugo Dumas

Le président du conseil d'administration de Radio-Canada, Guy Fournier, a enragé la communauté libanaise du Québec en écrivant une fausseté sur la sexualité au Liban dans le magazine populaire 7 jours publié la semaine dernière. Ses propos ont aussi causé un malaise à la société d'État.
« Au Liban, la loi permet aux hommes d'avoir des relations sexuelles avec des animaux à la condition qu'il s'agisse de femelles! Faire la même chose avec des bêtes mâles peut entraîner la peine de mort! » a-t-il écrit dans le magazine le plus vendu au Québec.
Chaque semaine, M. Fournier remplit deux pages de faits cocasses, statistiques et blagues sous forme de capsules. Ce fait erroné se trouvait dans sa capsule hebdomadaire Bizarre? Mets-en!.
Des membres de la communauté libanaise, tant chrétiens, musulmans que juifs, sont insultés. «Aucune loi au Liban ne permet une telle chose. Une loi interdit une relation sexuelle avec un être de même sexe, mais il n'est pas question d'animal», explique l'avocat Joseph Daoura de la société d'avocats montréalaise Ferland, Marois, Lanctôt.
Me Daoura compte envoyer une mise en demeure ce matin à TVA publications, propriétaire du 7 jours et filiale de Quebecor media, lui demandant de se rétracter. La mise en demeure est au nom d'Alain-Michel Ayache, chargé de cours en science politique et spécialiste du Moyen-Orient à l'UQAM. «C'est inacceptable de publier une fausseté pareille au Québec. C'est choquant pour tous les Libanais», a dit M. Ayache, lui-même d'origine libanaise.
Guy Fournier n'a pas écrit la source de son information dans le 7 jours. Interrogé par La Presse, il s'est amusé de la controverse. «Il ne faut pas partir en guerre pour rien. Je ne comprends pas que ça puisse insulter des gens. Dans n'importe quel contexte, c'est plutôt drôle», a-t-il dit. Sa source est un courriel envoyé par un ami de Los Angeles qui s'intéresse aux «bizarreries du monde». M. Fournier, aussi ancien directeur des programmes de TQS, n'a pas contre-vérifié l'information.
«Ce n'est peut-être pas dans la loi actuelle du Liban. C'est peut-être une vieille loi qui date du Moyen Âge. Si c'est faux, je ferai un rectificatif», a-t-il ajouté. La directrice de la rédaction du 7 jours, Hélène Fleury, dit n'avoir reçu aucune plainte, hier. Elle n'a pas non plus vérifié l'information. «J'ai déjà lu que ce genre de pratique se faisait dans certains pays musulmans d'Afrique. Ça ne m'a pas frappé que Guy parlait du Liban», a-t-elle affirmé.
Ce genre de fausseté ne fait qu'attiser la colère et la mauvaise conception d'une religion dans une société, croit Patrice Brodeur, titulaire de la chaire Islam, pluralisme et globalisation de l'Université de Montréal. «Sur Internet, il y a des tas de rumeurs pour discréditer l'islam», explique-t-il.
Un musulman libanais arrivé au Québec il y a trois mois abonde dans le même sens. «La loi islamique indique que les hommes musulmans peuvent avoir des relations sexuelles uniquement avec les femmes qui leur sont de droit. Ça m'a fait mal au coeur de lire qu'on avait des relations sexuelles avec des animaux», a dit Omar Abou-Zaher.
Un autre Québécois d'origine libanaise, de religion juive celui-là, souhaite que le consul du Liban à Montréal porte plainte au nom de sa communauté. «Nous sommes un peuple civilisé et instruit, c'est insultant de tenir de tels propos», a dit Moïse Moghrabi.
Malaise à la SRC
Les maladresses de Guy Fournier irritent de plus en plus les employés de la SRC qui travaillent à Montréal, selon nos informations. «On commence à être un peu gênés d'avoir un gars comme ça comme président. Il perd beaucoup de crédibilité dans l'industrie. Et on commence à se poser de sérieuses questions sur son leadership», confie une source à la direction qui souhaite garder l'anonymat.
Le 9 mai, sur les ondes de CBC à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, Guy Fournier a déclaré que Radio-Canada a nui à la cause de l'unité nationale en manquant parfois d'objectivité dans l'information qu'elle a diffusée. Plusieurs journalistes ont été heurtés par ces propos, dont la correspondante Sophie Langlois. «On n'en revenait pas que le président du conseil d'administration puisse avoir cette incompréhension de notre travail», avait-elle répliqué.
Peu de temps après, Guy Fournier a accordé une longue entrevue à une radio communautaire de Toronto sur le plaisir qu'il éprouve à déféquer. Pendant 12 minutes, l'auteur de Jamais deux sans toi a causé d'excréments.
Hier, la dernière chronique de Guy Fournier dans le magazine 7 Jours a provoqué un malaise à la SRC. «Nous n'avons pas de commentaires à faire. Il a dit ça en son nom propre et non au nom de Radio-Canada», soutient Pascale Montminy, directrice des relations publiques institutionnelles de la SRC, à Ottawa.


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