L'indépendance du Québec vue par Monique Chapdeleine

Faut-il avoir peur des mots ?

L'unification des forces souverainistes

Chronique de Bruno Deshaies

Présentation

Il me fait plaisir de vous présenter le texte d’une militante indépendantiste qui se positionne clairement dans l’ordre de la pensée indépendantiste. Par son cheminement personnel et son observation de la réalité québécoise au sein du Canada-Uni, elle considère qu’une révision déchirante s’impose en vue d’atteindre la fin de l’action politique indépendantiste.

J'écoutais récemment Louise Beaudouin, ex-ministre péquiste de la Culture, déclarer à l'émission le «24/60» d'ICI-Radio-Canada, du mal que pourrait produire la «surenchère indépendantiste». Elle y voyait une dérive avec l’approche, entre autres, de Mario Beaulieu, évidemment. Elle commentait l’actualité du Bloc Québécois avec Liza Frulla. Deux copines qui pensent et commentent les événements dans l'optique fédéraliste.

Madame Monique Chapdelaine, notre collaboratrice, propose une vision radicalement différente de la posture traditionnelle du projet (con)-fédéraliste du Parti québécois. La remise en question de la position des souverainistes-autonomistes qu’elle nous propose s’attaque aux fondements du concept de l’indépendance collective de la société québécoise. Elle réclame de ne pas avoir peur des mots et d’entreprendre une démarche collective unifiée et branchée sur «son propre développement intégral, possible dans tous les aspects et tous les domaines, à l'intérieur comme à l'extérieur».

Nous souhaitons que cet appel soit entendu par tous les défenseurs de la position indépendantiste. La première condition concerne «l'unification des forces souverainistes», car l’union fait la force.

Bruno Deshaies

L'unification des forces souverainistes

L'unification des forces souverainistes enverrait un message fort en faveur de l'indépendance nationale du Québec. Mais elle n'existe malheureusement pas. Au lieu de parler d'une seule voix, les souverainistes préfèrent se diviser, notamment en multipliant mouvements et partis politiques. Et comme chacun y va de sa petite idée sur l'indépendance, où souvent se mêlent lutte sociale et lutte nationale, il en résulte une confusion sans pareil au lieu d'un discours indépendantiste lucide et cohérent. C'est le triste constat que la division a mené les forces souverainistes dans un cul-de-sac, qui nuit au progrès de la compréhension de l'indépendance nationale du Québec et retarde l'établissement d'un plan d'action clair et précis pour la réaliser.

Si les forces souverainistes n'arrivent pas à s'unifier, c'est qu'une grande part de celles-ci ne comprennent pas toute l'importance de s'entendre sur le fait que l'indépendance nationale est une fin et non un moyen, et sur l'essentiel qui est, selon la pensée politique de Maurice Séguin, l'agir (par soi) collectif. Pour une nation, ce principe fondamental signifie provoquer son propre développement intégral, possible dans tous les aspects et tous les domaines, à l'intérieur comme à l'extérieur. Ainsi, titulaire d'un État indépendant, la nation québécoise serait capable de se gouverner elle-même comme collectivité, de vivre de ses propres forces politique, économique et culturelle, en sachant que ces forces sont en interaction et se renforcent l'une et l'autre. C'est l’indépendance tout en tenant compte des autres (l’interdépendance) : l'État québécois coopérerait selon le principe de l’égalité de status et échangerait par lui-même avec d'autres pays.

On peut être sûr d'une chose, la nation québécoise connaîtra la richesse collective et un développement intégral que lorsqu'elle agira par elle-même, sans interposition du Canada-Anglais dans ses affaires internes et externes.

«…l'indépendance commence par une révolution de la pensée…»

N'ayons pas peur des mots, la véritable pensée indépendantiste est une révolution. L'atteinte de la fin politique qu'est l'indépendance commence par une révolution de la pensée, c’est-à-dire que l'indépendance supplante les concepts du fédéralisme dans le cerveau des Québécois. Ce serait le début de la fin de leur statut politique de minoritaire dans le système canadian, le début de la désintoxication de la vie et de l'existence de la nation québécoise. Cette révolution de la pensée peut commencer ici et maintenant. Elle n'a pas à attendre ni les conditions gagnantes ni les multitudes de projets de pays dans le statu quo national.

Ainsi, dans une perspective révolutionnaire, l'indépendance nationale du Québec, complète et définitive, se pense en termes de rupture radicale, ce qui signifie le refus de toute soumission, si minime soit-elle, de la nation québécoise au Canada anglais, et donc le refus de tout projet dilué dans le partenariat, le pacte confédéral ou l'association soi-disant «d’égal à égal».

Pourquoi la rupture radicale ?

Pour mettre fin une fois pour toute à l'atrophie provinciale, à la mort lente par asphyxie politique, économique et culturelle ; autrement dit, afin que la nation québécoise se sorte de la prison de l'annexion, de la subordination, de la superposition générale et de l'assimilation au Canada anglais. Et pour que la nation québécoise puisse vivre, c'est-à-dire agir par elle-même en tout ce qui la concerne, tant à l'intérieur du Québec qu'à l'extérieur.

En somme, si la division des forces souverainistes québécoises constitue un obstacle majeur à la réalisation de l'indépendance, leur unification contribuerait grandement à l'affirmation et la compréhension de ce qu'est véritablement l'indépendance nationale du Québec. L'unification des forces souverainistes enverrait le message fort à la population québécoise que la question de l'indépendance nationale est de la plus haute importance parce que, une fois atteinte, elle devient l'outil pour que le Québec puisse se développer intégralement par lui-même collectivement.

Monique Chapdelaine
Militante indépendantiste

Featured b9f184bd28656f5bccb36b45abe296fb

Bruno Deshaies209 articles

  • 267 939

BRUNO DESHAIES est né à Montréal. Il est marié et père de trois enfants. Il a demeuré à Québec de nombreuses années, puis il est revenu à Montréal en 2002. Il continue à publier sa chronique sur le site Internet Vigile.net. Il est un spécialiste de la pensée de Maurice Séguin. Vous trouverez son cours sur Les Normes (1961-1962) à l’adresse Internet qui suit : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-1-20 (N. B. Exceptionnellement, la numéro 5 est à l’adresse suivante : http://www.vigile.net/Les-Normes-en-histoire, la16 à l’adresse qui suit : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-15-20,18580 ) et les quatre chroniques supplémentaires : 21 : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique 22 : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique,19364 23 : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique,19509 24 et fin http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-Chronique,19636 ainsi que son Histoire des deux Canadas (1961-62) : Le PREMIER CANADA http://www.vigile.net/Le-premier-Canada-1-5 et le DEUXIÈME CANADA : http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-1-29 et un supplément http://www.vigile.net/Le-Canada-actuel-30

REM. : Pour toutes les chroniques numérotées mentionnées supra ainsi : 1-20, 1-5 et 1-29, il suffit de modifier le chiffre 1 par un autre chiffre, par ex. 2, 3, 4, pour qu’elles deviennent 2-20 ou 3-5 ou 4-29, etc. selon le nombre de chroniques jusqu’à la limite de chaque série. Il est obligatoire d’effectuer le changement directement sur l’adresse qui se trouve dans la fenêtre où l’hyperlien apparaît dans l’Internet. Par exemple : http://www.vigile.net/Les-normes-en-histoire-1-20 Vous devez vous rendre d’abord à la première adresse dans l’Internet (1-20). Ensuite, dans la fenêtre d’adresse Internet, vous modifier directement le chiffre pour accéder à une autre chronique, ainsi http://www.vigile.net/Le-deuxieme-Canada-10-29 La chronique devient (10-29).

Vous pouvez aussi consulter une série de chroniques consacrée à l’enseignement de l’histoire au Québec. Il suffit de se rendre à l’INDEX 1999 à 2004 : http://www.archives.vigile.net/ds-deshaies/index2.html Voir dans liste les chroniques numérotées 90, 128, 130, 155, 158, 160, 176 à 188, 191, 192 et « Le passé devient notre présent » sur la page d’appel de l’INDEX des chroniques de Bruno Deshaies (col. de gauche).

Finalement, il y a une série intitulée « POSITION ». Voir les chroniques numérotées 101, 104, 108 À 111, 119, 132 à 135, 152, 154, 159, 161, 163, 166 et 167.





Laissez un commentaire



6 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    24 août 2014

    La conjonction de toutes les forces indépendantistes est une nécessité incontournable depuis le début, mais il semble bien que beaucoup soient incapables de distinguer leur aspiration nationale de leur idéologie alors qu’il s’agit de deux ordres différents, dont le second dépend d’abord de la réalisation du premier. Avant de choisir un modèle socio-politique, toujours aléatoire et limité dans le temps, il faut qu’existe la base pérenne d’un État doté de tous ses pouvoirs.
    Peut-être notre intelligentia, toutes tendances confondues, n’a-t-elle pas atteint une maturité politique suffisante puisque nous en sommes encore aux chicanes de clôtures. Voilà bien 15 ans que, dans Vigile même, tout le monde veut l’union mais, le plus souvent, pour autant qu’elle signifie se ranger de son propre côté de la clôture. Nous n’avons même pas besoin des fédéralistes pour nous nuire, nous y arrivons victorieusement tout seuls.
    Pas étonnant que le citoyen moyen s’éloigne de plus en plus du champ de bataille; comment voulez-vous qu’il prenne vraiment cela au sérieux? Même après 54 ans de foi indépendantiste, je commence à pencher du même côté.

  • Jean-Louis Pérez-Martel Répondre

    24 août 2014

    Gratitude et néo-patriotisme écossais
    L'indépendance de l'Écosse vue par Luke Skipper, un Canadien engagé pour la réaliser
    «Le Parlement européen a été formateur pour moi, dit-il. J'ai vu des nations de taille et de population similaires à l'Écosse, capables de défendre les intérêts de leur pays beaucoup mieux que l'Écosse en faisant partie du Royaume-Uni. Je trouvais étrange que l'Écosse ne puisse pas faire la même chose, d'autant que d'un point de vue économique, il semble évident qu'elle peut se tenir sur ses deux pieds. Ça a été pour moi un tournant.»
    Pour plus de détails, consulter Écosse: un Canadien chez les indépendantistes
    http://www.lapresse.ca/international/europe/201408/23/01-4794052-ecosse-un-canadien-chez-les-independantistes.php
    ***
    JLPM

  • Archives de Vigile Répondre

    24 août 2014

    Notre société de consommation et de gros loisirs de masse ( Festival de Québec, la descente Red Bull, etc, etc) enrobent notre esprit dans le confort et l'indifférence.
    Le projet d'indépendance du Québec est tout le contraire et Mme Chapdeleine le décrit très bien, je cite: « Pour mettre fin une fois pour toute à l’atrophie provinciale, à la mort lente par asphyxie politique, économique et culturelle ; »
    Pour tous les Québécois qui sont heureux dans le contexte actuel, tout changement est dérangeant, trop demandant. Le jeu n'en vaut pas la chandelle.
    Et on ne parle pas ici comme l'a écrit feue Jane JACOBS en 1980 après l'avoir dit sur les ondes de Radio-Canada de Toronto que pour faire l'indépendance du Québec, la création de la Banque du Québec et de la monnaie du Québec sont incontournables.
    L'indépendance du Québec est réalisable parce que un petit État a plus de flexibilité qu'un gros pays. Et sur le plan commerciale, Jane Jacobs parle du principe de substitution qui met en branle les capacités créatrices et inventives des Québécois. Devant un produit importé souvent inadéquat en qualité (made in China), la Québécoise inventive se retrousse les manches et entreprend de faire mieux ici que le produit importé. Cela crée une révolution dans la consommation.
    Un petit mot sur le documentaire sur Lucien Bouchard qui traine dans les médias ces jours-ci: quelle est la pertinence de cet auto-encensement ? Je m'appelle Lu-Lu, je suis beau et un grand avocat et j'ai 75 ans. La conclusion de son rôle politique au Québec, et dans le référendum de 1995 et après comme PM jusqu'à sa démission le 8 mars 2001: "j'ai essayé ...". C'est l'histoire de tout vivant d'essayer des projets, des idées. Il aurait dû essayer de s'excuser pour la bourde faite en votant la motion contre Yves Michaud le 14 décembre 2000.
    Question à l'avocat Lucien Bouchard qui fait toutes sortes de déclarations sur l'impossibilité pour le Québec de devenir un Pays: réalise-t-il qu'il agit en touriste en ne prêtant pas assistance à un peuple en danger, son peuple ? Il essaie de s'en laver les mains. Pourtant, le projet du Pays du Québec n'est pas une sale affaire qui tache les mains.

  • Archives de Vigile Répondre

    24 août 2014

    Chose certaine, c'est rafraîchissant de voir une femme tenir une position hors-Système, parce qu'il semble clair que le Système ne tient pas à la souveraineté du Québec.
    Surtout lorsqu'on songe qu'en ce 21e siècle, les femmes comptent pour beaucoup dans le maintien du Système et y sont souvent plus attachées que les hommes, forçant bien des hommes à s'attacher aux valeurs du Système plutôt que de le critiquer.

  • Pierre Cloutier Répondre

    23 août 2014

    J'ajouterai ceci : qu'est-ce que les souverainistes ronronnants et mollassons ont à perdre? Je comprends qu'un député péquiste élu peut avoir peur de perdre sa job et son fonds de pension, mais les autres? Les simples électeurs? Qu'ont-ils à perdre? Rien. Absolument rien. Le pire qui peut arriver c'est que le peuple dise non à la proposition d'indépendance lors de l'élection et que certains députés ne soient pas élus. So what? On passera notre tour et on reviendra à la prochaine élection. De toute façon, cela va changer quoi? Cela fait 44 ans que le Parti Québécois existe et on est revenu à la case départ. Ce n'est pas 4 ans ou 8 ans qui va faire la différence dans la vie d'un peuple. Les fédéralistes ne pourront pas rester au pouvoir toute une vie. Ils vont finir par écoeurer le peuple un jour ou l'autre, comme Charest a réussi à le faire. C'est pour cela qu'il faut présenter une proposition d'indépendance à chaque élection. Mieux vaut perdre une élection en se tenant debout avec une plate forme indépendantiste que de gagner une élection provinciale à genoux avec une plate-forme provinciale comme la gouvernance prétendument "souverainiste", un euphémisme de valorisation s'il en est un.
    Pierre Cloutier

  • Pierre Cloutier Répondre

    23 août 2014

    Il n'y a qu'une seule façon d'unir les forces "souverainistes". C'est de revenir au programme du PQ de 2005 soit celui de préparer avec tous les partenaires "souverainistes" et indépendantistes, un "projet de pays" qui pourrait prendre la forme d'un livre blanc sur l'indépendance et d'un projet de loi de nature transitoire, comme l'ont fait les Écossais et de présenter cela à la population lors de la prochaine élection, y compris une question référendaire claire si nécessaire.
    En termes simples, cela s'appelle dans le jargon politique, une "plate forme" électorale indépendantiste.
    Pour ce faire, il faut d'abord élire un chef péquiste charismatique, indépendantiste et déterminé comme le fut Jacques Parizeau et ce chef pourrait être Pierre-Karl Péladeau, qui seul, peut rallier les entrepreneurs, les créateurs et les gens d'affaires, sans qui l'indépendance n'est pas possible.
    Cela veut dire envoyer dans les poubelles de l'histoire la gouvernance provinciale déguisée ou non en gouvernance souverainiste.
    Je ne sais en quelle langue il faudrait que je l'écrive pour que les chouverainistes ronronnants et mollassons comprennent.
    Pierre Cloutier