Evo Morales : « L’Europe est devenue une colonie américaine ! »

L'avenir promettait pourtant d'être plus brillant

Le 2 juillet dernier, jour à marquer d’une pierre noire pour la diplomatie française et européenne. Rappel des faits. Le président bolivien Evo Morales, après une visite officielle à Moscou, s’apprête à s’envoler pour La Paz, à bord de son avion officiel. Mais, au moment de faire escale pour se ravitailler en kérosène, il lui est signifié que les espaces aériens français, espagnol, portugais et italien lui sont fermés. Pourquoi ? Tout simplement parce que les USA le soupçonnent d’abriter Edward Snowden, l’homme par qui le scandale PRISM est arrivé, dans son appareil.
Finalement, le gouvernement autrichien accepte qu’il puisse atterrir, les réservoirs presque vides, en urgence à Vienne ; là où il sera bloqué quatorze heures durant…
Du jamais vu dans l’histoire de la diplomatie internationale et, surtout, un pas supplémentaire franchi dans la soumission élyséenne aux diktats américains ; même Nicolas Sarkozy n’aurait peut-être pas osé aller si loin, c’est dire…
Quant aux “grands médias”, le moins qu’on puisse prétendre est qu’ils ont préféré regarder ailleurs, à l’exception notoire du Monde diplomatique qui publie, dans sa livraison du mois d’août, une tribune signée du principal intéressé.
Laquelle nous apprend qu’Alberto Carnero, ambassadeur d’Espagne en Autriche, est “mandaté” pour faire savoir à Evo Morales que son avion sera autorisé à redécoller dès qu’il aura pu être « inspecté ». Réponse du président bolivien : « Mais vous me prenez pour un délinquant ? Si vous tenez à pénétrer dans cet avion, il vous faudra le faire par la force. Et je ne résisterai pas à une opération militaire ou policière : je n’en ai pas les moyens. » Et le même, non sans panache, de mettre les choses au point : « Nous n’offrirons pas à l’Espagne ou à tout autre pays – les États-Unis encore moins que les autres – la satisfaction d’inspecter notre avion. Nous défendrons notre dignité, notre souveraineté et l’honneur de notre patrie, de notre grande patrie. »
Et si on proposait à nos amis boliviens un échange standard ? Leur président contre le nôtre, par exemple ? Ce qui pourrait donner ce communiqué élyséen : « Désormais, il est clair aux yeux du monde entier que pour la puissance américaine, toute loi peut être transgressée, toute souveraineté violée, tout droit humain ignoré. La puissance des États-Unis, c’est bien sûr leurs forces armées, impliquées dans diverses guerres d’invasion et soutenues par un complexe militaro-industriel hors du commun. Les étapes de leurs interventions sont bien connues : après les conquêtes militaires, l’imposition du libre-échange, d’une conception singulière de la démocratie et, enfin, la soumission des populations à la voracité des multinationales. »
Et le meilleur pour la fin : « La “guerre contre le terrorisme” aura réduit l’Europe au rang de colonie ; un acte inamical, voire hostile, que l’on peut analyser comme une forme de terrorisme d’État, en ce qu’il livre la vie privée de millions de citoyens aux caprices de l’empire. »
Oui, Evo Morales à l’Élysée, voilà qui aurait de la gueule et nous changerait de notre François à pâte molle. Et même si les Boliviens, pas fous, refusent la permutation, il n’est jamais totalement interdit de rêver.


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