En Italie, la loi penche pour la "correction"

947da81169f2849a9f1576350ee98353

Laïcité - Débat québécois

Le Temps (Rome)

Photo istockphoto.co

9 août 07 - L’acquittement des parents bourreaux de leur fille provoque un vif émoi. Pour la Cour de cassation, la famille d’origine maghrébine cherchait à corriger son comportement « incorrect »
Eric Jozsef/Le Temps, Rome - Les coups portés à Fatima, les mauvais traitements, la séquestration ? « Prouvés », reconnaît la Cour de cassation. Les juges italiens viennent pourtant d’acquitter ses parents et son frère, provoquant un vif émoi dans la Péninsule et relançant les polémiques sur la politique d’intégration du pays.
Déjà l’an passé, le meurtre d’une jeune Pakistanaise de Brescia, Hina Saleem, égorgée par son père parce qu’il ne tolérait plus son mode de vie « à l’occidentale », avait provoqué une forte indignation et une vague d’interrogations. Cette fois, l’affaire apparaît encore plus déconcertante. Car ce sont des magistrats qui ont estimé que les sévices subis par la jeune femme étaient en substance « pour son bien » et que ses parents souhaitaient, en toute bonne foi, la punir « pour son style de vie non conforme à leur culture ».
Le cas de Fatima R., une adolescente musulmane de Bologne victime de coups, avait été porté en 2003 devant le Tribunal de Bologne. En première instance, ses parents avaient été condamnés pour séquestration et mauvais traitements. Avant que la Cour d’appel ne renverse le jugement en septembre 2006. Vendredi dernier, la Cour de cassation a confirmé l’absolution. Les juges ont en effet considéré que la jeune fille avait été frappée « non pour des motifs vexatoires ou par mépris ». Qui plus est, a estimé la Cour, les violences n’étaient pas habituelles : son père d’origine maghrébine ne l’aurait frappée « qu’à trois reprises durant toute sa vie », de surcroît au motif « que les comportements de la fille avaient été jugés incorrects ».
Le procureur de Bologne, qui avait déposé un recours contre l’acquittement en appel, a rappelé que Fatima avait été séquestrée et attachée à une chaise « puis libérée uniquement pour être brutalement battue par ses parents, qui voulaient la punir parce qu’elle fréquentait un ami, et plus généralement pour son style de vie ».
En vain. La Cour de cassation a considéré qu’aucun délit ne pouvait être relevé étant donné « que, au cours des débats, il est apparu avec certitude que la jeune fille était terrorisée face aux possibles réactions de ses parents. Elle ne s’était pas rendue à son travail, préférant retrouver un homme, et avait en conséquence menacé de se suicider ». En clair, les juges ont conclu que son père, sa mère et son frère avaient été contraints de l’attacher pour éviter que l’adolescente ne commette des « actes d’automutilation ».
« C’est une honte », s’insurge Souad Sbai, présidente de l’association des femmes marocaines en Italie, « c’est une décision digne d’un pays arabe où serait en vigueur la charia. Au nom du multiculturalisme et du respect des traditions, les juges appliquent deux types de règles, l’une pour les Italiens, l’autre pour les immigrés. Un père catholique qui se serait comporté de la sorte aurait été durement condamné. »
Dans la classe politique aussi, la décision de la Cour de cassation a suscité désarroi et incompréhension. La ministre (centre gauche) pour l’Egalité des droits, Barbara Pollastrini, s’est déclarée « blessée » par la sentence et a admis « qu’il est urgent d’affronter la question de la tutelle et des droits de très nombreuses immigrées dans notre pays ». « Doit-on attendre que dix femmes soient lapidées sur la place publique pour que la politique se mobilise ? » s’est exclamée la parlementaire de droite Daniela Santanché.
Alors que l’Italie a connu tardivement le phénomène de l’immigration, « on constate une tolérance excessive envers certains comportements » , estime Souad Sbai. « A droite et encore plus à gauche, très souvent, c’est le politically correct qui prévaut. Il faut faire respecter la loi italienne, insiste-t-elle. Surtout pour la défense des femmes, investir de l’argent pour l’intégration des parents, qui sont souvent illettrés, renforcer les centres d’accueil des femmes victimes de violences. » L’organisation des femmes marocaines dénonce le nombre de plus en plus important de jeunes filles contraintes de fuir le domicile familial. Fatima R. se trouverait aujour d’hui dans un centre social accueillant des femmes battues.
***
Source


Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé