Deux pour un

Chronique de Robert Laplante


Une très féroce partie de paquet-voleur vient de s’amorcer. À Ottawa comme à Québec, les manœuvres sont lancées pour le contrôle du calendrier électoral. Stephen Harper multiplie les simagrées législatives pour tenter de se façonner un front du refus assez bien garni pour lui permettre de ratisser large dans son électorat devant lequel il espère sans se présenter en sollicitant un mandat fort pour vraiment aller de l’avant. Jean Charest, qui vient de se sauver littéralement de l’Assemblée nationale pour mieux travailler dans l’ombre, trépigne lui aussi. Entre lui et Harper, c’est un étrange pas-de-deux, chacun cherchant à trouver le meilleur moment et le meilleur moyen d’optimiser ses chances en instrumentalisant l’autre.
L’année 2007 sera celle de tous les rebondissements. Si l’on en croit les déclarations récentes de Gilles Duceppe, le Bloc est furieusement tenté de forcer le jeu. Ce serait une heureuse chose. En politique, prendre l’initiative est toujours payant quand on a une cause. Harper voudrait bien choisir le moment de tomber et, surtout, formater le débat sur lequel pourrait être lancée la prochaine campagne. Le Bloc, à l’évidence, peut d’autant mieux jouer les trouble-fête que les réalignements entre libéraux et NPD ne sont pas encore complétés, l’un comme l’autre ayant à rajuster sa plateforme et son discours. L’arrivée de Stéphane Dion va certainement – les sondages commencent à le montrer – modifier la dynamique nationale de la politique canadian. Les tensions vont s’accroître autour de la représentation d’Ottawa comme gouvernement national. Le Canada sans le Québec se cherchera plus concrètement qu’il ne l’a fait jusqu’à ce jour. La politique canadian nous laissera plus que jamais dans le rôle accessoire.
Et c’est là que les choses vont se corser. Car Jean Charest, comme tous les inconditionnels du Canada, a du mal à trouver la rhétorique pour habiller ce rôle. Il doit avoir l’air d’être en demande sur Ottawa, plus encore, il doit avoir l’air d’être pris au sérieux. C’est cette astuce que refuse de lui céder Harper, par calcul comme par impossibilité de réaliser la quadrature du cercle. Jusqu’où et comment faire semblant d’être nationaliste quand on a déjà mille fois démontré que rien n’aura jamais de conséquence? Les ritournelles sur la défense des intérêts du Québec commencent à être dures à servir. On comprend dès lors que Charest s’acharne davantage à tenter de saper la crédibilité du PQ qu’à mettre de l’avant une grande revendication nationaliste. À l’entendre ces jours-ci, on croirait un arrêt sur image de la campagne de 2003. Il définit son bilan par rapport à la gouverne passée du PQ. Il n’a rien à proposer. Il va tenter de faire une autre élection sur la résignation provinciale.
C’est évidemment là-dessus qu’il faut l’affronter. Il faut battre le gouvernement libéral parce qu’il fait du tort au Québec. Il faut le battre parce qu’il n’a de cesse de dissoudre notre intérêt national, parce qu’il nous enlise chaque jour davantage dans un consentement à la minorisation qui compromet toujours plus notre capacité de nous arracher du carcan canadian. C’est là une puissante motivation pour les forces souverainistes. Elle sera nécessaire. Mais elle ne saurait être suffisante.
À Ottawa comme à Québec, la disproportion des moyens va jouer comme jamais. Les inconditionnels du Canada comme les partis fédéraux ont énormément d’argent, de moyens et de relais. Cela ne se combat que d’une seule manière : par la mobilisation. C’est ce qui fera la différence.
La période des Fêtes est une occasion exceptionnelle de rencontres. Profitons-en pour lancer cette mobilisation. Il faut que les échanges nous permettent de porter à ébullition l’imagination politique. Il faut que les partis sentent que le mouvement se met en branle, cela leur créera la pression dont ils ont besoin pour s’élever au-dessus du simple électoralisme et passer en mode véritablement politique.
Il faut profiter des festivités pour réaffirmer notre exaspération à l’endroit d’un régime qui rapetisse le Québec. Il faut faire l’unité sur la nécessité de bouger pour en sortir. Souhaitons-nous que l’an 2007 soit celui du commencement de la fin autant que celui du raccordement du Québec avec lui-même. Souhaitons-nous la commune détermination de passer aux actes. Les événements nous en offrent une occasion exceptionnelle. En ce temps des aubaines d’après Noël qu’on nous annonce déjà, nous aurons l’occasion, si nous en avons l’audace, de nous offrir un deux pour un.
Le Bulletin du lundi fait relâche. Joyeux Noël! Bonne Année.

Featured cfda6886922167b278b238baf6037d5a

Robert Laplante151 articles

  • 123 995

Robert Laplante est un sociologue et un journaliste québécois. Il est le directeur de la revue nationaliste [L'Action nationale->http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Action_nationale]. Il dirige aussi l'Institut de recherche en économie contemporaine.

Patriote de l'année 2008 - [Allocution de Robert Laplante->http://www.action-nationale.qc.ca/index.php?option=com_content&task=view&id=752&Itemid=182]





Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé