De l’Ukraine à Taïwan, quels enseignements pour la France ?

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« Confrontée à une approche anglo-saxonne risquant de s’avérer sans nuance dans les relations avec la Chine, la France devrait retrouver les ressorts de son indépendance politique »

La guerre en Ukraine voit l’affrontement entre les États-Unis et leurs alliés otaniens, contre la Russie, considérée, par Washington, comme héritière des ambitions de l’URSS. Il s’agit en fait, au nom de la liberté et de la défense des valeurs des démocraties, de mettre à bas un concurrent possible à la suprématie étatsunienne. Cette opération devrait être le prélude à un antagonisme, déjà montant, avec la Chine, le nouvel et puissant adversaire, dont les ambitions hégémoniques ne font aucun doute. Les États-Unis refusant, pour des raisons historiques, toute contestation de leur statut de maître du monde, vont chercher à entraîner, dans un face-à-face dangereux, une fois encore, leurs alliés de l’OTAN. En dépit des statuts de cette organisation la réservant à la défense d’un membre qui aurait été agressé, une majorité semble se dessiner pour suivre Washington dans cette aventure.


Le basculement de l’intérêt stratégique sur l’Indo-Pacifique va nécessairement impliquer le destin de la France, d’autant qu’elle est un des rares pays européens à avoir des intérêts majeurs dans cette zone.


En effet, la France est non seulement présente territorialement en Indo-Pacifique, mais aussi de par son histoire. Elle conserve des liens culturels forts avec certains pays de la zone comme le Vietnam, le Cambodge, le Laos et même la Corée du Sud. Ses intérêts économiques, humains et géopolitiques y sont beaucoup plus directs et notables qu’en Ukraine. Elle n’y est donc pas une nation étrangère.


Sa parole peut encore compter même si elle est en butte, dans cette région, sinon à l’hostilité, du moins à la méfiance du monde anglo-saxon. Il en résulte, pour elle, un dilemme. Elle devra évoluer entre les ambitions avérées de la Chine et les soupçons de ses partenaires au sein de l’Alliance.


Une cristallisation des oppositions entre les deux volontés hégémoniques chinoise et étatsunienne, sur le prétexte taïwanais, devrait permettre à la France, impliquée cette fois territorialement, économiquement et, in fine, stratégiquement, de renouer avec une géopolitique souveraine, ce que ne lui permet pas l’Union européenne, trop inféodée aux États-Unis. À condition d’être mesurée et de rechercher l’appui de pays, partageant avec elle le souhait de ne pas sombrer dans la dépendance de l’un ou de l’autre des adversaires, la France pourrait tirer bénéfice de la crise qui s’annonce.


En effet, confrontée à une approche anglo-saxonne risquant de s’avérer sans nuance dans les relations avec la Chine, la France devrait retrouver les ressorts de son indépendance politique.


Elle devrait évidemment prendre ses distances avec l’OTAN, en rien concernée par ce conflit naissant, tout en restant fidèle à l’Alliance Atlantique. Elle devrait faire de même avec une UE, rendant la politique étrangère des nations membres inaudible, sans pour autant rejeter les nécessaires rapports entre les États. Pour défendre son vaste et riche domaine océanique, elle pourra s’appuyer sur le capital de respect et d’amitié en sa faveur, et susciter des alliances et des renforcements de cet héritage historique. Dans cette même optique, elle pourrait avec les partenaires désireux de bâtir un monde plus équilibré, poursuivre une volonté de donner, à nouveau, tout son sens à l’organisation des Nations unies.




Document intégral (49 p.) avec des cartes, en annexe :

https://reseauinternational.net/de-lukraine-a-taiwan-quels-enseignements-pour-la-france/