Crise révélatrice

Crise mondiale — crise financière



Le plan de 700 milliards ne passe tout simplement pas auprès des parlementaires, qui font face à la colère et à la frustration des électeurs. Si la facture de ce laisser-faire financier s'annonce salée pour les contribuables américains, le prix politique à payer risque d'être lourd, très lourd pour les républicains, avec un candidat aux présidentielles visiblement dépassé par les événements. Tout indique que pour stabiliser Wall Street, il faut déstabiliser Washington.
Le Congrès n'a pas le choix. Ce sauvetage de 700 milliards, même mal ficelé, devra être adopté. Non pas en l'état, mais avec des engagements clairs qu'il ne représente qu'une première étape. S'il est vrai que ce plan improvisé est garant du retour de la stabilité sur le marché financier, cet objectif doit donc être priorisé. Il sera toujours temps, ensuite, de tirer les leçons, de punir les coupables et d'engager les réformes nécessaires du système financier américain.
Car de toute évidence, la crise financière a atteint un degré d'intensité sans précédent. Les opérations de sauvetage à la pièce et l'injection récurrente de capitaux afin d'assurer une certaine liquidité au marché du crédit ne suffisaient plus. Il fallait attaquer le problème à sa source, dans sa globalité et couper les éléments déstabilisateurs qui, telles l'action des fonds spéculatifs et le jeu des ventes à découverts, engendraient des mouvements extrêmes. L'expérience du krach boursier d'octobre 1987 et celle de la crise des institutions d'épargne et de crédit, qui a éclaté lors de cette autre correction immobilière de 1990-92, ont servi d'inspiration.
Donc, de toute, évidence les autorités monétaires américaines, quoiqu'elles aient bien manoeuvré pour l'instant, ont sous-estimé l'ampleur et la portée de cette crise, qui a pour origine l'éclatement de la bulle des subprimes en août 2007. Elles ont cru que les pressions seraient limitées aux institutions financières, que ces institutions pouvaient y répondre. Et elles ont misé sur un redressement du marché immobilier qui se fait encore attendre. Aujourd'hui la crise menace de venir systémique et ses risques de débordement sont planétaires.
Cette crise a également fait ressortir une incompréhension de l'administration Bush, qui a multiplié les mauvaises lectures. On peut penser à ce coup d'épée dans l'eau, de 145 milliards, sous la forme d'un programme d'émissions de chèque visant à stimuler la consommation. Ou encore à cette décision, prise en mars dernier, d'assouplir les règles encadrant les activités de refinancement de Fannie Mae et de Freddie Mac afin d'apporter de l'oxygène au marché immobilier. En diminuant les critères de garantie, Washington invitait les géants du refinancement hypothécaire à injecter quelque 200 milliards additionnels dans un marché durement secoué. Mauvais calcul. Six mois plus tard, les autorités américaines annonçaient être contraintes de reprendre Fannie Mae et Freddie Mac dans une opération pouvant nécessiter éventuellement une injection de quelque 200 milliards.
Enfin, cette crise a révélé au grand jour les limites du candidat républicain aux présidentielles. Depuis cette autre opération de sauvetage, de 85 milliards, impliquant une Réserve fédérale américaine se lançant au secours de l'un des plus gros assureurs au monde, John McCain n'en finit plus de se redire et de se contredire. Déjà rattrapé par son image et son passé de politicien adepte de la déréglementation, défenseur du laisser-faire et du libre marché, il a commis l'impair de se servir du président de la Securities and Exchange Commission (SEC) comme d'un bouc émissaire et de promettre le limogeage de celui qui dirige l'agence américaine d'encadrement des valeurs mobilières. Une chose à ne pas faire en période de fortes turbulences financières, même si le président de la SEC est critiqué pour son laxisme réglementaire. Cette maladresse, décriée jusque dans les rangs conservateurs, a nécessité une correction de la part du président Bush, qui a immédiatement réitéré sa confiance dans le dirigeants de la SEC.
Hier, cela sentait la panique dans les rangs républicains, avec un John McCain affirmant que le plan de sauvetage ne passera pas en l'état devant le Congrès et annonçant une suspension de sa campagne. Avec, aussi, une candidate à la vice-présidence évoquant la Grande Dépression des années 1930. Alors qu'on lui demandait s'il existait le risque d'une Grande Dépression en cas de non-approbation par le Congrès, Sarah Palin a déclaré: «Malheureusement, c'est la route sur laquelle l'Amérique pourrait se retrouver.» Des déclarations déplacées.
À la défense de tous, un «vieux » routier de l'univers des valeurs mobilières, indiquait hier que la situation actuelle est de loin la plus tumultueuse qui lui a été donné de voir dans sa longue carrière. Chuck Winograd, président du conseil et chef de la direction de RBC Marchés des capitaux, annonçait hier sa retraite après avoir oeuvré pendant près de 40 ans dans l'industrie, dont 12 ans à la Royale. L'homme de 60 ans a connu le long marché boursier baissier des années 1970, la récession sévère de 1980-82, le krach boursier de 1987, la récession plus sévère encore de 1990-92, la crise financière russe et asiatique de 1998, l'effondrement des valeurs technologiques de 2000-01...
Parlant de ces interventions répétées des autorités politiques et monétaires américaines dans cette crise qui n'en finit plus, il a déclaré: «le problème avec ces décisions est que vous ne pouvez savoir ce qu'il aurait advenu si elles n'avaient pas été prises.»


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