RÉFORMES LIBÉRALES

Couillard garde le cap malgré la grogne

Le PM a été chahuté par des manifestants lors d’une allocution économique

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Stop Couillard!

Chahuté en plein discours par des manifestants qui préparent un « printemps chaud », Philippe Couillard a défendu mardi son plan de « rigueur » budgétaire et fait valoir qu’il garde le cap sur les réformes en profondeur de l’État québécois.

Le premier ministre libéral s’est montré déterminé à revoir la mission de l’État — et à arracher des concessions aux 541 000 employés des secteurs public et parapublic — pour atteindre l’équilibre budgétaire dès l’exercice 2015-2016. Le gouvernement compte de plus transformer les structures de l’État « sur un horizon de 10, 15 ou 20 ans », a martelé mardi Philippe Couillard devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Dehors, au moins 300 manifestants — syndiqués, étudiants, groupes sociaux — ont crié leur opposition aux réformes du gouvernement malgré le froid mordant. Ils brandissaient des pancartes, faisaient tinter des clochettes, scandaient des slogans contre « l’austérité ».

Une douzaine d’entre eux, vêtus d’un complet ou d’un tailleur, se sont faufilés jusque dans la salle du Palais des congrès où le premier ministre s’adressait aux entrepreneurs. Les activistes portaient des affiches clamant « Stop Couillard ». Ils ont tenté d’interrompre le discours du chef libéral, qui est resté ferme. Les gens d’affaires l’ont applaudi.

« Non, je n’arrêterai pas, a lancé Philippe Couillard. Le défi est immense, les appréhensions sont nombreuses et légitimes. Mais nous avons eu le courage d’imposer ce programme de redressement dès le début. »

« J’ai rapidement compris que la traversée serait parfois houleuse, et qu’il est toujours plus simple de gérer le statu quo que de remettre en question les pratiques établies. […] j’aurais pu décider de diriger un gouvernement qui allait mettre les défis à relever sous le tapis. J’ai refusé et je continuerai à refuser de faire ça. Ça serait renier mes responsabilités les plus élémentaires envers tous les Québécois, ceux d’aujourd’hui et de demain, et ç’aurait été une erreur. »

Printemps chaud

Les manifestants qui ont perturbé l’assemblée ont refusé de s’identifier. Aux abords du Palais des congrès, où le premier ministre livrait son discours, Le Devoir a constaté que la mobilisation contre les politiques du gouvernement Couillard s’organise. Trois ans après le printemps étudiant de 2012, les opposants au programme libéral comptent tout mettre en oeuvre pour donner naissance à une reprise du vaste mouvement de contestation qui avait secoué le Québec.

Des étudiants — dont la majorité appartiennent à l’ASSE, l’organisation étudiante la plus militante — préparent toute la semaine un camp de formation qui servira à mettre en place la riposte aux réformes du gouvernement. Les syndicats organisent aussi une campagne en vue des négociations qui s’amorcent avec les employés de l’État.

Le gouvernement offre 3 % d’augmentation salariale étalée sur cinq ans — gel salarial de deux ans suivi d’une hausse de 1 % les trois années suivantes — tandis que les syndicats réclament 13,5 % sur trois ans. Québec propose aussi de rendre moins avantageux le régime de retraite des employés de l’État. L’âge de la retraite sans pénalité passera notamment de 60 à 62 ans.

Le rétablissement des finances publiques est un objectif « incontournable », a rappelé le premier ministre. Les réformes entreprises dès l’arrivée au pouvoir des libéraux, en avril 2014, remettront l’État sur la bonne voie de façon « durable », selon lui. « Je suis convaincu que l’État québécois en sortira plus efficace, plus proche des citoyens, et surtout mieux financé et mieux soutenu pour garantir à tous la pérennité des services auxquels nous sommes tous très attachés », a dit Philippe Couillard.

Relance économique

Après avoir consacré le début de son mandat au grand ménage dans la machine de l’État, le gouvernement donne la priorité au développement économique. Le premier ministre Couillard et son ministre de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations, Jacques Daoust, ont annoncé mardi des investissements dans le fonds Anges Québec Capital, voué au lancement d’entreprises.

Québec ajoute 25 millions au fonds, auquel se joindront deux nouveaux partenaires, la Caisse de dépôt et placement du Québec (25 millions) et le Fonds de solidarité FTQ (15 millions). En ajoutant les capitaux privés, les coffres d’Anges Québec sont désormais garnis de 85 millions de dollars.

Le réseau Anges Québec est formé de 165 investisseurs privés qui identifient, financent et accompagnent les entreprises à fort potentiel au Québec. Ces mentors du monde des affaires investissent non seulement des fonds, mais surtout du temps pour aider les jeunes entrepreneurs à lancer leur entreprise, a souligné François Gilbert, président-directeur général d’Anges Québec. Le Québec a encore fort à faire pour stimuler la création d’entreprises : des « anges » comme ceux-là, il en existe 32 groupes dans le reste du Canada, 380 aux États-Unis et 450 en France, a expliqué M. Gilbert.


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